Mike Pence sous pression


Luc Laliberté
Alors que le président Trump se livre à de multiples attaques contre les élus de son parti, le vice-président Pence sera bientôt mis à l’épreuve.
Malgré une loyauté inébranlable depuis quatre ans, l’ancien gouverneur de l’Indiana n’échappe pas au courroux de son patron. Aux yeux du président sortant, son numéro deux n’en fait pas encore assez pour renverser le résultat de l’élection de novembre.
Le sort de cette élection est scellé depuis un moment déjà et, malgré la soixantaine de recours – souvent ridicules – devant les tribunaux, rien n’a pu empêcher les grands électeurs de renverser la victoire de Joe Biden. Que pourrait faire Mike Pence dans les circonstances? Tricher.
Après avoir critiqué la gestion de l’élection par plusieurs États, dénoncé le manque de vigueur de William Barr, attaqué le caractère partisan du FBI et semoncé les juges conservateurs de la Cour suprême, le président s’attend maintenant à ce que son vice-président dénature le rôle que lui confère la Constitution dans le décompte des voix le 6 janvier prochain.
Depuis 1887, le vice-président préside l’opération de la Chambre des représentants pendant laquelle on confirme le nombre de bulletins des grands électeurs. On considère généralement que ce rôle se limite à maintenir l’ordre et la dignité. Il s’agit donc d’une formalité. Mike Pence subit cependant une pression intense en raison des attaques et des théories conspirationnistes les plus folles gazouillées à partir de Mar-a-Lago.
Un peu comme ce fut le cas pour le meneur républicain du Sénat Mitch McConnell, Pence devrait donc confirmer la victoire de Biden. Mais parce que nous vivons une période folle pendant laquelle des millions d’Américains sont prêts à renier les fondements de leur démocratie, on doit envisager le pire. Pourtant, si Al Gore (il était à la fois le vice-président de Bill Clinton et le candidat démocrate en 2000) a été en mesure de compter les votes de sa propre défaite au début 2001, Pence devrait être en mesure de s’acquitter de sa tâche.
Outre l’élection en Géorgie le 5 janvier, le comportement de Mike Pence le 6 janvier est un des quelques suspenses auxquels je prête attention. Le Parti républicain avait ni plus ni moins forcé Donald Trump à choisir Pence comme colistier, parce que c'est un véritable conservateur et que sa crédibilité est importante auprès de la droite religieuse, mais on oublie souvent de souligner qu’on le considérait comme un politicien sérieux et intègre.
Que fera Pence le 6 janvier? Se contentera-t-il de diriger la circulation ou va-t-il s’associer à quelques récalcitrants qui se promettent déjà de remettre en question les résultats transmis par quelques États? Si on ne peut empêcher l’élection de Joe Biden, on peut cependant encore offrir un autre spectacle dégradant dont les seuls objectifs seraient de flatter l’ego du perdant et de miner la crédibilité du gagnant légitime.
Mike Pence a encore un avenir politique, il le jouera le 6 janvier prochain.