J’ai un cancer de la prostate

Comment ça? Je n’avais aucun symptôme!

Photo portrait de Richard Martineau

Richard Martineau

2024-10-10T09:30:00Z

Message aux zigotos qui m’insultent et me menacent sur les médias sociaux.

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous.

La bonne (enfin, pour vous), c’est que j’ai un cancer de la prostate.

«Vous avez des cellules cancéreuses partout dans la prostate, m’a dit mon urologue Paul Perrotte, le 24 septembre à 9 h 30. En bas, en haut, à gauche, à droite.»

La mauvaise (toujours pour vous), c’est que mon cancer est précoce, pas agressif et que mes chances de guérison sont de 90%.

Fa que vous devrez me supporter encore longtemps.

Enfin, si tout va bien.

Pour moi, s’entend.

AUX POUBELLES!

La mauvaise nouvelle est arrivée par étapes.

Première étape, après que je suis allé passer une prise de sang de routine, en mars: «Tout est parfait, sauf votre taux d’APS (une protéine fabriquée par les cellules de la prostate) qui est anormalement élevé. Faudrait que vous passiez un test de résonance magnétique pour voir si vous avez une lésion sur votre prostate.»

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Deuxième étape, après le test de résonance: «Vous avez une lésion. Faudrait que vous passiez une biopsie pour voir si vous avez un cancer.»

Troisième étape, six semaines après la biopsie (eh oui, ça prend six semaines pour obtenir les résultats dans le système public, six semaines pendant lesquelles vous vous demandez si vos jours sont comptés): «Vous avez un cancer.»

J’ai donc eu le temps de me préparer.

De voir venir.

Eh bien, je ne l’ai pas vu venir.

J’étais sûr que je n’avais rien.

Je n’ai jamais été malade! Je n’avais aucun symptôme! Je pisse comme l’aqueduc qui a pété à côté de Télé-Québec! Et pour ce qui est du sexe, je suis comme Napoléon dans son cercueil, dressé comme un chevreuil!

Qu’importe: ma prostate est scrap.

«Je préfère être un protestataire qu’avoir la prostate à terre», disaient Les Cyniques dans un de leurs sketches.

Eh bien, je suis un protestataire qui a la prostate à terre.

C’est bien pour dire.

Alors j’avais le choix: me faire shooter des rayons dans le bas du ventre (la radio) ou faire enlever ma prostate.

«Arrachez-moi ça et jetez-la aux poubelles! ai-je dit sans hésiter. Ou donnez-la-moi, je vais la vendre sur Kijiji...»

Le temps est venu pour ma prostate et moi de nous séparer et de prendre chacun notre chemin.

Merci pour tous les bonheurs que tu m’as procurés au fil des ans, mais nos signes astrologiques ne sont plus compatibles.

Je suis Lion, et toi, chère prostate, tu es Cancer.

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Le 16 octobre, donc, sur une table d’opération du CHUM, le chirurgien Hugues Widmer (qui sera assis devant un ordi, car ce sont des robots qui m’ouvriront le ventre) proclamera officiellement notre divorce.

Et je me réveillerai avec un tube dans le pénis que je devrai garder pendant 10 jours.

Voir son terrain de jeu préféré transformé en chantier, quelle joie.

Tout juste si on n’installera pas un cône orange à côté de ma poche.

LA BIBITTE

Paraît que je pourrai encore utiliser mon canon, mais que je tirerai à blanc.

Bof.

Un, j’ai trois enfants, la shop est fermée. Et deux, je vais économiser sur les Kleenex. Alors...

Paraît aussi que dans la loterie du cancer, j’ai pigé le bon numéro. Des cellules cancéreuses partout dans ma prostate, mais aucune qui ne s’est échappée, aucune métastase.

Un bon petit cancer pépère de stade 1, qui se balade en écoutant du Engelbert Humperdinck.

On verra.

Je pense à ceux qui, comme Karl Tremblay, n’ont pas eu ma chance. À tous ces hommes qui ont été frappés de plein fouet par un cancer de stade 4.

Me plaindre serait un affront à leur mémoire. Donc, je ne me plaindrai pas.

Je vais juste répéter mille fois ce message: «Allez vous faire tester, les gars. Même si vous n’aimez pas qu’un médecin aille fouiller, avec un doigt inquisiteur, dans votre chute à déchets. Plus tôt on diagnostique un cancer, mieux c’est.»

Quand je serai sur pied, je passerai un test pour le cancer colorectal.

On n’est jamais trop prudent avec cette bibitte-là.

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