Après Passe-Partout et Mitsou, voici pourquoi j'ai un coup de cœur toujours aussi fracassant pour Sheryl Crow, même près de 30 ans plus tard
Sabrina Cournoyer
Si je me fie à la quantité d’égratignures qu'il y a sur mon disque éponyme de Sheryl Crow, celui sorti en 1996, je peux vous confirmer que je l’ai certainement écouté quelques centaines de fois.
Dieu sait que je prenais soin de mes CD! Je les retirais de leur pochette avec toute la douceur du monde, je les rangeais après chaque utilisation. Je faisais la même chose avec les livrets dans lesquels je suivais les paroles à chaque écoute. Mon disque de Sheryl Crow a donc énormément de vécu.
Dénicher un trésor
Ce disque de la chanteuse américaine est l’un des premiers albums de ma collection, qui s’est bâtie au fil des années qui ont suivi. À ce moment-là, j’avais 9 ans. Je ne suis plus certaine de ce qui m’avait poussée à le commander sur Maison Columbia. Probablement à cause de son succès qui jouait à la radio, If It Makes You Happy, mais peut-être aussi parce que la Maison Columbia proposait rarement les albums les plus connus ou populaires. C’était un grand cadeau de la vie quand on tombait sur une telle trouvaille.

Un coup de cœur fracassant
Sheryl Crow est l'une des artistes féminines, après Passe-Partout et Mitsou, pour qui j’ai eu un coup de cœur fracassant. Je trippais sur elle à un point tel que je l'avais choisie comme sujet pour une présentation à l'école. Mes recherches sur internet s'étaient effectuées de peine et de misère. Dans les années 1990, le web n’étant pas aussi garni qu’aujourd’hui. Disons simplement que de dénicher une biographie en ligne était une victoire en soi.
J'avais d'abord expliqué pourquoi Sheryl était mon artiste préférée, puis j'avais formulé minutieusement quelques phrases sur sa vie et sa carrière. J’y avais ajouté sa discographie (plutôt mince à l’époque) et j’avais imprimé une photo d'elle pixelisée en guise d'illustration de couverture. Je ressentais une grande fierté devant le travail accompli. Je me sentais assez hot d’avoir choisi Sheryl Crow comme sujet pour ma présentation.
On s’entend qu’enfant, même si j’essayais de saisir le sens des paroles, je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle racontait. Mais j’admirais son audace et sa capacité à marier le rock et le folk, tout comme la mélancolie et la lumière. Clairement, j’étais déjà un petit être charmé par les contradictions.
Près de 30 ans plus tard
Aujourd’hui, je saisis enfin la réelle signification de ses textes. Et ça me fait tout bizarre de réécouter Home, ma chanson préférée du disque que j'avais commandé à 9 ans. Je réalise que, des décennies plus tard, lorsque j’ai eu à mon tour 32 ans (l’âge que Sheryl avait en écrivant cet album), j’ai traversé les mêmes questionnements qu'elle sur les relations, j'ai vécu les mêmes déceptions, j’ai vu les mêmes rêves s’évanouir. Les années continuent de passer et je prends de plus en plus conscience que mon bonheur repose uniquement sur moi, que j’ai le pouvoir de le construire un moment à la fois et, surtout, qu’il ne dépend surtout pas du fait que je sois célibataire ou en couple. Je réussis enfin à faire fi des attentes de la société pour me bâtir une vie qui me comble. J’aime bien me répéter les paroles de Sheryl, qui disait déjà si vrai à la fin des années 1990: «If it makes you happy, it can’t be that bad.»