Mort du journaliste Robert Pelletier: salut, mon p’tit frère!

Laurent Pelletier
Mon p’tit frère Robert,
J’aurais aimé que tu lises cet essai que je t’écris... Je m’en veux de ne pas te l’avoir écrit avant. Oui, avant... Pas trop fier de moi, là.
Comme je suis le plus vieux de cette famille de sept enfants, et toi le bébé, ç’aurait dû être toi qui m’écrive aujourd’hui cet essai sur le décès.
En passant, deux mots du dictionnaire que je déteste ces temps-ci: décès et orange. En 1958, tu avais deux ans quand Yvon et moi avons quitté la maison de Richmond pour aller pensionnaires faire notre cours classique. On revenait à la maison seulement pendant les congés. Tu avais pour toi, seul, tes soeurs Suzanne et Pauline laquelle est décédée accidentellement en 1964. C’était jeune, 6 ans, pour pleurer et ne pas comprendre.
Les papas et les mamans, après l’arrivée d’Elvis Presley, commencèrent à changer d’attitude avec la vie en général. C’était le début de la Révolution tranquille des années 1960. Ton René Lévesque se préparait à prendre le pouvoir au Québec.
Tu sais, Robert, le papa que tu as connu n’était pas celui que nous, les autres enfants, avons connus. Papa a toujours été un bon père, mais contrairement à toi, nous avons connu un père sévère, froid dans ses émotions, plus catholique que le pape. Toi, Papa t’amenait en auto avec lui où il te chantait, entre autres, les chansons de La Bonne Chanson.
Puis, le premier souvenir de toi, devenant adulte, c’était le jour où, avec ton amie Louise Allard, vous aviez quitté Sherbrooke pour aller étudier au CEGEP de Jonquière, qui offrait des programmes de journalisme, c’était en 1975-1976.
Je n’avais pas encore appris à exprimer mes émotions, mais j’étais fier de toi. Mon p’tit frère journaliste ! Tu te souviens avoir lu dans mon livre, J’écris donc j’existe, j’avais écrit que «si j’avais à refaire ma carrière, je referais mon Droit pour devenir un avocat en journalisme écrit.»
Puis, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, alors que j’étais directeur des services judiciaires pour les Palais de Justice de la région 05, j’étais souvent appelé à des meetings au Ministère de la Justice près de l’Auberge des Gouverneurs à Sainte-Foy, à l’époque. Tous les matins, au déjeuner à l’Auberge, j’ouvrais Le Journal de Québec pour y lire tes articles. Je me vois encore les lire, laisser la page du journal ouverte sur la table et aux confrères et consœurs qui se joignaient à ma table, leur dire: «Regardez, c’est mon p’tit frère-journaliste.»
Puis, le temps a passé.
Tu as fait ta vie au Lac Saint-Jean, à Québec et dans le Bas Saint-Laurent. Tu revenais en Estrie nous visiter aux fêtes, en été, et lors des rencontres de famille.
Après tes 15 ans environ au Journal de Québec, tu deviens Consultant en Communication et tu ouvres un bureau à Québec. L’un de tes premiers clients est le Parti Québécois qui vient de prendre le pouvoir. Ton principal rôle était «d’apaiser» les crises au sein même du parti. Il ne manquait pas de contrat... Désolé pour celle-là, ptit frère. Ah ah.
Je me confesse. Je me plaisais à dire à mes amis, que mon jeune frère Robert, le journaliste, était péquiste avant même que le parti québécois existe. Ce n’était pas peu dire. Quand il me parlait de son chef, je lui parlais du mien et on riait en se tapant sur la cuisse.
Robert, tous t’aimaient. Toujours de bonne humeur.
Tu aimais la vie, tu mordais dedans et les femmes t’aimaient. Tu étais toujours le préféré des femmes que j’ai connues et que j’ai aimées dans ma vie. Amour, c’est, probablement, le mot que toi et moi avons, en premier, appris à aimer.
Et je termine avec ce mot: Robert, je t’aime mon ptit frère.
Continue à nous écrire.
Laurent