Navalny et le «palais de Poutine»

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2021-01-26T15:55:08Z

C’est l’enquête la plus massive de l’opposant russe emprisonné Alexeï Navalny: dans une vidéo aux quelque 90 millions de vues, il accuse Vladimir Poutine de bénéficier d’un fastueux « palais » financé par des oligarques. 

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Voici ce qu’il faut savoir sur ces accusations, que le Kremlin qualifie de « mensonge ».

Des accusations anciennes

L’enquête d’Alexeï Navalny n’est pas la première à accuser l’homme fort de la Russie de profiter de ce « palais » situé sur les rives de la mer Noire, près de Guélenjik.

En 2010, l’homme d’affaires Sergueï Kolesnikov révèle un stratagème de détournements de fonds destiné selon lui à financer l’immense résidence. Il dit avoir été approché par un collaborateur du président afin de siphonner, via son entreprise Petromed, une partie des dons d’oligarques en faveur de projets destinés aux hôpitaux vers un opaque fonds d’investissement.

Ayant pris soin de quitter la Russie avant ces révélations, Kolesnikov publie des plans, des contrats et écrit une lettre ouverte au président d’alors, Dmitri Medvedev, l’exhortant à lutter contre la corruption. Les autorités démentent et son initiative tourne court.

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Dans les mois suivants, plusieurs enquêtes journalistiques pointent du doigts des malversations, mais l’affaire retombe vite.

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Faste et opulence

Les investigations d’Alexeï Navalny, elles, détaillent l’opulence de cette résidence de 17 700 mètres carrés sur un terrain équivalent à « 39 fois la taille de Monaco ». Le complexe comprend un amphithéâtre, une église, des vignobles, une enceinte de hockey sur glace, un tunnel géant menant à la plage ou encore un casino.

Accusant M. Poutine d’être « obsédé par les richesses et le luxe », l’opposant estime le chantier à 100 milliards de roubles (1,12 milliard d’euros) avec ses dix chambres d’hôtes, ses meubles sur-mesure ou encore sa brosse à WC italienne à 700 euros pièce.

Selon M. Navalny, la pêche est interdite dans les eaux avoisinantes et il existe une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la propriété.

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Un cadeau des oligarques?

Selon M. Navalny, la construction du complexe a été financée par des entreprises liées à des proches de Vladimir Poutine tels que le patron du géant pétrolier Rosneft, Igor Setchine, l’homme d’affaires et milliardaire Guennadi Timtchenko ou encore Iouri Kovaltchouk, principal actionnaire de la banque Rossiya, surnommée la « banque des amis de Poutine » et sous sanctions occidentales.

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Les fonds proviendraient de faux contrats et divers autres stratagèmes impliquant des entreprises publiques, dont la firme de transport pétrolier Transneft, dirigée par Nikolaï Tokarev, ancien collègue de Vladimir Poutine lorsqu’il travaillait pour le KGB soviétique.

Un neveu du président est également cité.

D’après l’opposant, qui a publié ses accusations dans la foulée de son incarcération le 17 janvier, ces financements illégaux représentent le « plus gros pot-de-vin du monde ». 

Il admet cependant qu’il n’y a aucune trace écrite du nom de M. Poutine.

Son exposé a été aussi accompagné de photos, mais ce sont des représentations d’artiste imaginant le faste intérieur, notamment une « discothèque aquatique », qui sont devenues virales.

Poutine dément en personne

Face au succès de la vidéo, vue plus de 90 millions de fois sur YouTube et qui a servi de support aux manifestations du 23 janvier, le président russe intervient en personne lundi, lui qui se refuse de même prononcer le nom de l’opposant.

« Rien de ce qui est montré dedans comme étant mes biens ne m’appartient à moi ou à mes proches », a indiqué M. Poutine, interrogé par un étudiant.

Il a dénoncé des accusations visant à « laver le cerveau » des Russes, prenant l’exemple d’un montage photo le montrant en train de nager dans une piscine du palais.

Le Kremlin a insisté sur ces montages comme la preuve que les accusations sont calomnieuses.

Mais il a refusé de révéler le nom des propriétaires et n’a pas dit si le président russe connaissait les lieux.

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