Northvolt en mode survie: «Une saga de succès qui tourne en histoire d'horreur»

Le gouvernement Legault a déjà mis plus de 710 millions dans l’aventure jusqu’à présent

Photo Pierre-Paul Poulin
Photo portrait de Francis Halin

Francis Halin

2024-09-24T04:00:00Z

Le fabricant de batteries suédois Northvolt, derrière «le plus grand investissement privé de l’histoire récente du Québec», selon les mots du premier ministre François Legault, vient de licencier 1600 travailleurs pour passer à travers une perte colossale de 1,6 milliard de dollars l’an dernier.

«L’histoire de Northvolt, c’est une saga de succès, qui est tournée, en quelques semaines, en une histoire d’horreur qui peut finir très mal», a illustré Alexander Norén, journaliste économique en Suède, à TVA Nouvelles, après l’annonce.

Lundi, la nouvelle a eu l’effet d’un électrochoc au Québec. Le couperet est tombé le matin ici. Plus de 1600 travailleurs suédois ont appris qu’ils perdraient leur gagne-pain là-bas, soit l’équivalent d’un employé sur cinq au sein de la société.

Il y a près d'un an, le 29 septembre 2023, les élus célébraient «le plus grand investissement privé de l'histoire récente du Québec».
Il y a près d'un an, le 29 septembre 2023, les élus célébraient «le plus grand investissement privé de l'histoire récente du Québec». Tiré de LCP-LAG
«C’est un risque contrôlé»

La ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Christine Fréchette, n’a pas tardé à réagir aux mauvaises nouvelles en provenance de Suède de l’entreprise dans laquelle plus de 710 millions de dollars de fonds publics ont été mis jusqu’à présent.

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«C’est un risque contrôlé. Northvolt nous assure que le projet au Québec n’est pas affecté par ses annonces», a-t-elle assuré, en se montrant optimiste dans la crise.

La ministre Christine Fréchette
La ministre Christine Fréchette Photo Stevens LeBlanc

En novembre dernier, des experts avaient dénoncé le fait qu’Investissement Québec n’avait aucun document significatif à fournir en deux ans sur les divers risques liés à la filière. 

«Le gouvernement doit être plus transparent et plus exigeant en matière d’évaluation des risques. Ça n’a aucun bon sens», s’était étonnée Saidatou Dicko, professeure de sciences comptables à l’Université du Québec à Montréal.

Or, près d’un an plus tard, les signaux d’alarme s’accumulent de jour en jour sur le projet-phare de Northvolt, qui ambitionnait d’être le joueur clé de la filière batterie avec son usine de 7 milliards de dollars, à Saint-Basile-le-Grand et McMasterville (voir tableau).

«Enjeux de financement»

En marge d’une allocution au Cercle canadien, la PDG d’Investissement Québec, Bicha Ngo, n’a pas voulu dorer la pilule en s’adressant aux journalistes, lundi, quelques heures avant une rencontre d'urgence au sommet avec la direction de Northvolt prévue en fin d’après-midi, sur les coups de 16h.

La PDG d’Investissement Québec, Bicha Ngo, estime que la filière batterie est toujours la bonne voie à suivre. Elle s'est exprimée lundi midi au Cercle canadien.
La PDG d’Investissement Québec, Bicha Ngo, estime que la filière batterie est toujours la bonne voie à suivre. Elle s'est exprimée lundi midi au Cercle canadien. Fournie par le Cercle canadien

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«Northvolt a quand même des enjeux de financement», a concédé la numéro 1 du bras investisseur, en insistant cependant pour dire que d’autres projets vont bien, comme celui de Volta, Nemaska et Ultium CAM «qui avancent malgré leurs défis».

Reste que malgré ses 20 milliards de dollars récoltés depuis 2016, Northvolt a de plus en plus de mal à poursuivre ses mégaprojets lancés en grande pompe. L’entreprise n’avait d’autres choix que d’agir vite, car elle a besoin d’un milliard de dollars.

Expansions à l’étranger

Jeudi dernier, Le Journal rapportait d’ailleurs les craintes d’un économiste suédois qui regrettait de voir le fabricant de batteries multiplier ses projets à l’international.

«Se lancer dans de telles expansions à l’étranger, alors qu’ils ont autant de problèmes à la maison, ça ressemble à de la mégalomanie», avait dénoncé dans nos pages Christian Sandström, professeur associé à la Jönköping International Business School (JIBS).

L'économiste Christian Sandström craint que l'usine québécoise ne voie jamais le jour.
L'économiste Christian Sandström craint que l'usine québécoise ne voie jamais le jour. Fournie par Christian Sandström

«Ça implose. Il n’y aura pas d’usine au Canada. J’espère que je me trompe. J’aurais aimé que cela marche, mais c’est ce que je pense», avait-il affirmé.

– Avec la collaboration de TVA Nouvelles et de l'Agence QMI

Six signaux d’alarme

1- Vite et à moindre coût

En mai dernier, Le Journal rapportait les propos du PDG de Northvolt, Peter Carlsson, qui avait confié, dans un balado de Nicolai Tangen, son désir de bâtir son empire de la batterie vite et à moindre coût. «Votre plus grand atout est votre vitesse et votre mission», avait martelé celui qui bâtit la méga-usine controversée de 7 G$ au Québec.

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Peter Carlsson s’est confié sans filtre, en février dernier, au balado «In Good Company» de Nicolai Tangen.
Peter Carlsson s’est confié sans filtre, en février dernier, au balado «In Good Company» de Nicolai Tangen. Fournie par «IN GOOD COMPANY»
2- Abandon de projets

Début septembre, en rendant publics les premiers résultats de sa revue stratégique, Northvolt a annoncé son intention de stopper l’usine de matière active de cathode Northvolt Ett, de Skellefteå, son programme Fem, à Borlänge, en plus d’intégrer sa filiale Cuberg à la maison pour réduire ses coûts.

3- Perte du 3 G$ de BMW

En juin passé, BMW a annulé un contrat de près de 3 milliards de dollars avec Northvolt en raison de retards de livraison des batteries, mais le fabricant suédois avait dit que son projet d’usine de 7 milliards de dollars ici sortirait de terre comme prévu.

AFP
AFP
4- Craintes de Volkswagen

Un mois plus tard, un magazine allemand nous apprenait qu'après BMW, Volkswagen craindrait à son tour de ne pas avoir ses batteries à temps du fabricant suédois Northvolt. Interrogée par Le Journal, l'entreprise suédoise avait rétorqué au contraire que tout allait bien.

5- Retard de l’usine québécoise

Fin août, La Presse révélait que l’usine de Northvolt pourrait avoir un retard de 15 à 18 mois, selon une entrevue accordée par le ministre de l’Économie de l’époque, Pierre Fitzgibbon.

6- Une firme pour étudier les options

Enfin, jeudi dernier, Bloomberg rapportait que Northvolt vient de solliciter la firme new-yorkaise PJT Partners pour évaluer ses options, tout en mentionnant qu’il n’y aurait pas de restructuration en place encore, pour l'instant.

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