Notre monde en 2021

Joseph Facal
Mardi, j’ai soumis un bilan personnel de l’année écoulée sur la scène locale.
Que retenir maintenant des 12 derniers mois sur la scène mondiale ?
Ma réponse est évidemment personnelle et subjective.
Remplacement ?
2021 aura vu l’accélération du déclin des États-Unis et de la montée en apparence inexorable de la Chine.
Nous avions l’habitude d’un Occident confiant et dominant, sûr de lui et de ses valeurs, dont les États-Unis étaient le phare.

Rien n’aura davantage illustré la glissade des États-Unis que l’assaut du Capitole par des émeutiers, le 6 janvier, pendant que Trump, silencieux, attendait le dénouement.
Quand un peuple se met à douter de ses institutions, il est mûr pour tomber sous les charmes illusoires d’un démagogue.
Cet événement inimaginable, dont le caractère en partie prémédité devient plus clair chaque jour, fut suivi par une autre débâcle : le retrait chaotique des troupes américaines de l’Afghanistan, livrant le pays aux islamistes les plus barbares que l’on puisse imaginer.
Pourtant, les valeurs occidentales ne doivent pas être si mauvaises puisqu’elles ont permis d’accoucher des sociétés les plus prospères et les plus libres que l’humanité ait connues.
Mais la débâcle afghane, comme l’irakienne avant elle, a illustré que la démocratie et le libéralisme ne s’imposent pas d’en haut et nécessitent des conditions de base.
Pendant que les alliés des États-Unis ne savaient plus sur quel pied danser, leurs adversaires, eux, profitaient de l’occasion.
Deng Xiao Ping, l’homme qui, à la fin des années 1970, enclencha le décollage de la Chine en l’ouvrant au monde et en embrassant partiellement un capitalisme nouveau genre étroitement surveillé par l’État, avait recommandé à ses successeurs une politique en deux volets.
Il fallait que la Chine, disait-il, cache sa force et fasse preuve de patience.
Le glissement américain a marqué la fin de cette stratégie chinoise.
La Chine d’aujourd’hui ne cache plus sa force et a décidé que le moment de s’affirmer était arrivé.
Mettez-vous à sa place : son adversaire principal se donne pour leader un bouffon dangereux comme Trump, le remplace par un quasi-octogénaire presque sénile, laisse des hurluberlus complotistes envahir son parlement, et offre le triste spectacle d’une classe politique paralysée par les divisions partisanes.
La Chine fit alors le pari facile qu’on n’oserait pas lui tenir tête, et elle avait raison. Il n’y eut pas de plus belle preuve que le sort de Hong Kong.
Ordre
Le signal fut donné et les autocrates assez forts le captèrent : on pouvait défier les États-Unis en toute impunité ou presque.
Voyez les Russes, peut-être sur le point d’envahir l’Ukraine.
Voyez l’Iran, qui durcit ses positions sur ses capacités nucléaires.
Voyez les avions chinois dans l’espace aérien de Taiwan.
L’avenir n’est jamais écrit d’avance, mais si l’ordre mondial assuré par les États-Unis devenait chose du passé, nous, les Occidentaux, réaliserons cruellement, comme le notait récemment la revue The Economist, à quel point nous en avons profité.