Offres alléchantes des compagnies aériennes

Photo portrait de Martin Jolicoeur

Martin Jolicoeur

2020-12-29T06:00:00Z
2020-12-29T12:04:17Z

Tandis que les gouvernements du Québec et du Canada continuent de déconseiller tout séjour non essentiel à l’étranger, les compagnies aériennes et tours opérateurs du pays multiplient les offres alléchantes pour inciter au voyage un maximum de Québécois.

Une situation qui, sans être illégale, soulève selon des experts, nombre de questions d’ordre éthique dans le contexte actuel de la pandémie.

«Ce n’est pas parce que c’est permis que c’est pour autant moral», tranche en outre le professeur en management de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste des questions d’aviation, Mehran Ebrahimi.

Plus de 50% de rabais

Nul besoin de chercher longtemps pour dénicher des billets d’avions ou forfaits-vacances défiants toute concurrence à partir de Montréal. Air Canada, Air Transat et Sunwing, toutes officiellement en difficulté, écoulent leurs voyages à des prix coupés dépassant souvent les 50%.

Transat, par exemple, offre un forfait de sept jours au Pullman Cayo Coco, un établissement cubain classé 5 étoiles, pour 889$ par personne, toutes taxes comprises.

Il s’agit d’un rabais de 56% (ou de 1 147$) sur le tarif régulier de 2036$ par personne, comprenant le transport aller-retour, l’hébergement, la nourriture et l’alcool à volonté pendant une semaine.

Sunwing, pour sa part, offre un séjour similaire en janvier dans un tout-compris de 5 étoiles à Punta Cana, en République Dominicaine, pour 1 035$ par personne. Il s’agit d’un rabais de 59% sur le tarif régulier de 2 495$ par personne.

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Air Canada y va de son côté d’allers-retours pour Paris en janvier pour guère plus de 700$ et des allers simples, entre autres, pour Fort Lauderdales à 160$.

Éthique et sécurité publique

Voilà le genre de promotions qui atteint sa cible si l’on se fie au nombre de vacanciers partis de l’aéroport Montréal-Trudeau récemment.

Depuis le 14 décembre, Aéroports de Montréal (ADM) enregistre une moyenne de 8 000 passagers par jour à Montréal-Trudeau, comparativement à une moyenne quotidienne de 5 300 en novembre. En 2019, ADM avait enregistré une moyenne sur l’année de 56 630 passagers par jour.

Dans le contexte de la pandémie, le directeur général de l’Institut de la confiance dans les organisations (ICO), Donald Riendeau, s’interroge sur les considérations éthiques qui ont mené à l’adoption de telles stratégies de mise en marché par les transporteurs et voyagistes.

«Ces compagnies ont bien sûr une responsabilité sociale. En cette période d’hyperpropagation du virus, cela devient même un enjeu de sécurité publique, dit-il. Mais elles doivent en même temps survivre (pour leurs employés, dirigeants et actionnaires)». Une réalité qui l’empêche de jeter le blâme seulement sur les compagnies aériennes.

Responsabilité partagée

Son opinion s’approche de celle du professeur en gestion de l’UQAM, Mehran Ebrahimi qui, sans absoudre complètement les transporteurs, parle quand même d’une responsabilité partagée entre les compagnies aériennes, les gouvernements et les voyageurs.

«Par ces promotions, les compagnies aériennes crées des conditions qui encouragent des voyageurs à s’exposer encore davantage au virus», dit-il. Dans le contexte actuel, la stratégie lui paraît aussi discutable que celle d’un marchand qui se permettrait d’offrir des pâtisseries à petit prix à des candidats, fraîchement sortis d’un programme alimentaire amaigrissant.

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« Leur pratique commerciale a quelque chose d’immoral dans le contexte où les autorités demandent depuis des semaines d’éviter de tels voyages. Mais on n’en serait probablement pas là si nos élus avaient pris leurs responsabilités et eu le courage de fermer les aéroports. (...) L’immobilisme dont a fait preuve Ottawa vis-à-vis les problèmes de l’industrie aérienne depuis dix mois est incroyable. »

Selon Donald Riendeau, de l’ICO, il est contradictoire «que nos gouvernements découragent les citoyens de voyager et laissent en même temps les aéroports ouverts». Il aurait été possible à son avis de s’entendre avec les compagnies aériennes pour éviter ce genre de situation en période de forte éclosion.

Des comportements risqués

Hier, le Journal révélait d’ailleurs, photos à l’appui, que les mesures sanitaires élémentaires (distanciation, lavage des mains, port du marque) étaient peu observées par les Québécois partis se reposer au Mexique au cours des derniers jours.

Depuis deux semaines, 17 avions de passagers ont atterri à Montréal avec à leur bord un ou plusieurs passagers infectés à la Covid-19. Du nombre, trois vols arrivaient de Paris, ville d’origine du plus grand nombre d’appareils «infectés» identifiés à Montréal par les autorités de la Santé publique du Canada.

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