On appuie sur l’accélérateur ou sur le frein?


Richard Martineau
Tous ceux qui ont déjà pris l’avion savent que l’atterrissage est un moment vraiment particulier.
D’un côté, l’avion file à toute vitesse sur la piste (250 km/h contre 800 à 900 km/h en plein vol).
De l’autre, les inverseurs de poussée nous donnent l’impression que le pilote a activé un moteur à réaction qui pousse l’avion en sens contraire.
Une force nous pousse vers l’avant, en même temps qu’une force nous pousse vers l’arrière.
Comme si on accélérait et on freinait en même temps !
ON EST BIEN DANS SON COTON OUATÉ ?
C’est exactement comme ça que je me sens ces temps-ci.
D’un côté, on déconfine.
De l’autre, on ne cesse de nous dire de faire attention et de réprimer nos envies de liberté.
On sort ou pas ?
On appuie sur l’accélérateur ou sur le frein ?
On peut aller manger sur une terrasse... mais pas avec des amis. Juste deux adultes provenant de deux adresses différentes peuvent s’assoir à la même table. Avec leurs enfants mineurs.
De même, le nombre de gens vaccinés augmente et celui de gens hospitalisés baisse.
Mais il faut quand même passer trois jours à l’hôtel quand on revient de l’étranger, même si un comité affirme que cette mesure devrait être levée, puisque de toute façon, elle ne s’impose pas à ceux qui franchissent la frontière canado-américaine en auto.
Bref, c’est comme si deux saisons coexistaient.
Parfois, tu peux être en shorts et en gougounes. D’autres fois, tu dois porter tes bottes Kodiak et ton manteau d’hiver.
Comme le chante Bleu Jean Bleu, on ne sait plus comment s’habiller.
Faut-tu porter un col roulé et un froc doublé ou on est bien dans son coton ouaté ?
AVANCEZ PAR EN ARRIÈRE !
C’est le gros défi du gouvernement.
Tenir les deux discours en même temps.
Sortez... mais pas trop.
Déconfinez... mais partez pas en fou.
Profitez du printemps... mais faites attention à ne pas gâcher votre été.
« Avancez par en arrière ! », comme disent les chauffeurs d’autobus.
Pas sûr que les gens vont comprendre toutes les subtilités de ce message.
En un sens, on pourrait dire que c’est le moment le plus délicat de la crise.
Quand la fin est proche mais qu’elle n’est pas encore arrivée.
Comme me disait Claude Villeneuve à Qub radio en citant Churchill : « Ce n’est pas la fin, ce n’est peut-être pas le commencement de la fin, mais c’est la fin du commencement. »
Ou quelque chose du genre.
VITESSE GRAND V COMME VACCIN
En fait, il y a une seule façon d’en finir avec cette ambiguïté et ce double discours : se faire vacciner.
Plus vite on court vers les centres de vaccination, moins on va avoir besoin de freiner nos ardeurs.
Un jour, quand on va atteindre le seuil magique de 75 % de gens doublement vaccinés, l’avion va arrêter de rouler sur la piste.
Les inverseurs de poussée vont s’éteindre.
La porte va s’ouvrir.
Et on va se promener en bedaine sur le tarmac.
Les seules bulles qui compteront, alors, seront celles qui éclateront dans notre coupe de champagne...