Hugo Barrette est «dégoûté»
Le Québécois remet en question une décision des juges


Richard Boutin
TOKYO | Hugo Barrette était complètement dévasté après son élimination dans l’épreuve du keirin au vélodrome d’Izu, samedi.
Victorieux de sa première épreuve, le cycliste sur piste a eu la désagréable surprise de voir les juges décider de reprendre la course en raison d’une chute.
« On m’a volé mes Jeux, a déclaré immédiatement Barrette en entrevue après son épreuve. Je suis dégoûté. J’ai connu tellement de chutes et de blessures graves au cours de ma carrière, mais il n’y a rien qui me fait aussi mal que ce qui vient de se passer. Ça va être beaucoup plus difficile de me remettre sur pied qu’après une grosse blessure. »

« C’est le moment le plus décevant de ma carrière et je suis envahi par un sentiment d’injustice, poursuit l’athlète des Îles-de-la-Madeleine. Ça va être très dur de me débarrasser de ce sentiment. Quand tu perds de façon juste, tu retournes travailler et tu améliores les aspects déficients. Mais tu fais quoi quand les juges te font perdre. »
Incompréhension totale
Barrette ne comprend pas la décision des juges et réfute les explications qu’on lui a servies.
« Ça n’arrive jamais en keirin de reprendre une course à moins qu’il y ait un coureur sur la piste, a-t-il expliqué. C’est complètement ridicule et ça n’a aucun sens. On m’a dit qu’il y avait des débris sur la piste. C’est faux, comme on peut le voir sur la reprise vidéo. Il n’y avait aucune raison d’arrêter la course. Si je faisais partie d’un gros pays de vélo, une telle décision ne serait pas arrivée. »

Barrette avait livré la performance qu’il souhaitait pour passer au tour suivant avant que les juges décident de tout reprendre.
« Je me suis entraîné depuis cinq ans pour ce moment et j’étais prêt, mais je me suis fait voler par une décision qui n’a aucun sens des juges, a-t-il débité. J’ai connu une super belle course, une course parfaite. »
Côte cassée
À la reprise, le Québécois de 30 ans a été impliqué dans un accrochage avec un coureur britannique.
« Il n’avait plus de place pour passer et il est venu me plaquer, a-t-il raconté. S’il avait été sanctionné pour son geste, je n’aurais pas plus gagné, mais la décision aurait été juste. Un coureur des Pays-Bas a été éliminé sur cette séquence et vu son tournoi prendre fin. Ce fut une autre décision douteuse. »

Barrette est par la suite passé par le repêchage, mais la chute lors de la course précédente avait laissé des traces.
« Je pensais que j’étais correct, mais j’avais de la misère à respirer au milieu d’un effort. Je me suis laissé aller jusqu’à la fin. J’ai une côte cassée. Ça ne fait pas trop mal et le docteur m’a dit qu’il n’y avait rien à faire. »
Une copine en or
Barrette a pu se consoler en partie plus tard dans la journée quand sa copine Kelsey Mitchell a atteint la demi-finale au sprint. Elle a eu l’avantage sur son amie, coéquipière et médaillée de bronze au keirin, Lauriane Genest en quarts de finale.

« Ce fut un petit pansement sur mes blessures, a-t-il illustré. J’ai tenté de rester positif autour d’elle. Kelsey est en feu actuellement [...]. On ne veut pas voir deux amies s’affronter, mais on met l’amitié de côté pendant quelques minutes. Ce fut une belle course entre Kelsey et Lauriane. »
Mitchell a finalement remporté l’or, samedi, au grand plaisir de Barrette.
Opportunité en or
TOKYO | Hugo Barrette vivra une aventure complètement folle à compter d’octobre.
D’octobre à mars, le pistard des Îles-de-la-Madeleine évoluera au sein du circuit professionnel de keirin au Japon, royaume de la discipline.
« J’ai toujours voulu faire ça, mais tu dois recevoir une invitation, a expliqué Barrette. Une fois l’invitation reçue, tout s’est déroulé rapidement et j’ai obtenu mon permis de travail. Parce que nous avons été cloîtrés pendant les Jeux, je vais pouvoir découvrir le Japon et sa culture. »
« Je fais du vélo depuis longtemps et c’est cool d’avoir l’opportunité de vivre quelque chose de nouveau, ajoute Barrette. En plus de vivre une nouvelle aventure, je vais prendre beaucoup d’expérience. »
Paris sportifs
Le circuit professionnel japonais est très populaire auprès des amateurs, mais aussi auprès des parieurs sportifs.
« Dans la division SS, qui est réservée uniquement aux Japonais, il y a des bourses d’un million lors de certaines courses, a-t-il raconté. C’est fou. Certains coureurs font de 3 à 4 millions par année et l’industrie du keirin génère des revenus de 6 milliards par année. »

« Dans mon cas, je vais évoluer dans la division tout juste en dessous où il est possible de faire assez d’argent pour changer une vie, a-t-il poursuivi. »
« Au-delà de l’argent, je suis très content de pouvoir vivre l’immersion au Japon. On sera une cinquantaine de coureurs, dont une dizaine d’étrangers. J’habiterai en appartement à Chiba, où ils ont construit un vélodrome flambant neuf seulement pour ça. Il y a des vélodromes partout au Japon, mais celui-ci a été construit uniquement pour le circuit pro. »
Éviter la tricherie
Les organisateurs prennent tous les moyens pour s’assurer que tout se passe à la régulière.
« Deux jours avant les courses, nous sommes privés d’ordinateur et de téléphone afin qu’aucun coureur ne puisse refiler des informations privilégiées aux parieurs. On veut aussi éviter que les résultats puissent être truqués. Tout le monde connaît le keirin au Japon. Les coureurs sont heureux en raison des bourses et les parieurs sont heureux aussi. »
Avant de revenir au Japon pour le début de sa saison de keirin professionnel, Barrette participera à une étape de la Coupe du monde, en Colombie, en septembre. Il y aura aussi les Mondiaux en octobre.