«On reprend un rythme de croisière»

La pandémie a «frappé de plein fouet» le groupe KO l’an dernier

Louis Morissette
Louis Morissette Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Photo portrait de Raphaël Gendron-Martin

Raphaël Gendron-Martin

2021-03-07T05:00:00Z

«On va sortir de ça plus fort.» La pandémie aurait pu «mettre K.O.» le groupe KO au printemps 2020. Mais l’entreprise cofondée par Louis Morissette a surmonté les obstacles en se tournant notamment vers d’autres joueurs, comme Yoop, pour les spectacles virtuels, et Netflix, pour la distribution du film Le guide de la famille parfaite. Le Journal a discuté avec l’artiste et homme d’affaires des défis posés par les mesures sanitaires sur les plateaux de tournage et du retour éventuel des spectacles en salle.

Jusqu’à quel point la pandémie a-t-elle affecté KO?

«Elle l’a frappé de plein fouet, c’est sûr. Il y a certaines divisions qui se sont relevées plus facilement que d’autres. Le soutien des gouvernements a aidé énormément. Je n’ose même pas imaginer de quoi aurait eu l’air notre industrie, au sens large, si la SODEC n’était pas venue pour combler les assurances pour les tournages télé et si les deux paliers de gouvernement n’avaient pas aidé les entreprises de spectacle avec l’aide à l’emploi.» 

«Là, on reprend un rythme de croisière. On voit les vaccins arriver. Les activités vont graduellement repartir.» 

Au printemps 2020, au début du confinement, tu étais allé à Tout le monde en parle. Tu semblais alors abattu par la situation. Dans quel état d’esprit étais-tu alors? 

«J’étais à la fois sonné et en mode solution. J’avais ma face de gars "à la guerre". Si on se replonge à ce moment-là, on se demandait comment on allait pouvoir tourner des fictions sans vaccin. Pour les spectacles, on s’est associé avec la gang de Yoop pour faire des shows [virtuels]. On en fait beaucoup entre juin et janvier. Là, c’est un peu plus au ralenti. Mais on en a fait des dizaines et ça nous a permis de faire travailler des artistes.» 

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«Aussi, je ne savais pas quand j’allais pouvoir sortir mon film [Le guide de la famille parfaite]. Finalement, je l’ai vendu à Netflix. C’était bien angoissant, la pandémie. Ça l’est toujours. Mais je suis quand même fier de voir comment le groupe KO a réussi à penser outside the box, comment on a réussi à se démerder dans ce moment-là et à rester ensemble. Je pense qu’on va être en très bonne position pour l’après-pandémie à cause du travail qui a été fait pendant la pandémie.» 

Sens-tu qu’il y a un certain essoufflement pour les spectacles virtuels? Comment vois-tu cela pour les prochains mois?

«Il y a plus de compétition. Les premiers mois, on avait l’avantage du concurrentiel, d’être arrivés les premiers. Là, il y a plus d’options qu’il y en avait, ça rend ça plus difficile. Il y a aussi le fait qu’on entrevoit être capable de recommencer à faire des spectacles cet été. Ce ne sera évidemment pas des salles pleines, il va y avoir une distanciation sociale. Chez KO Scène, on est cinq. On va retourner à nos activités régulières. On va continuer de faire un peu des shows dans Yoop. Mais toute la portion corporative, ça prenait trop de temps. Donc, c’est Yoop qui s’en occupe directement. On a comme redéfini les tâches des deux organisations. Ça va nous permettre de retourner faire ce qu’on sait faire: la production de spectacles devant public. » 

Comment vois-tu le retour des spectacles dans des salles au maximum de leur pleine capacité?

«Les shows comme on les connaissait, à grand déploiement, avec toute l’équipe et les décors, ce sera pour 2022. Mais on va être capable de faire des affaires le fun [cette année] à 200, 300 et peut-être même 500 personnes. C’est un peu la même chose que je vois pour le cinéma. C’est pour ça qu’on pense que Le guide de la famille parfaite va être capable de trouver sa place sur les écrans, en salle, cet été, parce qu’il va y avoir peut-être 50% des places occupées. On va graduellement reprendre le mode de vie.» 

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Qu’en est-il de la tournée des Morissette II?

«Je l’avais déjà déplacée d’un an [elle devait initialement être lancée en 2020]. Et je risque de la déplacer d’une autre année, à 2022. [...] Le spectacle est écrit. On avait fait quatre lectures devant public [avant la pandémie]. On allait commencer les répétitions et rentrer dans le décor... J’ai hâte de la faire, mais on va attendre d’avoir les conditions optimales.» 

Te demandes-tu si le public va être au rendez-vous rapidement et en grand nombre quand les spectacles seront à nouveau possibles?

«Je n’ai absolument rien de scientifique, mais j’ai l’impression que si une large portion de la population est vaccinée cet été, on va y aller [voir des spectacles], malgré certaines craintes. C’est sûr qu’il y a des choses qui vont rester. Certaines personnes vont continuer de porter le masque, on va avoir du Purell un peu partout et il y aura une certaine distanciation. Mais par-dessus ça, l’envie d’aller voir des shows, des films et de voir des gens va être plus grande que tout.» 

On a appris récemment que tu avais vendu les droits du film Le guide de la famille parfaite à Netflix, pour une distribution à l’extérieur du Québec. Est-ce que ça pourrait devenir un modèle d’affaires pour les prochaines années?

«La conversation n’est pas tant reliée à Netflix qu’aux plateformes en général. [Club] Illico aussi a décidé de produire directement certains projets. Crave prend de plus en plus de parts de marché. Tou.tv va super bien. Je pense que ces joueurs-là vont devoir être rentrés dans le financement des films. Il va falloir revoir tout ça, car les plateformes vont rester.» 

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«Comment on gère ça? Il faut que tout le monde gagne et qu’on ne se fasse pas manger. J’espère qu’il va y avoir des gens en salle pour Le guide de la famille parfaite. On va pousser fort les représentations en salle. Je vais aller en faire de la promo. Si on est capable de faire la démonstration qu’il y a des gens et en salle et sur les plateformes et que ce n’est pas nécessairement le même public, oui, il va y avoir un nouveau modèle d’affaires, assurément.» 

«[Vendre à Netflix], ce n’était pas un rêve que je caressais. Quoique je suis déjà allé à Los Angeles pour essayer de vendre des projets... J’étais revenu de là en me disant que la côte était abrupte et que j’étais peut-être mieux de bien faire les choses au Québec.» 

«Il y a une perception populaire glamour avec Netflix. Mais ce n’est pas nécessairement toujours ta meilleure solution financière. Je parle aussi beaucoup en tant que scénariste. Les droits d’auteur à travers le monde peuvent être plus intéressants si t’es capable de vendre à la pièce plutôt que de vendre à une plateforme. » 

Que se passe-t-il avec la série Plan B à l’étranger?

«TF1 a produit l’an dernier une version. Ils ont fini en décembre et vont la diffuser dans la prochaine année. En Belgique, c’est la même chose. On travaille aussi sur l’adaptation anglophone. Tout dépendant des disponibilités des acteurs, d’ici 6 à 18 mois, on va tourner la version anglophone qui sera produite par KO.» 

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La saison 3 de Plan B, qui devait mettre en vedette Pier-Luc Funk et compter plusieurs scènes de rapprochement, a dû être repoussée en raison de la pandémie. Une nouvelle saison, avec Anne-Élisabeth Bossé, sera tournée à la place. Jusqu’à quel point cette situation a-t-elle été compliquée à gérer? 

«Il y a eu beaucoup de réflexion. On se demandait si on devait réécrire la saison 3. On s’est posé 1000 questions. Et on s’est rendu compte que c’était moins compliqué de tout déplacer d’un bloc plutôt que d’essayer de rendre ça "COVID proof" [pour respecter les mesures sanitaires].»

Comment est-ce de tourner de la fiction présentement avec les mesures sanitaires?

«On le fait avec beaucoup de rigueur. On ne veut surtout pas se faire fermer les plateaux. Mais c’est quand même compliqué. C’est un joyeux casse-tête. Financièrement, t’as moins de temps pour tourner, tu prends plus de temps à faire de la mise en scène... On ne fait pas pitié, on travaille, on a gardé nos emplois. Mais c’est compliqué, on a envie que ça se tasse.» 

En terminant, quelles leçons vas-tu garder de cette pandémie?

«Je garde une grande leçon de ça: la force de l’équipe. KO, en général, va sortir fort de ça. Je n’aurais jamais pu faire ça seul. On est une équipe forte, tissée serrée. On a ri pendant que ça allait mal, on s’est choqué, on a crié. On va sortir de ça plus fort, plus uni. Je suis souvent le porte-parole de cette compagnie-là, mais il y a tellement de bonnes personnes chez KO, autant professionnellement qu’humainement. C’est ça, la richesse de l’entreprise. Je suis chanceux pour ça. On est chanceux en tant que gang de s’avoir.» 

BIO      

◆ Nom: Louis Morissette 

◆ Âge: 47 ans 

Profession: Acteur, humoriste et producteur, il a cofondé le groupe KO avec Alain Chicoine et Louis-Philippe Drolet. Aujourd’hui, le groupe KO compte quatre divisions principales: KO Média, KO Scène, KOTV et KO24. Il y a environ 90 employés permanents, sans compter les pigistes.   

Impact: Au moment de la pandémie, KO Scène venait de lancer les nouvelles tournées des humoristes Yannick De Martino et Rachid Badouri. Phil Roy commençait aussi son tournage. L’entreprise s’est alors tournée vers la production de spectacles virtuels, avec l’Espace Yoop. En un an, elle a produit 63 événements en ligne, dont des concerts de Louis-Jean Cormier, Dominique Fils-Aimé et Ingrid St-Pierre, le spectacle-bénéfice pour l’anniversaire d’Yvon Deschamps et l’émission Tout le monde ensemble. 

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