Opposition au couvre-feu: à qui la faute?

Évitons de mettre tous les opposants au couvre-feu dans le même panier.
Évitons de mettre tous les opposants au couvre-feu dans le même panier. Photo Martin Alarie
Photo portrait de Josée Legault

Josée Legault

2021-04-14T09:00:00Z

Avec l’usure de la pandémie et l’approche du printemps, le couvre-feu provoque inévitablement une certaine opposition. Pour le moment, elle est cependant minoritaire.

En fin de semaine, un groupe d’émeutiers s’en disant « fatigués » saccageaient des pans du Vieux-Montréal. Lundi, dans Hochelaga-Maisonneuve, des manifestants pacifiques sortaient leurs casseroles pour réclamer la fin du couvre-feu.  

Serions-nous donc à l’aube d’un mouvement anti-couvre-feu ? Pas si vite. De par leur communication parfois incohérente, le trio Legault-Dubé-Arruda serait-il néanmoins en partie responsable d’une opposition plus visible aux mesures sanitaires ? 

Le dernier exemple étant leur « oubli » d’annoncer en point de presse l’imposition du masque à l’extérieur. Une mesure majeure, accompagnée toutefois de conditions inapplicables autant par les citoyens que par les policiers. 

Mieux vaudrait pourtant l’imposer tout simplement à l’extérieur comme pour les lieux publics clos. Étonnamment, au point de presse d’hier, on s’est contenté de resserrer la même mesure au lieu de la rendre applicable à tous, point.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, et le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, ont frappé hier sur le même clou. Leur inquiétude : voir l’adhésion des Québécois aux mesures sanitaires s’effriter en réaction. 

Qu’en est-il vraiment ?

En pleine 3e vague, face à des variants hyper contagieux de la COVID-19 et une vaccination loin d’être complétée, cela risquerait d’affaiblir d’autant le combat contre la pandémie. Or, qu’en est-il vraiment au sein de la population ?

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En temps de paix, tout couvre-feu est nécessairement controversé. Aucun scientifique ne peut prouver son efficacité à réduire la transmission du virus. Il n’en reste pas moins qu’il semble contribuer à réduire les contacts et à rappeler le sérieux de la crise.

Il importe aussi de ne pas trop extrapoler à partir des évènements de la fin de semaine. Primo, qu’ils l’aiment ou non, même après trois mois d’imposition, la plupart des Québécois respectent encore le couvre-feu. 

Deuxio, évitons de mettre tous ses opposants dans le même panier. D’un côté, des citoyens pacifiques dénoncent une mesure qu’ils considèrent personnellement comme inefficace. Mais de l’autre, au-delà des émeutiers du Vieux-Montréal, il se trouve des opposants nettement plus idéologiques. 

Urgence de clarifier

Ceux-là, incluant des complotistes de tous acabits, viennent surtout de l’ultra-droite. Un de ses chevaux de bataille est justement de s’en prendre aux mesures sanitaires. Lesquelles, selon leur propre délire, seraient le produit d’une vaste « dictature liberticide ». 

Le problème est qu’ils se nourrissent aussi de la confusion de certains messages gouvernementaux et d’un écœurement ambiant bien réel. Dans toutes les générations, notre patience devant nos vies amputées de toute normalité depuis plus d’un an est en effet grugée à l’os.

Tant que la vaccination à deux doses d’une forte majorité de la population ne sera pas terminée, notre impatience persistera avec raison. D’où l’urgence pour le premier ministre François Legault et la Santé publique de clarifier leurs messages politiques et leurs mesures sanitaires.

Malgré leur popularité persistante, ils se doivent de les expliquer avec plus de transparence, de cohérence et une simplicité n’ayant rien pour autant de simpliste. 

Ne le dit-on pas par ailleurs depuis l’automne dernier ? Puisqu’on en a tous et toutes pour des mois encore, il en va de la dernière ligne droite contre cette saloperie de virus.

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