Ottawa veut hausser la taxe carbone en s’inspirant de Québec

Anne Caroline Desplanques
Le gouvernement fédéral promet d’augmenter la taxe carbone pour réduire massivement la pollution, mais n’imposera rien au Québec, car la province est déjà en avance sur le reste du pays.
« On n’a pas besoin d’imposer quoi que ce soit au Québec, parce que le leadership du Québec en matière de lutte contre les changements climatiques est bien évident », a déclaré le premier ministre.
Justin Trudeau a annoncé vendredi que la taxe carbone augmentera de 15 $ la tonne par an à partir de 2022, pour atteindre 170 $ la tonne en 2030 comparativement à 50 $ actuellement.
Contestation
Si le Québec est exempté de cette mesure, car il a son propre système de tarification de la pollution, la taxe fédérale est actuellement contestée par l’Alberta, l’Ontario et la Saskatchewan devant la Cour suprême.
Confiant que la plus haute cour du pays penche en faveur de la taxe, Justin Trudeau a précisé que son avenir dépend du résultat des prochaines élections:
« J’ai toujours dit qu’il allait y avoir des élections avant d’augmenter le prix carbone en 2023 et, évidemment, dans un gouvernement minoritaire, on peut très bien comprendre qu’il y aura des élections avant. »
Sans augmenter le prix du carbone, le directeur parlementaire du budget lui-même a prévenu que le fédéral raterait les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) qu’il a promis d’atteindre lors de la signature de l’Accord de Paris, il y a cinq ans.
Le gouvernement se dit maintenant sûr de surpasser cet objectif en réduisant les émissions du pays de 32 à 40 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.
À Paris, il s’est engagé à une réduction de 30 %. Le Québec, lui, a promis de réduire ses émissions de 37,5 % d’ici 2030 par rapport à 1990.
Pour suivre l’exemple, Ottawa promet aussi d’investir 15 milliards $ dans la transition verte. Il est notamment question de financer des rénovations écoénergétiques, le développement des énergies renouvelables, la protection de milieux naturels fragiles et la plantation d’arbres.
Insuffisant
En 2018, les émissions canadiennes de GES étaient au même point qu’en 2005.
La marche que les libéraux promettent maintenant de monter est donc très haute.
Elle est pourtant insuffisante pour limiter le réchauffement global à 1,5 °C, ce qui est l’objectif de fond de l’Accord de Paris.
Pour l’atteindre, les experts de l’ONU sur le climat estiment que les pays doivent réduire leurs émissions de 45 % d’ici 2030.
Patrick Bonin, de Greenpeace, appelle donc Ottawa à en faire encore plus en tournant le dos aux énergies fossiles.
« Le Canada ne peut pas continuer à prétendre qu’il peut résoudre la crise climatique tout en augmentant sa production de pétrole et de gaz et en construisant de nouveaux pipelines. »