Pandémie: une commission de 25 ans?

Photo portrait de Antoine Robitaille

Antoine Robitaille

2021-02-18T10:00:00Z

Les libéraux de Dominique Anglade réclament, jour après jour, une commission d’enquête sur la gestion de la pandémie.

De manière sans doute sincère, ils estiment que la lumière doit être faite sur ce désastre qui aura coûté la vie à des dizaines de milliers de Québécois (10 246, au moment d’écrire ces lignes). Ils n’ont pas tort.

Supplice

Secrètement, en répétant leur demande jour après jour, les libéraux semblent prendre plaisir à rendre la pareille à la CAQ, qui participa à un supplice semblable subi par le gouvernement de Jean Charest.

  • Écoutez l'entrevue de Dominique Anglade à QUB radio:

L’adéquiste Sylvie Roy (caquiste de 2012 à 2015), décédée en 2016, avait ouvert le bal.

Tous les jours, partout, adéquistes, puis caquistes, péquistes, qsistes martelaient la nécessité que soit déclenchée une commission d’enquête publique sur les trois « CO » : collusion, corruption, construction.

Les libéraux résistèrent un temps : valait mieux voir les bandits en prison qu’à la télévision. Et créaient des escouades (Marteau, EPIM, UPAC).

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Puis, après des tonnes d’histoires louches révélées par les médias, après le dépôt, par l’ancien chef de police (et futur caquiste) Jacques Duchesneau, d’un rapport explosif, le gouvernement Charest céda.

« Patente à gosses »

« On a taillé sur mesure la solution qui était la bonne », avait admis Jean Charest lors de la conférence de presse. Sa commission ne pourrait contraindre quiconque à témoigner, ni exiger la production de documents. Elle ne formulerait aucun blâme !

Tollé instantané. « Patente à gosses », s’indigna le péquiste Stéphane Bergeron. Peu s’en souviennent, mais François Legault, qui venait de fonder, en février 2011, sa « Coalition pour l’avenir du Québec », avait condamné la formule Charest.

Une commission limitée « ne permettrait pas de poser un diagnostic exact à propos du cancer qui ronge » la construction. Il préférait une formule avec témoignages d’élus, d’entrepreneurs et de syndicalistes. Et « une commission d’enquête doit pouvoir contraindre des gens à venir témoigner », insistait-il...

Qui trop embrasse...

Dix ans plus tard, ironie, c’est lui qui refuse le déclenchement d’une enquête sur le problème de l’heure, la gestion de la pandémie. Et qui s’accroche à une « solution taillée sur mesure » : un mandat limité, sans pouvoir de contraindre, donné à la Commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay.

Peut-être que, comme Jean Charest, François Legault finira par céder. Le libéral permettra à la juge Charbonneau de contraindre et de blâmer.

Mais Legault ferait face à un défi de taille : définir un mandat raisonnable ! Pour l’instant, si on écoutait Mme Anglade, la commission durerait quelque 25 ans sur la pandémie ! Selon elle, on devrait se pencher sur l’octroi des contrats, « la coordination interministérielle », l’effet des millions en publicité.

Sans enquête publique, affirmait-elle hier, « on ne pourra jamais savoir si la campagne de vaccination était optimisée [...] si les confinements avaient pu être organisés différemment [...] si les tests rapides ont été utilisés de la bonne façon [...] si les programmes d’aide d’urgence ont répondu aux besoins réels ».

Pour avoir quelque crédibilité, la cheffe libérale devrait mieux préciser le contour de l’enquête qu’elle réclame. Qui trop embrasse mal étreint.

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