Paris et sa région voient monter la vague de cas de COVID-19
AFP
Des transferts de «dizaines, voire de centaines» de patients se préparent pour éviter la saturation des hôpitaux à Paris et sa région, là où l'épidémie de COVID-19 provoque le plus d'inquiétudes en France.
• À lire aussi: Tous les développements de la pandémie
La situation hospitalière est «extrêmement tendue» en région parisienne et il faut se «tenir prêt à tout moment à prendre des mesures» supplémentaires, a déclaré vendredi le premier ministre Jean Castex lors d’une visite à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
«Toutes les 12 minutes, un Francilien [nom donné aux habitants de la région Île-de-France] est admis en réanimation», avait souligné le ministre de la Santé, Olivier Véran, la veille au soir lors de sa conférence de presse hebdomadaire.
Pour éviter que les services de réanimation débordent, «nous préparons des transferts importants de patients vers les autres régions», a dit M. Véran, en mentionnant «des dizaines, voire des centaines de patients».
Selon le ministère, ces transferts pourraient débuter dans «les prochains jours», avec en outre des déprogrammations d’opérations pour libérer des lits.
«Si on voit qu’on est complètement submergé, l’État sera obligé de prendre une décision de confinement», a pour sa part estimé le Dr Benjamin Rossi, infectiologue à l’Hôpital Robert Ballanger, en Seine–Saint-Denis, vendredi sur LCI.
«Nous voyons un rajeunissement des patients en réanimation», a de son côté noté sur la radio franceinfo le Pr Rémi Salomon, président de la Commission médicale de l’AP-HP (hôpitaux de Paris).
La région parisienne «inquiète très fortement», a indiqué vendredi un cadre de la majorité à l’AFP. «Le trou de souris s’est rétréci. Là, on pousse le dernier curseur avec les transferts de patients».
Variant plus mortel
Selon les derniers chiffres de l’ARS (Agence régionale de santé), 1082 malades sont hospitalisés en réanimation, et le taux d’incidence dans la région est de 365 cas pour 100 000 habitants (et même 464 en Seine–Saint-Denis), contre 220 au niveau national.
L’exécutif a jusque-là voulu éviter à tout prix un confinement strict, comme au printemps. Il a plutôt opté pour des confinements locaux le week-end, comme dans les Alpes-Maritimes, à Dunkerque et dans le Pas-de-Calais.
En outre, la métropole vit depuis 7 semaines sous couvre-feu de 18h à 6h, et les restaurants, bars, lieux culturels et salles de sport sont fermés depuis quatre mois.
À travers la France, nombre de médecins notent que les admissions en réanimation (donc les cas graves) augmentent plus vite que les hospitalisations ou le nombre de cas. Et par endroits, les patients en réanimation semblent plus jeunes que par le passé.
Tout cela pourrait en partie être dû au variant anglais, qui représente désormais plus de 67% des cas positifs.
«Le variant serait responsable de davantage de formes graves. Ceci expliquerait pourquoi les réanimations se remplissent plus vite», a avancé M. Véran, en s’appuyant sur une étude anglaise selon laquelle le variant est 64% plus mortel que le coronavirus classique, en plus d’être plus contagieux.
«C’est difficile de conclure, car il y a pas mal de facteurs qui s’entremêlent», a commenté Daniel Levy-Bruhl, de l’agence sanitaire Santé publique France, vendredi lors d’une conférence de presse en ligne.
Selon lui, «l’impact de la vaccination» chez les plus âgés, et donc la protection qu’ils en retirent, pourrait également expliquer pourquoi certains services de réanimation semblent accueillir davantage de jeunes.
Dans tout le pays, près de 4 000 malades sont en réanimation, en dessous des pics de la première (7000 au printemps) et de la deuxième vague (4900 à l’automne), mais le rythme s’est nettement accéléré.
Le nombre quotidien de cas confirmés est redescendu autour de 27 000 jeudi, et on approche de la barre des 90 000 morts, selon Santé publique France.
Écoles fermées
Pour contrer l’épidémie, les autorités parient sur une accélération de la campagne de vaccination, avec un objectif de 10 millions de premières injections d’ici mi-avril.
En Île-de-France, 48 centres de vaccination ambulatoires et 14 nouveaux centres dédiés seront ouverts samedi et dimanche pour délivrer quelque 25 000 doses de vaccin Pfizer.
Mais la décision de plusieurs pays de suspendre l’utilisation du vaccin AstraZeneca à cause de craintes liées à la formation de caillots sanguins risque de nourrir la défiance, même s’il «n’y a pas de raison de ne pas utiliser» ce vaccin, a assuré vendredi l’OMS.
En effet, ce risque de troubles de la coagulation n’est statistiquement pas plus fort chez les patients vaccinés avec AstraZeneca que chez les autres, insistent les autorités sanitaires européennes et françaises.
L’Agence nationale du médicament (ANSM) a ainsi recommandé, vendredi, de continuer la vaccination avec AstraZeneca.
Pour l’instant, 4,5 millions de personnes en France ont reçu au moins une injection d’un des trois vaccins disponibles, et 2,2 millions deux doses.
Et à terme, la France disposera d’un quatrième vaccin, après l’autorisation européenne accordée jeudi à celui de Johnson & Johnson.
De son côté, le secteur de la culture va célébrer, vendredi soir, la fête annuelle du cinéma, les César, alors qu’une dizaine de théâtres sont occupés pour réclamer la réouverture des lieux culturels.