Paul Doucet et Sonia Vachon: 30 ans plus tard, ils ont toujours le même plaisir à travailler ensemble
Nathalie Slight
Près de 30 ans après leur rencontre sur la pièce Rhinocéros, Paul Doucet et Sonia Vachon se retrouvent à nouveau sur les planches, cette fois dans Verdict 2, un spectacle interactif où le public joue le rôle du jury. Entre les souvenirs de leurs débuts, des confidences sur leur complicité et les défis liés à ce projet audacieux, les deux comédiens se confient sur leur amitié.
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Sonia et Paul, vous souvenez-vous de votre toute première rencontre?
Paul: Bien sûr! C’était sur la pièce Rhinocéros, en 1996.
Sonia: Mais tu as une mémoire de feu, Paul! Moi, je suis horrible pour me rappeler des dates de mes différents projets.
P.D.: T’inquiètes, moi aussi! Mais c’est assez facile de me rappeler l’année de cette pièce de théâtre, puisque je venais tout juste d’obtenir mon diplôme en théâtre.
S.V.: Je me souviens, par contre, qu’on jouait un couple habillé en brun qui apercevait un rhinocéros. Au début de la pièce, nos personnages, accompagnés de quelques villageois, s’exclamaient: «Oh, rhinocéros!», «Ben oui, un rhinocéros».
Quelle fut votre première impression l’un de l’autre?
S.V.: Je suis quelqu’un d’assez sensible aux énergies et j’ai tout de suite été happée par celle de Paul. C’est quelqu’un de foncièrement bon, qui dégage quelque chose de rassurant, d’apaisant.
P.D.: De son côté, en plus d’être une comédienne exceptionnelle, Sonia est toujours de bonne humeur, drôle et agréable à côtoyer. Lorsque j’ai appris qu’elle allait joindre la deuxième mouture de la pièce de théâtre Verdict, j’étais bien heureux de la retrouver, après toutes ces années.
S.V.: Il faut comprendre que Paul était de la première version de Verdict, avec Marie-Thérèse Fortin. Il arrive donc avec un bon bagage d’expérience, il me guide, répond patiemment à toutes mes questions... Et je peux vous dire qu’elles sont nombreuses! (rires)
Quel genre de questions lui poses-tu?
S.V.: J’en ai plein: quel ton dois-je adopter pour livrer les plaidoiries? Qu’est-ce que je fais si j’ai un blanc? Est-ce que je dois créer un personnage pour chaque plaidoirie?
P.D.: Il faut comprendre que Verdict n’est pas une pièce de théâtre traditionnelle. Il s’agit d’un spectacle interactif où nous campons des avocats, et le public est le jury. Les plaidoiries abordent des sujets d’actualité assez lourds: la détresse des proches aidants, l’atteinte à la réputation, la violence conjugale...
S.V.: Nos textes ont été écrits à partir de verbatims de véritables plaidoiries, qui ont déjà été plaidées en cour. Par exemple, dans la première mouture de Verdict, Marie-Thérèse Fortin présentait une plaidoirie de l’avocate Anne-France Goldwater.
P.D.: Il s’agit d’un superbe contre-emploi pour Sonia, qui va nous permettre de découvrir une autre facette de sa personnalité. On ne l’a jamais vue dans un rôle comme celui-là!

L’un de vous a-t-il déjà campé un avocat au cours de sa carrière?
S.V.: Moi, une seule fois. C’était il y a plusieurs années, dans le cadre d’une publicité. Je ne me souviens même plus pour quel produit: on voit à quel point ça m’a marquée! (rires)
P.D.: Je campe un avocat qui revient de temps à autre dans Indéfendable, pour différentes intrigues. Mon premier contrat en carrière, c’était sur la série Les grands procès, dans le cadre d’un épisode consacré au bandit notoire Jacques Mesrine. Je n’avais jamais mis les pieds sur un plateau de tournage, et j’étais là à jouer un expert d’empreintes digitales. L’expert de la partie adverse était campé par nul autre que Jean-Pierre Bergeron. Son personnage, plus expérimenté que le mien, démolissait complètement mon témoignage.
Auriez-vous fait un bon avocat dans la vraie vie?
(Sonia fait spontanément signe que non avec la tête)
P.D.: Sonia, on connaît tous ta grande sensibilité, mais je pense que tu aurais fait une bonne avocate, parce que tu aurais tout fait en ton pouvoir pour défendre tes clients. Des avocates sensibles, humaines, chaleureuses et empathiques, ça existe!
S.V.: Bon, t’es en train de me convaincre de changer de carrière! (rires) C’est vrai que j’aurais pu mettre ma sensibilité au service des plus démunis de notre société, en travaillant par exemple pour l’aide juridique. Mais défendre des criminels, ça, c’est un gros non! Non seulement j’en serais incapable, mais je n’arriverais pas à dormir le soir. Impossible!
P.D.: De mon côté, je pense que j’aurais fait un bon avocat, mais j’aurais eu de la difficulté à avoir la vie de quelqu’un entre mes mains. Dans le cadre de la première mouture de Verdict, je défendais un homme qui avait tiré sur un policier. Accusé de meurtre au premier degré, il plaidait la légitime défense. Ce procès-là a déjà eu lieu dans la vraie vie. Je n’ose pas imaginer toute la pression que ressentait son avocat.
Est-ce que le fait d’être aussi complices vous aide dans le travail?
P.D.: Certainement! Si la complicité est inexistante entre collègues de travail, on ne peut pas être heureux. Notre mémoire, notre cœur, notre corps, c’est notre instrument. Pour l’utiliser correctement, il faut être dans de bonnes conditions.
S.V.: Tout à fait d’accord avec Paul! On est des acteurs et des actrices professionnels, on joue avec n’importe quel collègue de travail. Mais c’est sûr que c’est plus agréable lorsqu’on a du fun à travailler ensemble.
P.D.: Sonia et moi, on est de la même génération, on a les mêmes références. L’autre jour, on a tellement ri: notre metteur en scène nous a donné comme consigne de répondre «du tac au tac»...
S.V.: ... et au même moment, on s’est mis à fredonner le thème musical de la comédie des années 1970, Du tac au tac. Comme nous étions les deux seuls de notre génération, personne ne comprenait autour de nous et ça nous a beaucoup fait rire!

Allons maintenant ailleurs. Sonia a participé à Sortez-moi d'ici. Est-ce le genre de défi que tu aimerais relever, Paul?
P.D.: Oh, mon Dieu, non! J’ai participé à Fort Boyard en 2013 et j’ai haï ça pour mourir! On s’entend que passer 10 jours à La Rochelle, en France, pendant la Coupe du Monde de soccer en plus, c’était génial. Mais je me serais bien passé de toute la portion «fort». C’était sale, poussiéreux et dangereux — puisque l’endroit tombe en ruines! J’ai participé pour que mes gars soient fiers de moi. Maintenant que c’est fait, on passe à un autre appel! (rires)
S.V.: Je comprends les similitudes entre Fort Boyard et Sortez-moi d’ici, mais ce sont deux expériences complètement différentes. Vivre en pleine jungle du Panama, affronter sa peur des hauteurs, des bibittes, des endroits clos... ça relève davantage du dépassement de soi. Je crois sincèrement que rien n’arrive pour rien dans la vie. Je voulais faire quelque chose de significatif pour souligner mon passage à la soixantaine, l’opportunité de participer à Sortez-moi d’ici s’est présentée à moi et je l’ai saisie! Je l’ai fait pour moi, mais aussi pour que mon chum et mes enfants soient fiers de moi.
P.D.: Sincèrement, je t’admire d’avoir participé à cette émission, Sonia. J’aime peut-être un peu trop mon confort pour me lancer dans une telle aventure... (rires)


Vous avez tous les deux joué dans Les pays d’en haut. Aviez-vous des scènes ensemble?
P.D.: J’y campais Arthur Buies, un homme instruit, progressiste, défenseur de la langue française, contre l’église, mais pour les projets du Curé Antoine Labelle.
S.V.: De mon côté, j’incarnais la villageoise Victorine Lirette. Même si Paul et moi nous sommes croisés souvent sur le plateau, que ce soit à la salle de maquillage ou lors des repas, nous n’avions qu’une seule petite scène de groupe ensemble, dans laquelle on ne se donnait pas la réplique.
P.D.: Notre métier est spécial, en ce sens qu’il est constitué de coups de foudre amicaux, suivis de petits deuils. Au cours des prochains mois, je vais passer beaucoup de temps avec Sonia. Puis, une fois le projet fini, j’embarquerai sur autre chose, avec d’autres gens.
S.V.: Heureusement, le milieu artistique au Québec est relativement petit, alors on finit toujours par se recroiser!
Revenons à Verdict. Comment s'est déroulé les répétitions?
S.V.: C’était la première fois de ma vie que j'étais aussi stressée en apprenant mes répliques. Chaque plaidoyer représente environ huit pages de texte, que l’on doit livrer à la manière d’un monologue. Si jamais j’ai un blanc au beau milieu de mon monologue, je ne peux pas me fier à mes collègues de travail pour me relancer!
P.D.: J’ai d’ailleurs une anecdote à ce propos: lors de la 66e représentation de Verdict, alors que j’étais rendu au moment le plus intense du plaidoyer abordant le cas de Joyce Echaquan, je suis arrivé au bout d’une phrase... et il me manquait un adjectif. J’ai fait une petite pause, je me suis rendu à mon bureau, j’ai tassé deux feuilles, retrouvé le mot dans mon texte, puis je suis revenu au centre et j’ai poursuivi avec ce fameux adjectif!
S.V.: Je gage que le public ne s’est rendu compte de rien! C’est terrorisant d’avoir un blanc sur scène. L’avantage avec Verdict, c’est que nous avons nos textes à portée de main, puisque les vrais avocats ont leurs dossiers avec eux lorsqu’ils plaident à la cour. Les avocats qui s’adressent au jury avec de grandes envolées lyriques, sans aucune note, ça n’arrive que dans les films!
(Sonia réfléchit et ajoute)
J’ai déjà eu l’occasion d’accompagner quelqu’un de ma famille en cours, et j’ai remarqué que les avocats avaient leurs papiers dans les mains, qu’ils consultaient leurs notes. Si jamais je bloque sur un mot dans le cadre d’une représentation de Verdict, j’utiliserai la technique de Paul et je consulterai tout naturellement mon texte, comme le font les avocats dans la vraie vie.
Sinon, outre les représentations de Verdict 2, qu’est-ce qui vous attend en 2026?
S.V.: Pour ma prt, je suis de l’émission Incroyables!, animée par Alexandre Barrette. J’ai beaucoup de fun sur ce plateau, où des comédiens et des humoristes racontent des histoires hilarantes, vécues par des gens du public.
P.D.: De mon côté, le personnage de Me Claude Duguay, de la quotidienne Indéfendable, devrait revenir. Sinon, je suis porte-parole de la Fondation Charles-Bruneau, notamment pour l’événement de collecte de fonds Le Grand Tour cycliste CIBC Charles-Bruneau. Je serai aussi de la production théâtrale Le Comte de Monte-Cristo, présentée l’été prochain.