Les patients COVID-19 plus nombreux à souffrir de delirium

Dans un réseau de la santé fragile, cet état allonge la durée des séjours à l’hôpital

Adel Sharif Cassis, 73 ans, a vécu un épisode de delirium qui l’a marqué lors de son hospitalisation en raison de la COVID-19.
Adel Sharif Cassis, 73 ans, a vécu un épisode de delirium qui l’a marqué lors de son hospitalisation en raison de la COVID-19. Photo Agence QMI, Joël Lemay
Photo portrait de Erika Aubin

Erika Aubin

2020-12-31T06:00:00Z

Hallucinations, cauchemars, agitations : le delirium frappe davantage les patients atteints de la COVID-19 aux soins intensifs, une expérience traumatisante qui ralentit la convalescence en plus d’augmenter le temps passé à l’hôpital. 

« Je voyais toutes sortes de choses : des parades, des panneaux qui bougeaient, des étoiles jaunes qui allaient dans tous les sens », explique Adel Sharif Cassis. À la fin mars, il a été hospitalisé six semaines, dont trois aux soins intensifs, à cause de la COVID-19.

Appelé delirium, ce phénomène médical connu est une altération de la conscience, précise Germain Poirier, chef de service des soins intensifs de l’Hôpital Charles-Le Moyne.

« Les gens fabulent. Ils ont des hallucinations auditives et visuelles et des illusions. Par exemple, des taches au plafond peuvent devenir des araignées qui bougent », explique-t-il.

Lors de son délire, Adel Sharif Cassis a vu la photo de sa fille qui avançait et reculait vers lui ainsi que son fils, sur un balcon, lui dire : « Je t’ai cuisiné l’agneau et les pommes de terre à la grecque comme tu voulais. » Il entendait de la musique alors qu’il n’y en avait pas, confie l’homme de 73 ans. 

Des insultes... en italien

« Il paraît que je me suis même fâché [contre du personnel], car personne ne venait me rendre visite. J’ai lancé des insultes en italien », raconte-t-il. Il connaît « quelques mots » de cette langue, mais ne la parle pas couramment.

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Depuis le début de la pandémie, les experts constatent que les cas de delirium sont beaucoup plus présents chez les patients atteints de la COVID-19.

« On connaît depuis longtemps les delirium. Mais en avoir autant, c’est un autre cadeau empoisonné du virus », lance Mathieu Simon, chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec. 

D’après lui, cela s’explique notamment par le fait que la durée de séjour moyenne est deux à trois fois plus longue aux soins intensifs pour les patients COVID et qu’ils doivent être fortement médicamentés vu les soins agressifs nécessaires.

Plus long séjour

Même si le delirium est réversible, cet état allonge la durée de séjour à l’hôpital, font savoir les experts consultés par Le Journal. « Et pour chaque jour passé dans un lit d’hôpital, la pente est plus difficile et longue à remonter », explique le pneumologue Antoine Delage. 

Devant un réseau de la santé déjà à bout de ses ressources, l’enjeu est crucial.   

D’un point de vue psychologique, il y a une grande détresse associée au delirium, estime Mathieu Simon. « Le système de santé est bien équipé pour traiter le delirium aigu, mais peu pour supporter [psychologiquement] les patients et même leur famille. Ce n’est pas drôle de voir son proche mêlé et parfois même [attaché] à son lit d’hôpital », explique-t-il. 

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