Policier et chanteur: l’incroyable parcours de Martin Roberts

Alicia Bélanger-Bolduc

2026-01-08T11:00:00Z

Martin Roberts est policier depuis 25 ans. Passionné par la justice et le fait de sauver des vies, il nourrit également un amour profond pour la musique. Avec un album en préparation et plusieurs de ses chansons déjà classées dans le top 100 de Médiabase, il partage cette passion sur scène. Ses compositions, aux paroles positives et rassembleuses, reflètent son désir de redonner de la lumière.

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Martin, tu es policier depuis maintenant 25 ans. Qu’est-ce qui t'a mené à cette carrière?

En septembre, j’atteindrai le moment où je pourrai prendre ma retraite. Je ne pense pas le faire tout de suite, mais c’est rassurant de savoir que, peu importe où ma carrière musicale me mènera, je pourrai lui donner toute la place nécessaire. J’ai toujours voulu être policier. Enfant, je portais déjà une étoile de shérif et je regardais des émissions sur ce thème. Je jouais souvent au policier et au bandit dans la rue... et devinez qui voulait toujours être le shérif! (rires) J’ai toujours eu un fort sens de la justice. Il y a deux côtés à chaque médaille, et le rôle du policier est de la mettre en lumière. Bien sûr, protéger ceux qui en ont besoin est essentiel. C’est aussi un métier où, chaque matin, tu ignores ce qui t’attend. J’ai toujours été un gars d’adrénaline, et c’est aussi pour cette raison que j’aime faire des spectacles.

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À quel moment la musique est-elle entrée dans ta vie?

Mon plus vieux souvenir, c’est de me disputer avec ma sœur pour savoir qui allait mettre son 45 tours préféré. Pour moi, c’était Michael Jackson, et elle voulait Boy George! J’ai été influencé par beaucoup de groupes des années 1980. Plus tard, j’ai commencé à chanter, d’abord chez moi pour le plaisir, mais c’est en travaillant comme Casque bleu pour l’ONU en Haïti que j’ai réalisé la chance que j’avais. À mon retour, j’ai intégré un groupe de reprises, et c’est ainsi que ma carrière musicale a commencé. Au départ, c’était censé être une seule prestation pour la fête d’une amie, mais j’ai eu la piqûre! Je n’ai pas grandi dans une famille de grands musiciens. J’ai été adopté jeune, mais j’ai connu ma famille biologique et je sais que mes oncles jouaient beaucoup de guitare. Dans ma famille adoptive, on écoutait énormément de musique.

Patrick Seguin / TVA Publications
Patrick Seguin / TVA Publications

Et quand est venu le désir de composer tes propres chansons?

C’était autour de 2020, en pleine pandémie. On ne pouvait plus faire de spectacles, avec mon groupe. Un ami m’a encouragé à profiter de ce temps pour enregistrer mes propres chansons. J’avais des doutes, mais j’ai rencontré Pascal Dufour, avec qui je travaille encore. Je lui ai envoyé mes compositions, et il a voulu m’aider à les produire. Ça m’a donné le goût de continuer. Depuis, certaines de mes chansons se sont retrouvées dans le top 100 de Mediabase, et j’en suis très fier.

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Cette mission avec l’ONU t’a-t-elle fait réaliser la chance que tu avais?

J’ai été en Haïti pendant un an, de 2012 à 2013, peu après le tremblement de terre. L’ONU est une belle organisation, mais aussi un gros paquebot... ça bouge lentement, tout comme le pays! (rires) Cette expérience m’a appris à ralentir. J’étais choqué de constater, deux ans après la tragédie, que si peu de constructions avaient été rebâties. À la télé, on en parle une semaine, puis on passe à autre chose, mais ces gens vivent cette réalité au quotidien. Là-bas, j’ai eu une vraie leçon de vie. Quand on me demande si j’ai aimé mon expérience, ma réponse varie chaque jour. Un an là-bas, ça bouleverse ton quotidien. J’ai beaucoup changé.

Le métier de policier est fait de stress et d’adrénaline. La musique est-elle ta façon de canaliser ton énergie?

Comme tu peux le voir... je ne fais pas de CrossFit! (rires) L’art est très thérapeutique pour moi. J’ai commencé par faire de la figuration et des publicités. Ça m’a permis de contrebalancer la vision négative que les années en police peuvent apporter. On nous appelle rarement pour nous offrir une bouteille de vin pour notre beau travail! Chaque jour apporte des situations sombres et négatives, et chacun doit trouver sa façon d’évacuer ses émotions. Ma musique est très positive, et ce n’est pas un hasard.

Patrick Seguin / TVA Publications
Patrick Seguin / TVA Publications

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Ton métier influence-t-il ta création?

Mon métier fait partie de moi. Ce que je fais comme policier, j’essaie de l’amener dans ma musique. Je m’inspire de situations vécues, et je crois que les gens peuvent s’y reconnaître. J’aime croire que mes chansons sont comme un gros câlin, qu’elles rappellent aux gens qu’ils ne sont pas seuls. Je suis un artiste qui chante en souriant. Pour moi, c’est le plaisir à l’état pur. J’invite les gens à oublier leurs soucis le temps de quelques mélodies.

Aimerais-tu un jour allier tes passions et offrir une formation?

En prenant ma retraite, je chercherai assurément de nouveaux projets. Entre Nicolet et la police, j’ai aussi travaillé dans une école secondaire, donc je m’allie beaucoup aux jeunes. On m’a dit que, pour être policier, il faut avoir de grosses notes, que c’est difficile... mais j’ai réussi. Faire du casting télé et de la publicité, c’est difficile... mais j’ai réussi. La musique, je suis en train de réaliser ce rêve. J’aimerais développer une conférence pour parler de travail acharné et de motivation, afin d’encourager les jeunes à persévérer. Quand on travaille fort, nos efforts sont récompensés. C’est le message que j’ai envie de transmettre. Et la musique, c’est thérapeutique. On écoute de la musique pour ressentir des émotions, et c’est ce que je peux leur offrir.

Patrick Seguin / TVA Publications
Patrick Seguin / TVA Publications

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Tes collègues policiers t’ont-ils encouragé dans ta carrière musicale?

C’est sûr que j’ai un profil atypique. Souvent, je dis que je suis un rond dans un monde carré. Au début, ils se demandaient d’où sortaient mes aventures musicales. Mais il y a deux ans, mes collègues sont venus à un de mes spectacles, et ils ont été impressionnés. Je crois qu’ils se demandaient quelle idée je tramais encore! (rires) Maintenant, avec les spectacles, les entrevues, mes chansons qui jouent à la radio, ils comprennent que c’est une deuxième carrière et me soutiennent.

T’inspires-tu d’artistes québécois?

J’ai rencontré Sonny, de 2Frères, au dernier gala de l’Adisq, et c’est devenu mon nouveau meilleur ami! Nos styles se ressemblent, mais je crois qu’on a écouté la même musique étant jeunes: Les Respectables, Les Colocs, Jean Leloup, Kaïn, Paul Piché, etc. C’était important pour moi de refléter ce qui m’a élevé, d’autant plus que, avec mon physique, les gens assument que je fais du rap. Je crois que je peux contribuer à l’acceptation sociale. Montrer que, même si mon père vient d’une autre culture, j’ai embrassé la culture québécoise. Si je peux le faire, un Mohamed aussi le peut! Comme Normand Brathwaite et Karim Ouellet l’ont si bien démontré.

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Qu’aimes-tu le plus dans ton rôle d’auteur-compositeur-interprète?

La réaction des gens quand je chante. Sur scène, j’interagis beaucoup avec le public. Je leur parle et je m’assure qu’ils passent un bon moment. Je fais aussi beaucoup de directs sur les réseaux sociaux et je reçois de beaux commentaires. Un en particulier m’a beaucoup touché: j’ai écrit la chanson Appelle-moi mon chum après le suicide d’un collègue, en 2009. Une personne m’a dit que cette chanson l’avait gardée en vie. Comme policier, tu prends des risques pour sauver des gens, mais comme chanteur, je suis là pour qu’ils oublient leurs tracas le temps d’un instant.

Tu as un album en préparation. Parle-nous-en.

Pour le moment, quatre chansons sont terminées, et d’ici quelques jours, j’attends des réponses pour des subventions. Je suis chanceux d’avoir mon salaire de policier pour financer mon projet, mais je me questionne pour la relève: comment feront-ils pour vivre de leur musique? C’est une réelle inquiétude. L’album comprendra On va manquer de temps, qui parle de l’importance de prendre le temps, On est quoi, qui explore la complexité des relations en 2025, ainsi que Vieux bazou, coécrite avec Justin Roy de Classe moyenne. Cette dernière évoque le temps qui passe, le corps qui vieillit, mais l’esprit qui reste jeune. Je m’inspire beaucoup de mes histoires pour écrire, tout en cherchant à développer mes habiletés.

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