Pandémie: pour la première fois, je m’avoue vaincue

Elizabeth McNeil

2021-04-02T18:10:39Z
2021-04-02T18:18:20Z

Quand je me sens vide, seule, surpassée, j’écris. Mercredi, j’étudiais à la Brûlerie Sainte-Foy. Avec un ami de longue date. Pour une fois, mon étude avançait. Je lisais quelques textes pour un de mes cours à l’université sur la communication publique. Paradoxal, je me disais, étudier la communication, sans communiquer.

Avec des restes de dopamine et un mal de jambe de mon leg day au gym, plus tôt en matinée, je me sentais, pour la première fois depuis des mois, moi. Je me sentais complète.

Retour en mode zombie

Juste un peu avant 18h, j’apprends la nouvelle. On retombe en zone rouge. Bon. Pas vraiment surprenant. Je continue de boire mon café, sachant que dans les prochains jours, j’étudierai face à un mur blanc d’appartement trop vide et trop bruyant. Que je retomberais en mode zombie.

Je commence à caler le reste de mon café. Au fond, j’essaye de caler dans le déni ce sentiment d'impuissance qui remonte le long de ma gorge. Parce que je n'ai pas envie d'extérioriser ma peur terrible de la situation. Parce que c’est mon devoir d’être exemplaire. Parce que je suis la jeunesse engagée. Parce que je dois passer la cause sociale avant mes «p’tits namis». Parce que je ne suis pas à plaindre. Parce que je ne suis pas aux soins intensifs. Parce que je suis privilégiée et surtout, parce qu’au fond, extérioriser mon angoisse claustrophobique du demain ne servirait absolument à rien. Alors je camoufle ma tristesse, parce qu’il y a des gens qui l’ont pire que moi.

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Un goût amer

Mais plus qu’à l’habitude, le café dans le fond de ma tasse commence à avoir un goût amer. Trop amer. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, je m’avoue vaincue. Je repose ma tasse sur la table chambranlante.

Moi, leader positive, artiste rêveuse, me voilà K.-O., vidée, ma santé mentale complètement assommée. J’ai un sentiment qui me pervertit intégralement. À force de refouler ma tristesse et ma solitude, elles se sont transformées en négativité, et la négativité, à son tour, en un petit monstre hostile qui s’est bâti un shack sur le bord de mon cœur. Mon monstre, il s’appelle la haine.

Le problème, outre la frustration elle-même, c’est qu’elle n’est ni justifiée ni même dirigée vers quelqu’un ces jours-ci. Je n’en veux pas au gouvernement. Je n’en veux pas aux antimasques. Je n’en veux pas aux gyms. Je n’en veux pas au CIUSSS de m’avoir engagée à leur centre de vaccination pour finalement ne jamais me rappeler. Ni à celui qui porte son masque tout croche dans la 807. Ni à celui qui a mangé le pangolin.

On ne peut rien faire à part suivre les mesures sanitaires et attendre que ça passe. C’est juste que, même si j’essaye d’être la citoyenne exemplaire et positive, à force de voir la déprime et la déception dans le regard vide de mes amis, ça me détruit. J’ai juste une lourdeur dans la poitrine. Je ne cherche pas de coupable. Mais j’aimerais bien m’en séparer. Et je sais que je ne suis pas la seule.

«J’écris, parce qu’il me reste ça»

D’habitude, le remède contre tous les maux, c’est une soirée autour d’un feu avec des amis sur des chaises pliantes. C’est aller quelques jours à Gaspé chez mes grands-parents et m’éloigner de la ville. C’est d’aller au gym. Au resto. C’est un tour de char avec mes amis, sur l'île d'Orléans à 3h du matin, les fenêtres baissées, la main dans le sac de Ruffles assaisonnées.

D’habitude les tristesses de la vie, la rancune, les bobos, on les partage et ils se transforment en quelque chose de grand, de beau, de positif. D’habitude, ça passe. Mais quand on est dans une période où tout le monde n'est sûr de rien, alors ça se transforme en béance. En perte de motivation, d'ambition, en changement de programme universitaire, en rupture amoureuse.

Et cette béance ne me laisse que l’écriture. Alors j’écris, en espérant que mes mots en rassurent quelques-uns. J’écris, parce qu’il me reste ça. Parce que ça m’aide à passer le temps qui me vole mes vingt ans.

Elizabeth McNeil

Étudiante en communication

Université Laval

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