Pourquoi certaines personnes se méfient-elles du vaccin contre la COVID-19?

Maxime Auger
Alors que les premières doses du vaccin de Pfizer et BioNTech devraient arriver d'ici fin décembre au pays, Ottawa espère avoir vacciné « la majorité » des Canadiens d'ici septembre de l'année prochaine.
Si les experts affirment que le vaccin est la meilleure solution pour freiner la pandémie, ce n'est pas tout le monde qui acceptera de se faire vacciner. Malgré les avantages de la vaccination, une partie de la population est effectivement hésitante à se faire vacciner.
Qui pourrait refuser de se faire vacciner?
Il y a d’abord les anti-vaccins purs et durs qui ne changeront pas d'idée vis-à-vis du vaccin.
Il y a ensuite les « indécis », c’est-à-dire les gens qui hésitent à se faire vacciner en raison de croyances ou d'expériences antérieures et dont la décision pourrait être influencée par les discours anti-vaccin.
Pourquoi refuser de se faire vacciner?
La rapidité avec laquelle les nouveaux vaccins contre la COVID-19 ont été produits peut constituer une source d'inquiétude et de méfiance pour certaines personnes.
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Un vaccin qui a été créé rapidement ne sera pas pour autant de mauvaise qualité, assure Jonathan Jarry, communicateur scientifique pour l’Organisation pour la science et la société de l’Université McGill.
« Certaines personnes ne comprennent pas que des phases d’essais cliniques peuvent se chevaucher. Dans le sens où l’on commence à préparer la phase 3 avant que la phase 2 ne soit terminée. Ça n’a aucun impact sur la sureté du vaccin, cela a simplement un impact financier pour les compagnies. Dans le sens où la compagnie peut préparer une phase qui n’aura peut-être pas lieu si les résultats de la phase précédente sont négatifs. »

Les nouvelles technologies grâce auxquelles les vaccins ont été produits peuvent également rendre une portion de la population craintive, croit M. Jarry. « Même si l’on a une vingtaine d’années de recherches avec ces technologies-là, ça fait peur à des gens. »
L’impact d’une personnalité publique
Une personnalité publique qui tient un discours anti-vaccin pourrait pousser certaines personnes à changer de position par rapport à la vaccination, juge Jonathan Jarry.
Il donne l'exemple du président américain Donald Trump, qui a souvent tenté, au cours des derniers mois, de minimiser la menace de la COVID-19 et qui a longtemps refusé de porter le masque.

«On le voit avec la COVID-19. Donald Trump est un des plus gros diffuseurs de désinformation au niveau de la COVID-19. Et donc les gens qui le respect vont écouter ce qu’il dit, ce qui risque de changer leur comportement vis-à-vis du virus», indique-t-il.
Vaccins et théories du complot
Il existe de nombreuses théories du complot en lien à la vaccination. L’une d’entre elles avance que Bill Gates souhaite nous implanter une puce dans le corps à l’aide du vaccin contre la COVID-19.
Mais pourquoi certaines personnes adhèrent-elles à de telles théories du complot? C'est que l'humain est prédisposé à croire aux théories du complot, affirme Jonathan Jarry.
« Le cerveau humain, ce n’est pas un ordinateur. C’est un engin à croyances. Notre cerveau a donc évolué pour voir des connexions même là où il n’y en a pas », mentionne-t-il.
D'ailleurs, quelqu'un qui adhère à une théorie du complot en lien à la vaccination risque de croire à d'autres théories du genre.
« Toutes ces théories-là gravitent autour d’une méfiance envers les autorités. Donc, si on se méfie des autorités vis-à-vis des vaccins, on peut très bien se méfier des autorités vis-à-vis la forme de la planète Terre », ajoute le communicateur scientifique.
De quelle manière nos gouvernements peuvent-ils contrer les messages complotistes en lien à la vaccination? En étant plus transparents et en livrant des messages clairs à la population.
« Les gens demandent juste à savoir ce qui se passe », insiste Alexandre Coutant, professeur en communication sociale et publique, ajoutant que la méfiance du public envers leurs institutions contribue à la multiplication des théories du complot.

Est-ce qu'on parle trop des théories du complot?
Les médias traditionnels pourraient contribuer à la popularité des théories du complot. Bien qu'ils s'affairent généralement à les démentir, en s'intéressant à ces théories, les médias leur permettent de circuler à plus grande échelle et de rejoindre une plus large audience.
Or, même si une théorie du complot ou une fausse information est largement diffusée, rien n'indique qu'une majorité des gens va y adhérer.
Alexandre Coutant souligne d'ailleurs que beaucoup des internautes qui suivent des groupes complotistes le font tout d'abord pour se moquer d'eux. «Ce sont donc des personnes qui les suivent, mais qui ne sont pas du tout convaincues.»