Pourquoi Denys Paris renoue avec la télé...
Sabin Desmeules
Dans la tête d’innombrables téléspectateurs, il est à jamais un personnage marquant dans un téléroman inoubliable de la décennie 1980. Après des années d’absence à l’écran, Denys Paris, l’interprète de Ti-Coune dans le mythique Temps d’une paix, a le désir de jouer de nouveau à la télé.
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Ti-Coune est un personnage qu’on n’oubliera jamais. On l’a connu dans le mythique téléroman de Pierre Gauvreau Le temps d’une paix. Il y a 45 ans, à l’automne 1980, Radio-Canada diffusait le premier épisode de ce qui allait devenir l’une des fictions québécoises les plus populaires de l’époque. Dans cette œuvre se déroulant peu après la Première Guerre mondiale, dans la région de La Malbaie, on suivait une veuve, Rose-Anna (Nicole LeBlanc), qui peinait à joindre les deux bouts pour faire vivre sa famille, entourée des siens et de sa communauté. Ti-Coune était un être attachant, vivant avec une déficience mentale qui en faisant un éternel enfant. Ce rôle a été marquant pour l’acteur Denys Paris. Il est arrivé dans sa vie d’une belle façon. «Je connaissais Pierre Gauvreau parce que j'ai fait le Conservatoire, Monique Lepage y enseignait et, à l’époque, elle était avec Pierre. La fille de Monique, Anne Létourneau, c’est comme ma petite sœur depuis qu’elle a 15 ans... Elle m’avait donné la réplique au Conservatoire. Alors Pierre, je l’ai connu par Monique. Et quand il a écrit Le temps d’une paix, il avait écrit un rôle pour moi.» Lorsque Denys a rencontré le réalisateur Yvon Trudel, il lui a demandé s’il voulait qu’il lui fasse une improvisation. «Il m’a dit: “Non, non, non. On va se revoir en répétition.” Donc, c'est comme ça que j’ai été engagé.»
Le personnage s’exprimait peu, et pas de façon claire. L’interpréter était exigeant. «Il me demandait d'être très zen. Il fallait que je me vide.» Mais ce fut un beau défi pendant toutes ces années que l’émission, diffusée du 29 octobre 1980 au 1er décembre 1986, a duré. «C'était vraiment un jeu. J'ai eu beaucoup de plaisir à jouer le personnage!»
À l’écran, c’est LE rôle le plus important de Denys Paris! L’a-t-il marqué au point où l’acteur a eu envie de ne plus s’en faire parler? «Non, je considère que c'était comme mon enfant, ce personnage-là.»
Andrée Lachapelle, sa mère spirituelle
Le comédien a noué beaucoup de liens sur le plateau. «On était une famille.» Il a été très proche de Nicole LeBlanc et d’Andrée Lachapelle.
Cette dernière, il l’a connue lorsqu’il avait 16 ans, grâce à son oncle, l’acteur Jean-Louis Paris. «J’avais un travail à faire sur Marcel Dubé, à l’école. J'étais en 12e année, au lycée de Montréal. Puis elle jouait Une maison de poupée, au Gesù, et j'avais demandé à Jean-Louis: «Penses-tu que je peux aller la rencontrer après le spectacle et lui faire une interview pour mon travail sur Marcel Dubé?» Il m'a dit: «Oui, oui, oui! Andrée est adorable!» Et elle a été formidable! J’ai eu 95 %.» Denys est retourné voir la comédienne en coulisses par la suite et ils se sont liés d’amitié. «Elle m'a adopté comme un fils spirituel. Et à partir de 1980, quand on s’est mis à tourner Le temps d’une paix, tous les 24 décembre, j'étais dans la famille d'Andrée. Je suis devenu très, très, très ami avec ses enfants, explique Denys. Andrée, c'était un ange. Quand je n’allais pas bien, elle me disait: “Viens, on s'en va magasiner.” Je passais l'après-midi avec elle, puis on allait au restaurant et au cinéma le soir... Et là, j'étais correct pour un an.» Il l’admet: «Quand Andrée est décédée, ç’a été très, très dur! Puis, un an après, ma mère est morte. J'ai perdu mes deux mères.»
Nicole LeBlanc jusqu’à sa mort
Denys était aussi un grand ami de Nicole LeBlanc. «Nicole, c'était comme ma grande sœur. Je l'ai accompagnée jusqu'à la fin. J'étais là jusqu'à son dernier souffle.» Il ne l’oubliera jamais.

Ce à quoi il a consacré sa vie
Ce n’est pas parce qu’on l’a peu vu à l’écran après Le temps d’une paix que Denys n’a pas vécu de son métier. «J'ai fait beaucoup de théâtre, note-t-il. J’ai joué dans 82 productions de théâtre. J’ai même joué à Paris, j'ai fait une grosse tournée en France!» Aussi, il a transmis son savoir à des jeunes. «Pendant 15 ans, j’ai enseigné le jeu à l'Université du Québec à Montréal», précise-t-il. Et l’acteur fait du doublage. «Je ne me suis pas ennuyé de la télévision du tout, parce que j'ai toujours beaucoup travaillé! Mais c'est sûr que les gens pensent qu'on n'existe plus s'ils ne nous voient pas à la télé. Ils m’ont entendu beaucoup, parce que j’ai fait beaucoup de voix de dessins animés et de grands films de Disney, entre autres. Mais ils ne m’ont peut-être pas reconnu parce que je fais des compositions, je change ma voix.»
Une agente depuis six mois
Il y a longtemps que l’acteur, qui a maintenant 70 ans, se faisait rare à la télé. Depuis à peu près six mois, il est représenté par une agente. Ça lui a permis d’obtenir le rôle d’un psychiatre agissant comme témoin-expert dans Indéfendable. «C'est un personnage qui pourrait revenir.» Il se croise les doigts.
Juré sur un gros procès
La cour, il a eu l’occasion de la connaître autrement avant de participer à populaire quotidienne. «J'ai été juré sur un grand procès, fait-il savoir. Pendant trois mois. Alors, la justice, je la connais!» C’était pendant la pandémie, en 2020. «C'était un procès pour meurtre. Et ce qui était compliqué, c’est qu’ils étaient deux à être impliqués et on ne pouvait pas déterminer lequel des deux avait tiré. Et la balistique ne pouvait pas non plus... Alors, des experts, il y en a eu 40. Puis, il y en a eu à peu près 22 témoins... Alors, c'était un énorme procès, une expérience extraordinaire que je n'oublierai jamais!»
Une intrigue qui a fait jaser
On l’a vu récemment dans une intrigue — qui a fait jaser — dans STAT. «Ç’a été un petit rôle, mais très marquant, très particulier!» Ceux qui l’ont vu ne risquent pas de l’oublier! «C'était la première fois que je jouais un rôle antipathique à l’écran.»
Sa situation a changé
Qu'est-ce qui fait que Denys Paris a eu envie de ce retour télé à ce moment de sa vie? «Bien, parce qu'il y a eu des coupures en éducation et, malheureusement, je n'enseigne plus à l'École supérieure de théâtre de l'UQAM.» Et à cause de l’intelligence artificielle et de la concurrence internationale féroce en doublage, les contrats ont diminué. «Le doublage, ça va très mal au Québec!, déplore-t-il. Alors je me suis dit: “Bon, eh bien essayons de travailler à la télé!”»
Le désir de transmettre son savoir
Denys a beaucoup de savoir à transmettre aux jeunes acteurs. L’art théâtral en est un à part et il peut l’enseigner: «Ce n'est pas seulement l'émotion, ça prend une grande technique, précise-t-il. Il donne en exemple sa nièce de la fesse gauche, Sarah-Jeanne Labrosse – sa mère est la sœur de sa belle-sœur. «Elle dit qu’elle ne pourrait pas jouer au théâtre, elle n’a pas la technique. Je lui ai dit: «Si tu veux, je vais te donner des cours privés; et à Marc-André Grondin aussi. Je pourrais vous faire jouer des classiques!» Mais elle a dit: «Non, on est trop occupés. Peut-être plus tard.»
Faire revivre Nelligan en blanc
En 1981, Denys Paris créait le spectacle solo Nelligan en blanc au Café Nelligan, à Montréal. Il l’a repris en 1990. Il aimerait monter à nouveau ce spectacle sur un maître de cérémonie qui se prend pour le défunt poète. Peut-être brillera-t-il à nouveau sur scène dans cette production au cours de la prochaine année...