Voici pourquoi Nicolas Pham a quitté sa job de journaliste à Radio-Canada
Sabin Desmeules
Son parcours est original. Sa démarche journalistique l’est tout autant. Récemment, le reporter radio-canadien Nicolas Pham faisait un saut dans le vide, après huit années au sein de la chaîne publique. Il est maintenant un électron libre...
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«J’ai toujours été l’âme punk de la salle de journalistes», note-t-il. À Rad, il n’offrait pas des reportages traditionnels, car cette branche de Radio-Canada se veut un laboratoire de journalisme qui tente d’interpeler des générations plus jeunes, en proposant de l’information différente et plus éclatée. «J’ai un peu “atterri” à Rad. Avant d’être journaliste, j’étais barman au restaurant Bouillon Bilk, à Montréal. C’est à 32 ans que je suis devenu journaliste, après avoir fait un certificat en journalisme, parce que j’étais tanné de ne pas avoir de bac. Tous mes amis avaient de beaux diplômes, tandis que moi, j’avais été voyageur, j’avais essayé de faire de l’humour et j’avais été refusé partout.» Il l’avoue: «Ce n’est pas parce que je suis un chien de garde de la démocratie depuis ma plus tendre enfance que j'ai choisi cette voie. J’avais juste envie de communiquer et, en journalisme, on peut rencontrer des gens, raconter des histoires.»
Il dit s’être vraiment plu dans ce rôle. «Mais je me suis rendu compte que j’étais arrivé aux limites du carré de sable. Parce que je veux aller plus loin dans ce que je propose. Je veux être plus subjectif encore, plus drôle, plus niaiseux... Et ça commence à trop toucher aux limites de ce qui est acceptable en journalisme!»
Les planètes alignées
Avec ce saut dans le vide vient une précarité sur le plan économique. «L’an dernier, ma mère était mourante et j’avais un bébé qui s’en venait. Ma petite fille est née, elle a trois mois. J’ai perdu un parent, j’ai un bébé naissant et je change de job, tout ça en même temps. Mais on ne choisit pas le moment où les astres s’alignent.»
D’autres portes ouvertes
Il n’a pas tout quitté sans avoir quelques portes qui s’ouvraient à lui. «Je suis en train de tourner une émission de voyages pour TV5. Et je vais travailler à la radio à l’automne – je ne peux pas dire où encore. J’ai une carrière médiatique en plus des vidéos que j’ai envie de produire pour le fun sur YouTube.»
Un vieux rêve
Nicolas s’assume désormais comme humoriste. Depuis le mois de mars, il a une agente qui s’occupe de sa carrière en humour. «Je veux proposer un jour un one man show et le promener au Québec. Je ne sais pas combien d’années ça va me prendre pour y arriver, mais c’est là que je veux aller.» C’est un vieux rêve. «Dans ma vie, j’ai toujours plus voulu être humoriste que journaliste!, admet-il. Quand j’étais petit, je m’imaginais sur les planches. Mais comme mon père est vietnamien, je me disais que ce serait un méchant chemin de croix pour moi de réussir à me diriger vers l’art.» Pourquoi? «Mon père ne sait pas vraiment que je me lance en humour, confie-t-il. Un père vietnamien immigrant qui a tout quitté pour refaire sa vie ici espère que son enfant va avoir une grosse profession. Pour lui, c’est une façon de retourner la situation, car quand il est arrivé ici, il partait du fond, il n’avait plus rien, mais il avait l’espoir qu’en une seule génération la famille puisse regagner sa notoriété, explique-t-il. Mon père voulait vraiment que je sois médecin! Et j’étais bon à l’école. Il n’a jamais voulu que je fasse de l’art.» Cependant, il sait que son papa est fier de lui. «Il capoterait que je sois dans Échos Vedettes! Ma mère aussi, si elle était encore vivante, elle serait vraiment fière de ça! Mon père a toutefois des craintes par rapport à la sécurité financière. Il serait fier s’il savait exactement ce que je fais, mais il aurait du mal à ne pas exprimer que c’est risqué. En ce moment, on vit un bel équilibre dans la mesure où on n’en parle pas directement. Je ne l’ai pas appelé pour lui dire que j’avais lâché ma permanence, mais je sais qu’il n’est pas con. J’ai l’impression qu’il l’a réalisé. Il voit bien que je travaille à gauche et à droite.»
On peut suivre Nicolas Pham sur sa chaîne YouTube: @nico_pham.