Pris dans le trafic: un autobus de la STM met 40 minutes pour parcourir 700 mètres


Genevieve Abran
Un autobus de la Société de transport de Montréal (STM) a mis 40 minutes pour parcourir une distance de 700 mètres à l’heure de pointe, un trajet qui devrait prendre quatre minutes et qui se marche beaucoup plus rapidement.
Mercredi, 16h10. Nicolas Marcotte, un citoyen de Montréal qui documente ses déplacements à vélo ou en bus sur X (anciennement Twitter) et qui milite pour un meilleur transport en commun sur les réseaux sociaux, nous donne rendez-vous sur la rue Ontario, dans le quartier Centre-Sud.

À l’intersection de la rue Atateken, il monte à bord d’un autobus de la ligne 125, sur la rue Ontario, en direction est. Accompagné de la représentante de 24 heures, il descendra neuf blocs plus loin, au coin de l’avenue Papineau.
Son objectif: mesurer l’impact des bouchons de circulation sur l’efficacité du service de bus de la STM.

Selon l’application Chrono, le trajet devrait prendre quatre minutes en bus. À pied, il faut prévoir une dizaine de minutes, estime Google Maps.
Colère et délinquance
Aussitôt monté à bord du bus, aussitôt arrêté.
Même si le feu tourne au vert à plusieurs reprises, le chauffeur reste immobile, ou à peu près. Autour, des voitures font des manœuvres illégales pour échapper au bouchon, comme rouler à sens inverse.
«L’inefficacité [de notre système de transport] génère parfois la colère et la délinquance», note Nicolas Marcotte, qui a aussi testé en avril l’efficacité de la ligne 45, sur la rue Papineau.
Lorsque le feu de circulation tourne au rouge, des automobilistes téméraires se retrouvent également pris en plein milieu de l’intersection, compliquant la vie des piétons et des cyclistes qui n’ont d’autres choix que de zigzaguer entre les voitures.

Il est 16h50 lorsque le bus atteint l’avenue Papineau. Tout de suite après, il reprend une vitesse de croisière plus normale, ce qui laisse croire que le bouchon est le résultat des nombreuses voitures qui souhaitent aller emprunter le pont Jacques-Cartier.
La ligne 125 est la huitième plus lente de tout le réseau de la STM, selon des données obtenues par le Bureau d’enquête de Québecor.
«Beaucoup de variabilité»
Dans un courriel envoyé à 24 heures, le STM affirme être au courant des problèmes de congestion dans le secteur.
«La circulation routière dans le secteur est en outre très dense dans le contexte de la fermeture du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine. Il n’y a donc pas beaucoup d’alternatives dans le secteur aux heures de pointe», écrit la société de transport.
La STM précise qu’il y a «beaucoup de variabilité de temps de parcours» et que la gravité des bouchons varie d’un jour à l’autre. Il serait donc impossible d’adapter l’horaire des autobus de manière efficace, dit-on.
Une version écourtée de la ligne 125, direction est a toutefois été implantée pour pallier le problème. Les autobus partent à la station de métro Frontenac, soit après la zone congestionnée, et s’arrêtent à la station Viau, sur la ligne verte du métro.
Pas surprise
Le chronomètre de 40 minutes ne surprend absolument pas Sarah V. Doyon, directrice générale de Trajectoire Québec, un organisme qui milite pour un meilleur accès au transport collectif.
«C’est l’autobus que je prends quand je me déplace avec mes enfants. Mais quand je suis seule, je marche, parce qu’il est à ce point inefficace», confie-t-elle.

Sans vouloir commenter précisément la situation sur la rue Ontario, elle propose d’ajouter des feux prioritaires et de multiplier les voies réservées pour les bus pour améliorer l’efficacité du service partout à Montréal.
C’est aussi ce que souhaite la STM. D’ici 2030, la société de transport voudrait que la moitié des déplacements en autobus profitent de voies réservées, rapportait cette semaine La Presse. Actuellement, c’est un tiers des déplacements qui bénéficie de tels corridors prioritaires.
Nicolas Marcotte milite lui aussi pour l’ajout de voies prioritaires, pour rendre le service plus attrayant et attirer de nouveaux usagers.
«C’est sûr que ça ne donne pas envie aux gens de prendre l’autobus quand c’est inefficace comme [sur la rue Ontario]», souligne-t-il.