Projets de maisons d’hébergement bloqués: «On refuse la sécurité à des femmes» violentées

Photo portrait de Axel  Tardieu

Axel Tardieu

2024-03-18T19:37:48Z

«C’est enrageant.» Les associations de maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale sont en colère face au blocage de la construction de nouveaux logements. Elles espèrent convaincre le gouvernement de débloquer des fonds lors de prochaines rencontres.

• À lire aussi: Une victime d’agression sexuelle dénonce la «glorification» de Julien Lacroix

• À lire aussi: Il y a maintenant des «safe spaces» dans le métro de Paris contre les violences sexuelles

Les associations ont bondi en écoutant France-Élaine Duranceau, la ministre responsable de l’Habitation du Québec, dire jeudi que des projets de maisons d’hébergement doivent sortir de terre à «des coûts qui ont de l’allure».

«Je trouve ça très difficile à entendre parce que, sur le terrain, on est dans une situation de crise», explique à 24 heures Maud Pontel, coordonnatrice générale de l’Alliance MH2.

«SOS violence conjugale doit dire “non” 17 fois par jour à des femmes qui ont pris leur courage à deux mains pour pouvoir sortir d'une situation de violence, ajoute-t-elle. Ça me bouleverse. C’est enrageant.»

Quatre projets bloqués

Au total, 630 nouvelles unités avaient été consenties par Québec. Quatre projets sont donc bloqués en ce moment et les listes d'attente pour les victimes s'allongent. Pourtant, il y a urgence, selon Maud Pontel.

Publicité

«Certaines régions n'ont même pas de maison d’hébergement comme en Abitibi-Témiscamingue, à La Sarre et Rouyn-Noranda où des femmes sont forcées de dormir dans des bureaux d’intervention.»

Une question d’argent

Selon la ministre responsable de l’Habitation, des projets soumis au gouvernement sont bloqués car ils coûtent trop cher, soit 900 000$, voire 1 million de dollars par bâtiment.

Les associations accusent ainsi le gouvernement Legault d’avoir rompu la promesse qu’il avait faite en 2021 d’augmenter le nombre de places d’hébergement.

La ministre responsable de l'Habitation, France-Élaine Duranceau.
La ministre responsable de l'Habitation, France-Élaine Duranceau. Photo Didier Debusschère

La ministre France-Élaine Duranceau voudrait faire baisser le coût de ces maisons d’hébergement pour qu'il soit plus proche du budget d’un logement social, soit 575 000 $. Or, les associations assurent que ce n'est pas possible.

«Ce qui coûte cher, c’est la sécurité. Ces personnes ont fui la violence. On parle d'ex-conjoints qui sont parfois à la recherche de leur conjointe. On va avoir besoin de matériaux durables parce qu’une maison d'hébergement de dix places peut accueillir jusqu'à une centaine de femmes par année», détaille Maud Pontel.

Une maison de ce genre, où les victimes vont s’installer une fois l’urgence passée, est meublée et offre des lieux d’intervention, des salles de jeux pour les enfants et des espaces collectifs pour organiser des ateliers, par exemple.

Une femme témoigne

Annie, dont le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité, a vécu deux ans dans une maison d'hébergement pour femmes à Montréal. Elle en a vu l’importance et garantit qu'il ne s'agit pas de simples logements, explique-t-elle en entrevue à 24 heures.

Annie défend l'utilité publique de ces maisons.
Annie défend l'utilité publique de ces maisons. Photo Axel Tardieu

«Ces hébergements ont besoin d’espaces communs où les femmes peuvent faire des activités sociales pour se créer un nouveau filet social, dit-elle. Les femmes s’y reconstruisent. Si on refuse [de construire] des places en hébergement, on refuse la sécurité physique et psychologique à des femmes.»

La Société d’habitation du Québec doit réévaluer les dossiers pour trouver le juste prix à mettre sur la table. Cette semaine, des organismes devraient s’asseoir avec la SHQ pour évaluer chaque projet de maison d’hébergement.


Besoin d’aide?

www.sosviolenceconjugale.ca 

1 800 363-9010 (24 h/24, 7 j/7)

Publicité

Sur le même sujet