Quand le cerveau fabrique une autre réalité

Illustration ADOBE STOCK
Photo portrait de Dre Christine Grou, psychologue

Dre Christine Grou, psychologue

2026-01-11T05:00:00Z

Entendre des voix, voir des silhouettes ou percevoir des choses inexistantes: comment expliquer la perception de quelque chose qui ne se trouve pourtant pas dans la réalité?

D’entrée de jeu, soulignons que les hallucinations sont plus fréquentes que l’on ne croit. Ensuite, contrairement à une idée répandue, elles ne concernent pas uniquement les personnes qui sont aux prises avec un trouble de santé mentale.

Les causes de ce phénomène sont en effet multiples. Celles-ci surviennent dans de nombreux contextes, notamment l’épilepsie, les troubles neurologiques, la prise de certains médicaments, la forte fièvre, l’absence de sommeil durant plusieurs jours et même la déshydratation. C’est ainsi que des voyageurs perdus en plein désert croient apercevoir une oasis: leur corps manque cruellement d’eau, ce qui perturbe l’équilibre de leurs organes et fait en sorte que leur cerveau produit cette hallucination rendue célèbre.

De plus, certaines drogues, justement qualifiées d’hallucinogènes, peuvent modifier la perception. Les personnes âgées sont de surcroît vulnérables aux hallucinations lorsqu’elles sont déshydratées ou fortement fiévreuses. Cela dit, dans plusieurs de ces contextes, les hallucinations se révèlent brèves et passagères.

Comment expliquer qu’elles semblent si réelles?

Lors d’une hallucination auditive, les régions cérébrales qui analysent normalement les sons externes s’activent, tout comme si elles recevaient ces sons du monde extérieur. C’est précisément ce qui rend l’expérience si convaincante pour la personne. Elle n’exagère pas, elle ne fait pas semblant: elle perçoit réellement quelque chose, même si cette perception ne correspond pas au monde réel et qu’elle est produite par son cerveau en l’absence d’un stimulus externe correspondant.

Publicité

• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Francis Gosselin, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Différencier hallucinations, illusions et croyances erronées

Par ailleurs, il est important de distinguer hallucinations, illusions et croyances erronées. Si, dans une forêt, vous prenez une branche pour un serpent durant une seconde, il s’agit d’une erreur de perception, d’une illusion, pas d’une hallucination. Ici, le cerveau ne décode pas le bon objet; il ne l’invente pas. Autre distinction: on peut croire sans preuve qu’une personne nous en veut alors qu’il s’agit plutôt d’une croyance erronée.

Faut-il en avoir peur?

Si les hallucinations fascinent et impressionnent, elles ne sont pas forcément dangereuses. Toutefois, elles peuvent être préoccupantes lorsqu’elles s’accompagnent de confusion, de désorientation ou d’un changement marqué du comportement. Elles méritent, par exemple, une attention particulière lorsqu’elles apparaissent soudainement chez une personne qui ne présente habituellement aucun symptôme, surtout si elles s’ajoutent à un état important de confusion ou de désorganisation.

Elles deviennent également très problématiques si elles poussent la personne à agir de manière risquée ou dangereuse pour elle-même ou pour autrui. Si les hallucinations surviennent fréquemment, représentent un danger, provoquent une détresse ou nuisent au fonctionnement quotidien, il est important de consulter un professionnel de la santé. Les causes possibles sont variées, si bien qu’il convient de s’appuyer sur le jugement d’un professionnel pour y voir clair.

Publicité
Comment réagir lorsqu’une personne hallucine?

Lorsque l’on est en présence d’une personne aux prises avec des hallucinations qui sont la résultante d’un trouble mental, il est essentiel de se rappeler que ce qu’elle perçoit lui semble parfaitement réel. La confronter et insister sur le fait qu’elle se trompe risque d’augmenter inutilement sa détresse.

Si un proche croit percevoir ce qui ne se trouve pas dans la réalité, expliquez simplement que vous ne percevez pas cette chose, tout en reconnaissant que cette expérience peut être troublante pour lui. Bien souvent, une attitude calme, respectueuse et ancrée dans le réel est la plus aidante. Car, si les hallucinations ne se transmettent pas, nos émotions, elles, sont contagieuses.

L’objectif est surtout de rassurer la personne aux prises avec des hallucinations. Lorsque la situation le nécessite, il importe de prévenir les comportements impulsifs liés à sa confusion, de la protéger d’elle-même et de l’inviter à demander l’aide d’un professionnel.

Choisir l’empathie

Les personnes qui font l’expérience d’hallucinations n’ont pas besoin d’être jugées, mais bien d’être comprises. Elles sont très rarement dangereuses, même si les comportements découlant des hallucinations nous font peur. Quand les perceptions d’un proche vacillent, être présent sans jugement et lui offrir un espace rassurant peuvent faire une vraie différence.

Publicité