Que comprendre quand on parle des stades I à IV du cancer?
Son annonce est souvent un choc pour les patients

Dr Denis Soulières
La première question d’une personne qui apprend qu’elle est atteinte du cancer est souvent : quel est mon stade ? C’est une question factuelle primordiale, comportant une forte charge émotive, puisque l’avancement de la maladie est un marqueur de la capacité à y survivre. Cependant, il faut savoir relativiser la portée du stade.
Chaque type de cancer a ses particularités. Les gens associent le stade 4 (IV) au stade le plus avancé du cancer. C’est vrai, mais pour certains types de cancers, il peut être divisé en IV-A, IV-B et IV-C. Pourtant, seulement les stades IV-C présentent une dissémination à distance associée à une probabilité faible d’offrir une cure. Un stade IV ne prédit pas obligatoirement un décès dans un avenir prévisible.
Trois variables
Définir le stade, qui permet de transmettre l’information sur l’étendue du cancer, s’exprime en chiffre : I, II, III, IV. Il comporte trois variables (TNM), qui documentent la grosseur de la masse d’origine lorsqu’on a affaire à une tumeur solide (T), le nombre de ganglions atteints par le cancer et leur localisation (N), ainsi que la présence de métastases à distance (M). Généralement, les stades I sont représentatifs de maladies locales (seulement la tumeur) et les stades II et III, de maladies locorégionales (la tumeur et les ganglions atteints dans les environs de la tumeur). Le stade apporte de l’information sur l’étendue de la maladie, regroupant aussi les conditions qui ont un pronostic similaire. Le stade I identifie un pronostic plus favorable et celui-ci diminue avec l’augmentation du stade.
Cependant, chaque type de cancer diffère. On ne peut comparer le pronostic d’une personne atteinte d’un cancer du sein de stade I à celui d’une autre personne portant un cancer du côlon de stade I. Le stade influera aussi sur le choix du traitement. Chirurgie ? Radiothérapie ? Chimiothérapie ? Combinaison de diverses modalités ? Le stade peut varier en cours de maladie. On peut passer d’un stade I à un stade IV lorsque la maladie progresse. Par contre, même en répondant bien aux traitements et en voyant la maladie régresser, le stade attitré ne peut diminuer. Le degré le plus avancé de la maladie à n’importe quel moment définit le pronostic.
Nouvelle catégorie
L’Union internationale contre le cancer (UICC) coordonne depuis 1933 les efforts pour harmoniser les termes utilisés par tous les oncologues dans le monde. Avec les années, la classification internationale a changé et présente de nouvelles entités reflétant davantage certaines réalités cliniques. Par exemple, en 2017, une nouvelle catégorie a été constituée pour les cancers de la gorge associés au VPH, qui procure un meilleur pronostic et peut faire varier le traitement par rapport au cancer de l’oropharynx conventionnel.
C’est donc la disponibilité et la précision des données de patients traités hier qui définissent aujourd’hui les meilleurs termes pour discuter de la maladie et des traitements proposés pour y remédier. Le stade demeure important pour adéquatement documenter l’étendue de la maladie. Cependant, à l’ère de la médecine personnalisée, bien d’autres données sont importantes pour déterminer le pronostic associé. Ce concept est primordial à l’ère de l’explosion de données. Jamais autant de données sur le cancer n’ont été produites. Or, les profils moléculaires de chaque tumeur ne servent pas autant que souhaité. Donnons un exemple : un patient souffrant d’un cancer du poumon porte au sein de sa tumeur une mutation rare. Connaître et rendre disponibles les résultats des traitements, positifs ou négatifs, aiderait à forger de meilleures recommandations pour les prochains patients qui présenteront le même profil moléculaire, au-delà du simple stade.
Chaque cancer est unique
Porter un jugement pour classer peut s’avérer nocif. Par contre, définir une entité pour la comprendre et prendre en charge est un objectif distinct. Le parcours de chacun ayant un cancer est unique et on ne peut avec précision prédire le pronostic de chacun. La façon de l’améliorer profite cependant de l’expérience de ceux qui ont précédé. Une société partageant les meilleures pratiques progresse plus rapidement. Partager des données pour permettre aux classifications d’évoluer est un acte à la fois social et scientifique. Les réseaux de santé devraient davantage s’y astreindre et en faire profiter la population.
L’auteur est aussi porte-parole scientifique et médical de la Société canadienne du cancer et agit à titre de consultant scientifique pour diverses sociétés.