Québec repousse la fin du recours aux agences de santé privées

Photo portrait de Patrick Bellerose

Patrick Bellerose

2024-08-22T20:00:28Z

Soumis à une forte pression, le ministre de la Santé a reporté jeudi la date butoir pour sevrer les hôpitaux et les établissements pour aînés de la main-d’œuvre indépendante en zone urbaine.

La date butoir du 20 octobre arrivait à grands pas dans les premières régions visées par cette interdiction graduelle des agences privées de placement de personnel (Capitale-Nationale, Montréal, Chaudière-Appalaches, Laval et Montérégie).

Lors de son passage à l’émission La Joute, sur les ondes de LCN, le ministre Dubé a donc annoncé un sursis de six mois pour les hôpitaux situés dans les grands centres. Ils auront désormais jusqu’à la fin du mois de mars 2025 pour se conformer.

Les milieux de vie pour aînés (établissements privés conventionnés et non conventionnés, résidences privées pour aînés et résidences intermédiaires) voient quant à eux l’échéancier repoussé au 19 octobre 2025.

Risques

«On a décidé qu’il était plus sécuritaire [...] de ne pas prendre de chances», a confié le ministre Christian Dubé.

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La semaine dernière, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) affirmait dans nos pages que le ministre allait créer «une crise» en imposant un échéancier «complètement irréaliste».

En date du 3 juillet dernier, les CISSS et les CIUSSS des régions concernées avaient recruté seulement un peu plus de la moitié des 5000 employés requis pour fonctionner sans l’aide de la main-d’œuvre indépendante.

Le réseau de la santé a également été échaudé par l’expérience de la Côte-Nord, où l’imposition de nouvelles conditions dans les contrats des agences privées a entraîné des réductions de services importantes.

Transition

Malgré tout, Christian Dubé assure que plusieurs établissements étaient prêts à se passer des infirmières, préposés et autres employés issus du privé.

Mais «j’ai des régions où c’est plus difficile», a-t-il concédé. La Montérégie-Est, par exemple, a seulement atteint 60% de ses cibles de recrutement à ce jour.

Le ministre fait valoir que les CISSS en meilleure posture pourront ainsi continuer d’aider les établissements en difficulté, comme l’Hôpital du Suroît, à Salaberry-de-Valleyfield, qui a récemment dû fermer 36 lits.

Idem pour l’équipe volante censée venir en aide aux hôpitaux de la Côte-Nord.

Une fin trop abrupte aurait fait «boule de neige», illustre M. Dubé.

Le report devrait également permettre à Québec de s’entendre avec le principal syndicat des infirmières, la FIQ, afin d’obtenir une plus grande mobilité des professionnelles entre les établissements.

Réactions

Pour le représentant des agences privées, la décision de jeudi représente un «constat d’échec pour le ministre».

«Comme nous l’avons toujours affirmé, nos équipes apportent une flexibilité et une réactivité essentielle, indispensable au bien-être des patients à travers tout le Québec», a déclaré Patrice Lapointe, président de l’Association des entreprises privées de personnel soignant du Québec.

À l’opposé, les médecins spécialistes se sont réjouis. «Cela va dans le sens de ce que nous demandions et démontre l’importance de consulter les soignants qui connaissent la réalité du terrain», a affirmé le président de la FMSQ, Dr Vincent Oliva, dans une déclaration écrite.

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