Hausse de 1000$ prévue l’an prochain: la CAQ n’interviendra pas sur les prix en épicerie, malgré la demande de Québec solidaire
Les grandes enseignes dans la mire pour 4,3 G$ de profits

Julien McEvoy et Patrick Bellerose
Le gouvernement Legault n’interviendra pas pour réduire le coût de l’épicerie, comme le réclame Québec solidaire. La CAQ s’en remet plutôt aux diverses mesures déjà adoptées pour abaisser le coût de la vie.
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Selon Québec solidaire les marges bénéficiaires des grandes chaînes d’épicerie ont doublé depuis la pandémie, passant de 1,5% à 3,5%. La formation de gauche propose donc de les plafonner à 2%.
La mesure permettrait aux familles d’économiser environ 225$ par année, estime QS.
Mais pour le ministre des Finances, Ruba Ghazal et ses collègues se trompent de cible. «L’enjeu ce n’est pas les marges de profit. L’enjeu, c’est le coût des matières premières», a déclaré Eric Girard vendredi.
«C’est un secteur à forte compétition, haut volume, faible marge», a-t-il ajouté.
En conséquence, Québec n’interviendra pas «directement» sur le coût du panier d’épicerie, reconnaît Eric Girard.
Agir sur le logement
Mais le ministre se dit conscient que le coût du panier fait mal au portefeuille des familles à plus bas revenus. L’inflation devrait s’élever à 2,2% l’an prochain, mais elle pourrait atteindre 5% pour le loyer et l’alimentation, souligne l’économiste de formation.
«Évidemment, ces deux composantes sont plus importantes dans le panier des gens à faible revenu», souligne-t-il.
Québec intervient donc où il le peut. Les investissements et la déréglementation dans le domaine du logement commencent à porter leurs fruits, plaide le ministre.
«Ce qu’on voit, c’est que les mises en chantier au Québec en 2024-2025 sont en hausse de près de 25%. Au Canada, c’est autour de zéro», dit-il.
Le gouvernement espère ainsi «tempérer» la surchauffe dans le prix des logements.
La CAQ rappelle aussi qu’elle a adopté une série de mesures pour réduire le coût de la vie depuis son arrivée au pouvoir en 2018.
«On travaille sur le revenu disponible, on travaille sur le logement, sur l’aide alimentaire. Mais on est totalement conscient que c’est très difficile présentement avec la hausse du coût de la vie», dit Eric Girard.
Profits importants
Selon Québec solidaire, les enseignes Sobeys, Loblaws et Metro ont engrangé des bénéfices de 4,3 milliards $ cette année.
Le parti réclame donc une commission parlementaire pour examiner les pratiques commerciales des grands détaillants alimentaires.
Leur demande survient alors que l’insécurité alimentaire touche désormais un Québécois sur cinq, incluant près de 800 000 travailleurs.
«Les familles sont à bout de souffle. Je parle à des gens qui travaillent à temps plein qui peinent déjà à payer leur épicerie, qui va augmenter de 1000$ l’an prochain», affirme Mme Ghazal.
La députée dénonce un oligopole où cinq grands détaillants contrôlent plus de 80% du marché canadien. Cette concentration ouvre la porte à des pratiques douteuses: faux rabais, hausses injustifiées, réduflation et marges bénéficiaires disproportionnées.
La commission proposée entendrait les principaux détaillants, des économistes spécialisés en concurrence, des experts en droit de la consommation, l’Office de la protection du consommateur (OPC) et des groupes de lutte contre l’insécurité alimentaire.
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