Quel est le secret de François Legault?


Denise Bombardier
Jeudi, devant l’Assemblée nationale, le premier ministre Legault a prononcé un court discours avant la minute de silence en commémoration du premier anniversaire de la pandémie, qui a tué plus de 10 500 personnes au Québec.
« Dès que les Québécois ont pris conscience de la gravité de la situation, ils ont agi de façon exemplaire. La nation québécoise a été absolument admirable », a déclaré le premier ministre.
Pourtant, la pandémie a révélé la dégradation des CHSLD où une population âgée a été décimée. N’oublions pas que le Québec est un des endroits au monde où le plus de personnes âgées sont mortes.
Or François Legault est certainement le politicien occidental qui a réussi à maintenir un appui populaire suscitant l’envie de tous ses collègues. Cependant, la gestion de la crise ne s’est pas faite sans heurts et sans chaos.
Hécatombe
Le premier ministre est apparu depuis le premier jour comme un homme crédible, rassurant et humain. Et ce, malgré l’hécatombe qui a frappé les personnes âgées et en dépit de l’effarement des citoyens devant la bureaucratisation délirante des services sociaux et hospitaliers.
François Legault a découvert en même temps que les Québécois les défaillances abyssales des services publics et privés en matière de santé.
Parce qu’il n’a rien nié, parce que sa propre colère devant son incapacité à faire exécuter ses directives vers la base devenait la nôtre et parce qu’il a assumé des émotions semblables à celles des Québécois qui respectaient les consignes, François Legault a traversé cette année en maintenant sa cote de popularité.
Pourquoi est-il si haï par des adversaires ? Sans doute parce qu’il réussit à protéger au quotidien la majorité francophone du Québec accusée de racisme, d’islamophobie et autres qualificatifs aussi faux que blessants. En refusant d’admettre que le Québec pratique un racisme systémique tout en acceptant qu’il existe ici comme ailleurs du racisme à combattre, François Legault apparaît, aux yeux d’une large proportion de citoyens québécois respectables, comme un défenseur de leur honneur bafoué.
Rempart
Le premier ministre s’oppose aux militants très présents dans les médias, sur les réseaux sociaux et dans les universités, qui n’ont de cesse d’attaquer « l’homme blanc ». Ce sont les mêmes qui appellent à la censure, à l’exclusion, et qui font une relecture de l’histoire du Québec en y incluant l’esclavage, comme si le Québec se comparait aux États-Unis.
Par ailleurs, des membres du Parti québécois le considèrent comme un traître, ceux du Québec solidaire l’associent au capitalisme de droite, alors que François Legault ne cesse d’affirmer l’importance de l’État dans l’économie québécoise. Quant aux militants du Parti libéral du Québec, ils refusent la loi 21 sur la laïcité et craignent les futures modifications visant à renforcer la loi 101, dont ils ont applaudi dans le passé l’affaiblissement par des jugements de cour.
Pourtant, la majorité francophone continue d’appuyer le gouvernement Legault, qui aurait pu devenir le bouc émissaire de la tragédie des CHSLD.
Il y a fort à parier que la CAQ va reprendre le pouvoir grâce à l’appui fidèle d’une majorité de francophones qui s’est trouvé un protecteur en François Legault, un homme modeste et modéré, moins flamboyant que certains ténors du passé, mais en qui ils se reconnaissent.