Retour de Trump: quels impacts pour l’économie québécoise?
Des tarifs de 20% pourraient frapper les produits d’ici

David Descôteaux
Le président Trump a de nouveau remporté la présidence des États-Unis, mardi. Au cours de la campagne, il a souvent déclaré son intention d’imposer des tarifs aux partenaires commerciaux de son pays, dont le Canada.
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Il a aussi déclaré ses intentions de réduire les impôts des entreprises américaines et d’augmenter la production de pétrole.
Plusieurs entreprises d’ici sont nerveuses. Un sondage effectué la semaine dernière par Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) montre que près de 60% des répondants redoutent l’imposition de tarifs sur les produits et services canadiens à la suite de l’élection des républicains.
Plus de 75% des exportations québécoises sont destinées aux États-Unis. Un retour du protectionnisme heurterait donc de plein fouet l’économie québécoise. «Quand on regarde notre économie, on voit qu’on est dépendant de l’économie américaine, qui a été très forte dernièrement. Alors si on veut en profiter, il faut s’assurer qu’on maintienne nos acquis», dit Simon Gaudreault, de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI).
Plusieurs dossiers seront à surveiller dans les prochains mois. En voici quatre.
Quatre dossiers économiques à surveiller avec l'arrivée de Donald Trump
Des tarifs partout!
Au cours de la campagne, Donald Trump a laissé entendre que s’il était élu, il imposerait des tarifs allant de 10% à 20% sur tous les biens provenant de tous les pays.
Selon Angelo Katsoras, de la Banque Nationale, une mise en œuvre à grande échelle de ce plan tarifaire pourrait entraîner une réduction de près de 5% des volumes d’exportations canadiennes vers les États-Unis d’ici le début de 2027. Encore pire si le Canada y va de représailles, car cela augmenterait aussi les coûts pour les producteurs nationaux et entraîneraient une baisse des volumes d’importations, souligne l’économiste.
Selon Desjardins, le réel impact de cette politique prendrait un an à se réaliser, car les entreprises américaines voudront faire le plein de marchandises canadiennes avant la mise en place desdits tarifs.
M. Katsoras souligne toutefois que s’il devait aller de l’avant avec un tel plan, Donald Trump serait probablement confronté à des contestations juridiques, à une opposition politique importante de la part des deux partis et au risque de tarifs douaniers de rétorsion de la part d’autres pays.
La filière batterie
Trump, qui a qualifié les politiques climatiques du président Joe Biden de «nouvelle arnaque verte», a promis à plusieurs reprises de mettre fin aux généreuses subventions fédérales pour les véhicules électriques, dont l’Inflation Reduction Act (IRA), qui a grandement aidé la filière batterie aux États-Unis. Devrait-on s’inquiéter pour la filière batterie ici au Québec, qui bat déjà de l’aile?
«Il est trop tôt pour le dire. Mais plusieurs de ces usines-là sont en construction ou déjà ouvertes, et sont situées dans des États républicains. Les sénateurs et gouverneurs qui ont ouvert des usines de batteries de véhicules électriques dans leurs États ne diront pas “on scrappe tout”», explique Daniel Breton, PDG de Mobilité électrique Canada. «Ces gens-là sont très contents qu’il y ait une renaissance industrielle aux États-Unis grâce à la filière des véhicules électriques. Et avec le fait qu’on a quelqu’un comme Elon Musk qui a beaucoup appuyé Donald Trump, c’est loin de vouloir dire que les carottes sont cuites pour l’électrification des transports», dit-il.
Prix de l’essence
Avec son slogan Drill, baby drill!, Donald Trump veut augmenter la production de pétrole aux États-Unis et promet de faire baisser les prix à la pompe pour les Américains. Les Québécois pourraient-ils profiter eux aussi d’une baisse éventuelle des prix du carburant grâce au nouveau président?
«Je ne crois pas, pour la simple raison que les États-Unis produisent déjà presque au maximum. Ils ne peuvent pas produire beaucoup plus», dit Dan McTeague, président de l’organisme Canadians for Affordable Energy. «C’est de la rhétorique plus qu’autre chose», dit-il. Il ajoute que Trump pourrait même faire bondir le prix du baril s’il met à exécution ses menaces envers l’Iran, un grand producteur de pétrole.
Dan McTeague s’attend plutôt à ce que le prix de l’essence augmente d’ici l’arrivée de Trump au pouvoir, en janvier.
Sur le plan énergétique, l’élection de Donald Trump pourrait tout de même avoir du positif pour l’économie. «N’oublions pas que Donald Trump s’est positionné en faveur de l’oléoduc Keystone XL, dans l’Ouest canadien», rappelle Simon Gaudreault, de la FCEI. Ça, c’est un élément plus positif. Une relance du projet peut se traduire par plus d’investissements et plus de croissance au pays, et pas seulement dans l’ouest. Le Québec aussi profiterait de retombées», dit-il.
Impôt des entreprises
Trump a également promis de réduire le taux d’imposition des sociétés, de 21% à 15%, pour les entreprises qui fabriquent leurs produits aux États-Unis. Au Canada, le taux d’imposition fédéral des sociétés est généralement de 26,5% à 31%. Cela pourrait donc inciter des entreprises à déplacer leurs investissements et leurs profits au sud de la frontière.
«Ça pose la question de la compétitivité avec les États-Unis. Si ça arrive, est-ce que notre gouvernement va réagir à ça?», demande Simon Gaudreault, de la FCEI.
«La réélection de Donald Trump s’inscrit dans un contexte de montée du protectionnisme aux États-Unis, que l’on a pu observer lors de sa première présidence», ajoute Vincent Geloso, économiste senior à l’IEDM. «Le meilleur moyen de faire face à cette menace pour nos producteurs est de baisser nos propres barrières protectionnistes – comme la gestion de l’offre – ce qui aurait aussi le mérite d’aider nos consommateurs.»