Qu’est-ce que l’aphasie primaire progressive ?
Société Alzheimer de Montréal (collaboration spéciale)
Tous les troubles neurocognitifs ne commencent pas par des pertes de mémoire. L’aphasie primaire progressive (APP) frappe d’abord là où nous nous y attendons le moins : dans notre capacité à trouver nos mots et à nous exprimer.
« L’APP est un trouble neurocognitif majeur dont les premiers symptômes sont liés au langage », explique la Dre Monica Lavoie, orthophoniste et coordonnatrice de recherche. « Les gens commencent à chercher leurs mots, à avoir du mal à comprendre les discussions ou à exprimer leurs idées. Ce n’est pas la mémoire qui est affectée en premier, mais la capacité à communiquer. » Ces symptômes apparaissent généralement plus tôt qu’on le voit habituellement dans la maladie d’Alzheimer, affectant les régions du cerveau liées au langage.
Trois variantes de l’APP
- La variante sémantique, qui entraîne une perte de connaissances sur le monde et les objets qui nous entourent, est associée à plusieurs changements comportementaux.
- La variante non fluente agrammatique touche la parole et la structure grammaticale, en plus d’être souvent associée au développement de troubles moteurs.
- La variante logopénique entraîne des difficultés à trouver les mots justes et des enjeux dans la répétition de phrases longues.
Détection et prise en charge
La Clinique interdisciplinaire de la mémoire (CIME) reçoit les patients adressés par un médecin généraliste pour un accompagnement adapté.
« Notre objectif est de favoriser le dépistage précoce et d’améliorer la qualité des soins », souligne Dr Robert Laforce, professeur agrégé au Département de médecine au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval. « Nous avons développé une plateforme web spécialisée en APP pour rendre l’information accessible aux professionnels, aux patients et à leurs proches. »
La plateforme APP présente plusieurs vidéos explicatives sur la détection précoce et les moyens de communication efficaces pour les personnes diagnostiquées et leurs proches.
Comme il n’existe pas de traitement curatif pour l’APP, l’approche non pharmacologique est essentielle. « L’orthophonie permet de maintenir la communication et d’adapter les stratégies au fil de la progression de la maladie. On mise sur les forces de la personne pour compenser les difficultés », précise la Dre Lavoie.
Conseils pratiques pour les proches
- Ouvrir la discussion. Demandez à votre proche : Quand tu cherches un mot, que veux-tu que je fasse ?, pour mieux répondre à ses besoins.
- Adapter les contextes sociaux. Petits groupes, conversations en face à face et un rythme ralenti.
- Utiliser des outils. Des ressources comme la « boîte à outils communicationnelle » de la plateforme APP peuvent aider.
- Rester actif. Maintenir une vie sociale et cognitive active est un facteur de protection important.
Les saines habitudes de vie, combinées à une vie sociale, physique et cognitive active peuvent retarder l’apparition des symptômes des troubles neurocognitifs. Pensez aussi à surveiller votre santé auditive et visuelle.
Et surtout, comme le rappellent les Dre Lavoie et Dr Laforce : « Vous n’êtes pas votre diagnostic. » Il est essentiel de continuer à vivre pleinement, en adaptant son quotidien sans se définir uniquement par la maladie.
En collaboration avec la Dre Monica Lavoie, orthophoniste et coordonnatrice de recherche, et le Dr Robert Laforce, professeur agrégé au Département de médecine au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval (CRCHUQ) et titulaire de la Chaire de recherche sur les aphasies primaires progressives – Fondation de la famille Lemaire.