Retour au steak, blé d’Inde, patates pour Trudeau
Ce que les électeurs recherchent, c’est un gouvernement qui s’occupe des vraies affaires.


Emmanuelle Latraverse
Il fut un temps où tout le Canada aurait été très excité de voir Justin Trudeau prendre part à un grand sommet de leaders progressistes, à Montréal de surcroît.
Et pourtant, on se demande qui a eu la brillante idée de l’envoyer, ce samedi, faire des grands discours sur la montée de la droite et les menaces à la démocratie.
Ça fait très 2015, disons.
C’est surtout à l’antipode du signal qu’il a voulu envoyer lors de la réunion de son caucus à London cette semaine.
En 2023, c’est le retour du steak, blé d’Inde, patates. Pas le choix. Sa survie politique en dépend.
Populisme
Le contraste est criant.
En 2017, le gouvernement avait renoncé à un congé de TPS sur les matériaux de construction et la main-d’œuvre pour les immeubles à logement. Cinq ans plus tard, la mesure devient la bouée de sauvetage dont l’industrie a besoin.
Les conditions ont changé, explique Justin Trudeau. En effet, il est 15 % derrière son adversaire conservateur dans les sondages. Un coup d’éclat s’imposait.
C’est ainsi qu’une politique rejetée parce que trop dispendieuse à l’époque où le gouvernement avait encore un peu de marge de manœuvre est soudainement brandie comme une solution miracle quand les coffres de l’État sont vides.
Puis, prenez la grande opération pour serrer la vis aux géants de l’alimentation.
En décembre dernier, Justin Trudeau affirmait que c’était mal avisé.
En effet, les grandes bannières ne gonflent pas volontairement les prix des aliments pour se remplir les poches. La Banque du Canada l’a étudié, le Bureau de la concurrence l’a étudié, les chercheurs indépendants l’ont expliqué.
Pourquoi est-ce qu’en septembre forcer la main des épiciers serait une bonne idée quand c’était simpliste et populiste en mars dernier ?
Même raison que pour la TPS. En chute libre dans les sondages, les libéraux doivent donner l’impression aux électeurs que le gouvernement prend les choses en main.
Virage
Il était facile de vendre « les voies ensoleillées » de l’inclusion et la réconciliation en 2015. Il faisait soleil.
Mais quand tu as de la difficulté à boucler les fins de mois, que tu piles sur ton orgueil pour aller à la banque alimentaire, que tu coupes sur les petits déjeuners des enfants pour payer le loyer, les grands principes progressistes et les visions d’un monde plus inclusif, tu t’en fous pas mal.
Ce que les électeurs recherchent, c’est un gouvernement qui s’occupe des vraies affaires.
Vivement pour les libéraux qu’ils l’aient enfin compris.
Sauf que Justin Trudeau ne peut s’empêcher d’aller pelleter des nuages avec des politiciennes de gauche dont l’étoile a pâli.
Peut-être que Sana Marin et Magdalena Anderssen, les ex premières ministres de la Finlande et de la Suède, amèrement défaites aux récentes élections, lui expliqueront qu’en politique, pour contrer la droite, il faut savoir revenir à un jeu de base au bon moment.
Comme l’avait dit le conseiller de Bill Clinton en 1992, « it’s the economy stupid ».