Les Jeux olympiques 2022, rien d’une grande fête sportive


Richard Boutin
PÉKIN | Les Jeux de Tokyo l’été dernier étaient assurément différents de tous les autres, mais ceux de Pékin ont atteint un sommet inégalé dans l’histoire olympique.
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Présentés dans une bulle fermée et très étanche où il était impossible de s’échapper ne serait-ce que pour une courte marche ou pour se rendre à une destination située à un jet de pierre, les Jeux de Pékin n’avaient rien de la fête sportive habituelle.
Pékin cette mégapole mythique et intrigante n’a pas dévoilé ses secrets aux visiteurs de passage qui n’avaient accès qu’à leur hôtel, aux sites de compétition et au Centre des médias.

Oubliez donc la Cité interdite, la place Tiananmen ou la Muraille de Chine qu’on pouvait toutefois apercevoir de notre hôtel et du site de ski de fond en soirée lorsque l’éclairage était en fonction.
Pour avoir eu l’opportunité de passer du temps à Zhangjiakou aussi bien qu’à Pékin, il était évident que tout était plus simple en montagne. On n’ira pas jusqu’à prétendre que c’était festif, mais c’était plus convivial. On avait accès à des restaurants situés dans la bulle qui ne fermaient pas à 21 h 30 à l’extérieur du complexe hôtelier.
Ces mêmes restaurants ont été fermés quelques jours dans le milieu des Jeux par crainte d’éclosions, présume-t-on. À leur réouverture, les plexiglas ont refait leur apparition.
Contrairement à Tokyo où l’alcool était réservé à notre chambre d’hôtel parce que le régime sec avait été imposé, il était possible de prendre un petit breuvage froid après une longue journée de travail en compagnie de collègues.
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Froid intense

Le séjour en montagnes a été marqué par un froid intense. Les piles des appareils de notre collègue Didier Debusschere ont gelé et ses appareils photo sont devenus blancs.
Les compétitions de bosses et de saut acrobatique ont été disputées en soirée dans des conditions particulièrement froides et il y a même eu une mini tempête au début de la deuxième semaine dans un secteur peu réputé pour ses averses de neige. Il y a également eu des reports de compétition en raison des forts vents.
Le Parc de neige de Genting est un exemple à suivre pour le futur. Les sites de bosses, de sauts, de slopestyle, de snowboard cross et de slalom géant parallèle étaient tous regroupés, ce qui facilite la vie de tout le monde.
Les installations étaient de premier plan. L’Ovale national construit spécialement pour les Jeux est de toute beauté. Pandémie ou pas, on a eu droit à des exploits sportifs qui ont enflammé le pays, notamment ceux d’Eileen Gu et de Su Yiming.
Main-d’œuvre

Avec sa population de 1,3 milliard, ce ne sont pas les bras qui manquent en Chine.
Si la pénurie de la main-d’œuvre est un thème récurrent au Québec, cette notion n’existe tout simplement pas en Chine. Pour la sécurité évidemment, mais dans les aires de restauration, la circulation et même le déneigement où les balais de bambou avaient la cote, les employés sont beaucoup plus nombreux que la demande l’exigerait.
Au-delà des travailleurs, le comité organisateur pouvait compter sur une armée de bénévoles. En majorité des étudiants universitaires, ces derniers étaient gentils, faisaient tout en leur possible pour nous aider malgré le mur de la langue.
Coups de coeur
L’or du relais 5000 m en courte piste

Cette dernière soirée de patinage courte piste des Jeux de Pékin a été géniale. À ses derniers Jeux olympiques en carrière, Charles Hamelin a écrit une page d’histoire en devenant le Canadien le plus titré des Jeux d’hiver avec une sixième médaille. Il a aussi rejoint la patineuse longue piste Cindy Klassen au sommet des plus grands médaillés d’hiver. Hamelin était évidemment comblé de réaliser un tel coup d’éclat à son dernier tour de piste olympique, mais les trois autres relayeurs Steven Dubois, Pascal Dion et Jordan Gilles-Pierre étaient également ravis d’avoir pu partager ce précieux moment avec la locomotive de Sainte-Julie qui était le leader du quatuor et de passer eux aussi à l’histoire. Meneur en courte piste avec cinq médailles à égalité avec François-Louis Tremblay avant l’or de Hamelin au relais, l’entraîneur adjoint de l’équipe canadienne Marc Gagnon a aussi vécu de grandes émotions. Deux des plus grands patineurs de l’histoire se sont chaleureusement enlacés après le sacre canadien dans une scène très touchante.
La palme argentée d’Éliot Grondin

Plus jeune athlète en snowboard cross à prendre le départ à Pékin à l’âge de 20 ans, Éliot Grondin a livré une performance magistrale pour remporter l’argent. Entouré de ses idoles de jeunesse Alessandro Haemmerle et Omar Visintin sur le podium, le Beauceron a démontré qu’il n’était plus le jeunot qui avait fait ses premiers pas sur la scène olympique quatre ans plus tôt en Corée du Sud. Pour ajouter la cerise sur le sundae, Grondin a remporté le bronze dans l’épreuve mixte avec Meryeta O’Dine. Le jeune prodige à qui Dominique Maltais prédisait un brillant avenir alors qu’il n’était âgé que de 12 ans a fait son entrée dans la cour des grands. Dominant toute la journée avec des victoires dans toutes ses vagues sauf en finale, Grondin a clairement démontré que sa deuxième place au classement cumulatif de la Coupe du monde l’an dernier n’était pas un coup de chance. Certains croient que le Beauceron pourrait exercer dans le futur une domination sur son sport comme celle de Mikaël Kingsbury en ski acrobatique.
L’argent de Laurent Dubreuil sur 1000 m en longue piste

Dévasté après avoir terminé au pied du podium par 0 s 3 à son épreuve de prédilection du 500 m où il avait remporté une médaille à ses huit départs cet automne en Coupe du monde, Dubreuil a renversé la vapeur en grimpant sur la deuxième marche du podium sur le 1000 m. Après avoir été terminé en 6e place sur 500 m, le patineur de Lévis n’avait remporté aucune médaille cette année dans cette épreuve où il a dû travailler encore plus fort pour rivaliser avec les meilleurs. Cette médaille d’argent avait un goût de victoire pour Dubreuil. Il s’agissait d’une première médaille individuelle pour un Québécois depuis les trois de Gaétan Boucher aux Jeux de 1984 à Sarajevo.
Déception
Récolte de l’équipe de courte piste

Comme toujours, les attentes étaient élevées pour l’équipe de courte piste qui a toujours représenté une carte maîtresse dans le jeu de la délégation canadienne. Le Canada n’a toutefois récolté que quatre médailles, dont trois par Steven Dubois (2 individuelles et une au relais). Des erreurs ont privé le Canada de médailles dans les relais mixte et féminin alors que des malchances ont anéanti les chances de podium de Kim Boutin et de Pascal Dion qui ont chuté à l’épreuve du 1000 m. La bonne nouvelle est que tous les patineurs pourraient être de retour en 2026 à l’exception de Charles Hamelin qui prendra sa retraite au terme du championnat mondial qui se déroulera du 18 au 20 mars à Montréal. Parmi les dix patineurs présents à Pékin, seulement trois avaient déjà vécu l’expérience des Jeux.