Risques de déportations massives sous Trump: le Québec surveillera lui-même les frontières
Patrick Bellerose et Geneviève Lajoie
Les menaces de déportations massives sous Donald Trump risquent de créer un nouvel afflux d’immigrants vers le Canada, craignent François Legault et Paul St-Pierre Plamondon. Le Québec enverra du personnel afin de surveiller lui-même les frontières.
«On est vraiment à un point où notre capacité est dépassée. Donc on va interpeller le gouvernement fédéral. C’est la responsabilité du gouvernement fédéral de protéger nos frontières. Mais même le gouvernement du Québec va s’assurer que le gouvernement fédéral protège nos frontières», a déclaré le premier ministre caquiste en réaction à l’élection du nouveau président américain.
François Legault refuse de préciser si des policiers de la Sûreté du Québec seront impliqués, mais explique que du personnel de l’État ira directement sur le terrain.
«On va regarder ce que fait le fédéral, mais si c’est nécessaire, on va s’assurer, sur une base peut-être aléatoire, que les frontières sont bien surveillées par le gouvernement fédéral», a-t-il déclaré.
En anglais, il a ajouté que le Québec pourrait, au besoin, envoyer des gens vérifier directement sur le terrain.
Immigrants illégaux
Même son de cloche du côté du chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon, selon qui l’élection de Trump pourrait provoquer une migration «de masse» vers le Québec, alors que le candidat américain a promis de déporter jusqu’à 20 millions d’immigrants illégaux.
«Sans être alarmistes, on doit se pencher sur des mouvements de masse potentiels qui peuvent commencer dès aujourd’hui», a affirmé le leader souverainiste, qui ne voit que l’indépendance pour s’assurer que les frontières ne soient pas la cible de nouveaux demandeurs d’asile en provenance des États-Unis.
Paul St-Pierre Plamondon n’avait toutefois pas de solutions à proposer pour restreindre le contrôle aux frontières tant que le Québec sera dans le Canada.
Droits des femmes
Le chef parlementaire de Québec solidaire, lui, s’inquiète davantage des droits des femmes, qui seront sans doute menacés sous l’administration Trump.
En ce lendemain d’élection américaine, la majorité des Québécois ont «la gueule de bois», a affirmé Gabriel Nadeau-Dubois. Le Québec n’est pas immunisé contre les «dérives autoritaires» observées au sud de la frontière et dans plusieurs coins du globe.
«On a un consensus politique qui tient bon sur le droit à l’avortement [au Québec]. Mais il y a, ici et ailleurs, des mouvements qui montent et qui s’en prennent aux droits des femmes», a-t-il souligné en ciblant les conservateurs fédéraux.
Lors de la période des questions, François Legault a reconnu que le mouvement antiavortement aux États-Unis est «inquiétant». «Pour moi, c’est une question qui est réglée depuis longtemps au Québec. Jamais on ne reviendra là-dessus», a-t-il toutefois assuré.
Plafond de verre
Prudents, les libéraux ont dit respecter le choix des Américains de redonner les clés de la Maison-Blanche à Donald Trump. La députée Madwa-Nika Cadet n’a toutefois pas caché sa déception que cette élection n’ait pas permis de «percer le plafond de verre» et de faire élire une première femme noire à la présidence.