Rouleau compresseur

Antoine Robitaille
Depuis son élection et sa nomination comme ministre, Chantal Rouleau, en public, sur de nombreux sujets, paraissait souvent amorphe.
Ministre déléguée aux Transports et responsable de la Métropole, elle avait l’habitude de se réfugier dans des phrases toutes faites. L’époque où, en 2012, elle s’était fait connaître comme mairesse d’arrondissement lanceuse d’alerte semblait bien loin.
Mais depuis deux jours, le projet du REM (Réseau express métropolitain) de l’Est semble avoir eu sur elle l’effet d’un électrochoc. La ministre est carrément déchaînée.
Critiques
Il n’y a pas qu’à Québec où un projet de transport de 10 milliards $ (le troisième lien) fait les manchettes et suscite des levées de boucliers.
- Écoutez la rencontre Rémi Nadeau et Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 19 h via QUB radio :
Depuis des semaines, le « REM de l’Est » – évalué à 10 milliards $ aussi – s’attire des critiques de citoyens pour sa laideur, mais aussi de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), sans compter la Société de transport de Montréal (STM).
La mairesse de Montréal Valérie Plante a dit se sentir « acculée au pied du mur » ; elle voudrait être davantage consultée.
Les critiques sont sérieuses. L’ARTM, dont la mission est de planifier le transport collectif dans le grand Montréal, conclut que le REM de l’Est entrera en « concurrence problématique avec deux importants services du réseau structurant existant ».
La STM soutient que le REM de l’Est « aura un impact majeur sur la structure du réseau bus, l’achalandage de la STM dans l’Est et sur le prolongement de la ligne bleue ».
Certes, Montréal est une tour de
Babel pour ce qui est des transports. En raison de sa taille bien sûr, mais aussi de la multiplication des intervenants, des structures et des potentats locaux.
- Écoutez la rencontre entre Philippe Vincent-foisy et Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 12 h via QUB radio :
Le projet du SRB Pie-IX l’illustre à merveille. Lancé en 2009, il devait être mis en service rapidement... Aux dernières nouvelles, il faudra encore attendre à l’automne prochain avant de pouvoir y embarquer !
C’est en partie dans l’espoir de contrer cette force d’inertie métropolitaine que le gouvernement Couillard a confié à la Caisse de dépôt le projet du REM.
Était-ce le bon modèle ? La Caisse a d’abord des objectifs de rendement. Ceux-ci, a-t-on l’impression, passent avant l’aménagement urbain. Et même avant la prise en compte des besoins et intérêts des usagers des transports en commun.
Or, la ministre Rouleau balaie du revers de la main les critiques pourtant étoffées de l’ARTM et de la STM.
Elle se contente d’exalter les prétendues qualités mirobolantes du REM de l’Est. Son ton aux accents quasi nord-coréens donne à ses envolées une touche d’humour involontaire : « projet de société », « le monde entier a les yeux rivés sur ce projet », « possibilités de développement incroyables », etc.
Mme Rouleau n’a pas tort de souligner que les libéraux n’ont pas réalisé grand-chose pour le transport en 14 ans à Montréal ni que l’on doit freiner l’augmentation du parc automobile, objectif qui ne peut être atteint que par l’enchevêtrement de plusieurs « modes structurants ».
Mais elle devrait considérer sérieusement les critiques. Et tenter de rallier les acteurs du transport à Montréal.
Pour l’instant, elle semble profondément fermée. Même quand elle tente un trait d’humour : « Mettre de l’eau dans son vin, c’est une expression que je n’apprécie guère, parce que de l’eau dans le vin, ce n’est pas vraiment bon. »
- Écoutez aussi l'émission balado d'Antoine Robitaille diffusée chaque jour en direct 19 h via QUB radio :