Sans-abri: un gros manque de sensibilité

Josée Legault
Jusqu’à ce que la juge Chantal Masse de la Cour supérieure du Québec l’oblige à le faire, l’entêtement du gouvernement Legault à ne pas exempter les itinérants de son couvre-feu échappait à l’entendement.
Le 18 janvier, au centre-ville de Montréal, Raphaël André, un itinérant autochtone, cherchant peut-être à se cacher des policiers, en est mort de froid dans une toilette mobile. Révoltant.
Comment avait-on pu penser à imposer un couvre-feu à des personnes sans domicile fixe ? Donc, incapables de rester « chez eux » de 20 h à 5 h ? Ces personnes parmi les plus pauvres et les plus poquées de notre société couraient en plus le risque d’écoper d’amendes salées.
Leçon
Dans son ordonnance de sauvegarde, les mots de la juge Masse frappent fort. Une telle mesure portait atteinte à leurs droits à la vie, à la liberté et à la sécurité. Contraire aux principes de la justice fondamentale, son effet était discriminatoire et disproportionné, et le préjudice causé, irréparable.
Cet épisode est un puissant révélateur. Il nous montre un manque étonnant de sensibilité au gouvernement, mais surtout, l’inévitable fatigue d’une pandémie persistante qui, au sein de sa propre cellule de crise, commanderait un ajout de sang neuf.
Il nous dit aussi de ne pas nous arrêter à l’arbre qui cache la forêt. La forêt, c’est la réalité d’un immense problème d’itinérance à Montréal. Avec plus de 3000 hommes et femmes, dont plusieurs centaines d’Autochtones, on le savait déjà majeur.
Humanité recherchée
Avec la pandémie, autour de la Place Dupuis, du square Cabot, de La Baie et d’autres lieux, le phénomène prend une ampleur ahurissante. La présence croissante de personnes itinérantes, vivant dans des états indignes d’une société riche, témoigne d’un véritable échec social et politique.
Les itinérants n’avaient pas besoin de couvre-feu. Depuis des années, encore moins des larmes de crocodile de la Ville et des gouvernements. Ils ont besoin de logements. Ils ont besoin de soins. Ils ont besoin d’humanité.