Santé mentale: Meghan a plus de chance que Diana

Meghan a eu la chance, semble-t-il, de se remettre de sa détresse sans soutien professionnel. Cette chance, dans la vraie vie, peu de gens l’ont.
Meghan a eu la chance, semble-t-il, de se remettre de sa détresse sans soutien professionnel. Cette chance, dans la vraie vie, peu de gens l’ont. Photo AFP
Photo portrait de Josée Legault

Josée Legault

2021-03-10T10:00:00Z

Ma chronique d’hier, fort critique de l’entrevue « choc » du couple doré Meghan et Harry, a suscité de nombreuses réactions. La plupart positives. D’autres, au contraire, y ont vu un manque d’empathie de ma part. Dont l’animateur Patrick Masbourian, dans son émission matinale. 

Disant comprendre ma critique du côté « spectacle télévisuel » de l’entrevue, il reprochait néanmoins ma référence à la « misère des gens riches et célèbres ». Alors qu’il importe de sensibiliser les gens à la détresse psychologique, il demandait : « Pourquoi, parce qu’on est milliardaire, on n’a pas le droit d’être complètement déprimé et au bord du gouffre ? » 

Et d’ajouter : « Je suis content que Mme Legault s’excuse pour son manque d’empathie dès le début de sa chronique. [...] Critiquer les propos de quelqu’un qui est en détresse, j’ai un gros malaise avec ça. » Sa remarque n’entame en rien mon appréciation de son travail, mais parce qu’il n’est pas le seul à le penser, permettez-moi de revenir sur le sujet. 

D’autant plus que ma chronique ne portait pas sur la détresse passée de Meghan Markle, mais sur les accusations de racisme lancées à la famille royale dans un flou désolant et sur le mercantilisme troublant de l’opération. 

Publicité

Les riches aussi

D’où le manque d’empathie que je confessais avec ironie dans ma chronique. Car les « riches » peuvent souffrir eux aussi de détresse, il va sans dire. Que cette partie du récit de Meghan soit entièrement véridique ou non, le sujet de la santé mentale en soi demeure d’une grande importance.  

Or, loin de Buckingham Palace, y compris ici, le vrai problème est que pour la majorité des gens en dépression ou ayant des pensées suicidaires, l’accès à du soutien psychologique tient souvent de l’impossible. Au privé, c’est trop cher. Au public, l’attente est trop longue. 

Une telle iniquité face à ces souffrances invisibles, comme je l’ai déjà écrit, est injustifiable. Meghan a eu la chance, semble-t-il, de s’en remettre sans soutien professionnel. Cette chance, dans la vraie vie, peu de gens l’ont. 

Je rappelais aussi hier la vie tragique de Lady Diana, mère des princes William et Harry. Loin de tout « spectacle », ses longues années de mariage toxique avec le prince Charles lui ont fait vivre de grandes souffrances, dont l’anorexie et la dépression.

Centré sur lui-même

Sans attendre de l’aide de l’« Institution » de la monarchie, Lady Diana a fini par aller consulter la Dre Susie Orbach, psychanalyste renommée, spécialisée en troubles alimentaires et dépressifs chez les femmes. 

Par la suite, Diana a partagé son récit et son rétablissement de manière répétée, concrète et altruiste. En public comme en privé. Elle a aussi beaucoup écouté les récits des femmes dites « ordinaires » qu’elle allait rencontrer en toute solidarité. 

Ce faisant, elle a su encourager de nombreuses femmes et filles souffrant de dépression ou d’anorexie à chercher de l’aide au lieu d’avoir honte. Si, malgré sa richesse et sa notoriété planétaire, Diana avait pu vivre ce qu’elles vivaient, son message n’en résonnait que plus fortement. 

Des psychologues britanniques avaient même nommé ce phénomène « l’effet Diana ». Les confessions de Meghan sur sa détresse auront-elles le même impact ? Cela dépendra de ce qu’elle en fera ou non à son tour. 

Pour le moment, le côté « spectacle » lucratif et centré sur lui-même n’en domine pas moins l’entrevue « choc » du couple.

Publicité