Se cacher derrière les docteurs

Un cycliste pédalait sous la pluie, jeudi, devant les estrades vides du Grand Prix de F1 du Canada, au circuit Gilles-Villeneuve.
Un cycliste pédalait sous la pluie, jeudi, devant les estrades vides du Grand Prix de F1 du Canada, au circuit Gilles-Villeneuve. Photo Chantal Poirier
Photo portrait de Réjean Tremblay

Réjean Tremblay

2021-04-16T09:00:00Z

Il n’y aura pas de Grand Prix du Canada en 2021. Louis Butcher le sait d’une source sûre. Je le sais d’une source sérieuse.

Le deuxième point de cette chronique est tout aussi facile à résumer. Les politiciens, que ce soit à Québec ou à Ottawa, sans parler de l’Ineffable, se cachent accroupis derrière les docteurs de la Santé publique. C’est pas de leur faute, c’est celle des docteurs. 

Ils sont commodes les docteurs depuis 13 mois. Ils ont le dos large. Il n’y aura donc pas de Grand Prix parce que les politiciens, des héros, auraient voulu s’assurer de la présentation d’un évènement international, mais les docteurs de Montréal ont été intraitables.

Y a pas juste les politiciens qui sont pissous pour reprendre la très charmante et délicate expression de François Legault, même les docteurs Horacio Arruda à Québec et Theresa Tam à Ottawa, se camouflent derrière la Santé publique de Montréal. Arruda voudrait bien, mais Ottawa retarde sa décision. La méchante est donc la docteure Mylène Drouin, qui elle, a réglé son problème.

Les politiciens pissous vont encore plus loin. Regardez-les faire des ronds de jambe et accumuler les phrases creuses. C’est pourtant limpide, Québec attend que la Santé publique d’Ottawa annonce officiellement que le Grand Prix est annulé à cause de la quarantaine. Personne ne veut prendre les devants. 

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C’est donc Ottawa qui va planter le clou dans le cercueil en refusant de faire sauter la quarantaine obligatoire pour la F1. Mais ça va être à cause des docteurs de la Santé publique.

Sauver le Grand Prix

En fait, à Québec, François Legault a vite compris qu’il fallait avant tout s’assurer de la survie du Grand Prix jusqu’en 2029. Et c’est le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui a reçu le mandat de piloter le dossier. Appuyé évidemment par Caroline Proulx, au Tourisme et Mélanie Joly, à Ottawa.

Il fallait avant tout apaiser le jeu. Le contrat qui lie la Société du parc Jean-Drapeau et Formula One Management ne contenait aucune clause indiquant que Montréal pouvait perdre sa course advenant une annulation de l’évènement. Autrement dit, il fallait invoquer le cas de force majeure pour justifier une deuxième annulation. 

Stefano Domenicali, le nouveau président de la Formule 1, a commencé à recevoir des appels lundi à Londres. 

Par exemple, un type comme Normand Legault, ancien promoteur du Grand Prix, connaît bien Domenicali. Ce dernier était président de Ducati il y a quelques années avant d’œuvrer au sein du groupe Audi. Normand Legault est un des actionnaires de Moto GP, la formule 1 des courses de motos, dont Ducati est une écurie très importante.

On me dit qu’au moins trois personnages ayant joué un rôle relativement important dans le dossier de la Formule 1 au cours des dernières années ont été invités par le ministre Fitzgibbon à faire jouer leurs contacts et leur expérience. 

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Il s’agissait de comprendre les intentions de Liberty Media et surtout de bien transmettre le désir profond de garder le Grand Prix du Canada dès que les conditions sanitaires permettront une présentation qu’on espère normale en 2022. 

« Fitzgibbon a fait un travail colossal dans le dossier. La situation de la pandémie est un enjeu qu’on comprend à Londres. Sur le plan personnel, on parle à de bonnes personnes qui ont un plan pour leur sport et industrie, et le Canada et Montréal font partie de ce plan », dit un des personnages approchés par Fitzgibbon. 

Pas une petite course

Depuis la parution de ma chronique de dimanche, des précisions ont pu être fournies. Ainsi, les paliers de gouvernement n’ont pas versé les 18,7 millions $ prévus par le contrat l’an dernier. 

Et aux dernières informations, à moins d’un changement miraculeux, on ne versera pas les millions cette année.

De plus, la demande d’aide de 6 M$ a été faite pour favoriser le travail du promoteur François Dumontier si on allait vers une présentation de la course en juin. 

Celui-ci se trouve dans une position difficile puisqu’il ne compte sur aucun revenu depuis au moins 13 mois et qu’il devra envisager de rembourser des sommes considérables sur la vente de billets pour le Grand Prix de... 2020. 

Mais la pandémie ne devrait pas être éternelle et Dumontier peut toujours compter sur une course de F1 à organiser jusqu’en 2029. Ça devrait rassurer les banquiers. 

Ça ne s’améliore pas

Par ailleurs, la position de la Santé publique de Montréal signifie qu’on ne s’attend pas à une amélioration sensible d’ici le 13 juin. Les promesses de vaccination ne garantissent pas un relâchement des mesures sanitaires puisqu’on refuse tout aménagement à la Formule 1 pour le Grand Prix.

Sans doute que la quarantaine obligatoire en entrant au pays va continuer à être imposée. On se demande alors comment le Canadien va faire pour disputer la demi-finale et la finale de la Coupe Stanley ?

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