Remettre de l’ordre dans notre résidence, et notre tête

Réal Privé, M.A. c.o.

2021-01-30T10:00:00Z

Sommes-nous en train de polluer notre espace vital le plus important: notre résidence? 

De plus en plus d’enfants, d’adultes, de conjoints, de colocs étouffent de cette obligation d’étudier, de travailler, de garder les jeunes à la maison. Ils sont privés de vivre dans les autres espaces de la société, convenant autant à la réalisation d’autres rôles sociaux, qu’à permettre des contacts avec d’autres personnes aussi, voire même plus, importantes à notre bonheur!

Le contenu de cette analyse porte sur la présence au sein de la résidence, ainsi que celle nécessaire aux autres, pour notre valorisation, pour donner un sens à notre vie.

Tenter de réaliser toutes ces activités, liées à l’occupation de rôles sociaux très divers, dans le seul espace résidentiel, est une œuvre impossible de façon efficiente et performante. Il apparaît de plus en plus que cette obligation d’état, de jouer tous ces rôles, tout en étant coincé dans sa résidence, crée des tensions psychologiques, des inconforts et des ruptures. 

Les espaces de vie

Différents espaces sociaux permettent d’occuper un ensemble de rôles significatifs, au plan identitaire, spirituel, social et économique. Ce sont d’autres lieux où la présence du contact, reçu et donné, apporte différentes formes de satisfaction à autant de besoins souvent inconscients. Ici, nous identifions comme essentielle la chaleur humaine. 

Publicité

Une présence significative ne se développe positivement que dans des espaces organisés et, rarement, dans le chaos de la gouvernance désorganisée de l’État. 

Avant l’obligation de vivre en résidence, plutôt que de résider en un lieu choisi, nous avions plus de divisions spécialisées et consacrées à différentes fonctions domiciliaires: chambre à coucher, salon, cuisine, etc. Maintenant, nous sommes confinés à modifier l’identité de ces lieux, à nous entasser dans une bulle qui manque d’élasticité sociétale. Avant, chacune et chacun avait des rôles connus et compris dans ses interactions de groupe. Une forme de hiérarchie des priorités du temps était établie avec des variances prévisibles et une capacité d’adaptation à certains imprévus. Individuellement et collectivement, nous possédions des routines, des horaires de départ et d’arrivée et, la perception d’avoir la maîtrise du vécu au sein de notre espace résidentiel. La maisonnée avait sa vie, par les comportements manifestés par ses résidants, en lien avec les rôles de ce lieu fermé. 

À ces rôles, en un lieu unique, étaient et sont encore associés des comportements manifestant de la présence à soi et à l’autre. Présence d’attention, présence d’éducation, présence d’affection, présence de création, présence de respect... Ensemble de contacts physiques démontrant l’importance de ces comportements, pour la réalisation des rôles au sein du couple, de même que comme parents, jeunes adultes, adolescents et enfants: la vie dans une microsociété connue.

Chaos résidentiel

Ce chaos est désorganisation des relations interpersonnelles au sein de la résidence. Il est une succession de bruits dans la communication, suite à un bombardement incessant de directives, de contre-directives, ordres, contre-ordres, permissions, non-permissions. 

Publicité

Ces imprévus, provenant d’une autorité externe à la résidence, conduisent vers une augmentation des incertitudes irraisonnées, vers des sentiments de perte de contrôle et de peur. 

L’abri résidentiel est habituellement l’endroit pour se sentir en sécurité, pour refaire ses forces, pour échanger amour et tendresse, pour valoriser et être valorisé, pour accompagner l’autre, pour être bien!

L’organisation chaotique du télétravail obligé peut, à moyen et à long terme, devenir une catastrophe sociétale et sociale.

Sans pouvoir totalement remédier à cette décision du gouvernement, il est possible pour les adultes d’organiser les rôles, les responsabilités de chacune et de chacun au sein de la résidence. Il est recommandé de partir des rôles connus, avant l’ajout obligatoire des rôles tenus habituellement à l’extérieur de la résidence. Proposition permettant de se réapproprier son chez-soi, de se redonner une maîtrise sur la vie au sein de la maisonnée. Se doter d’une organisation de palliatifs à ce désordre obligé. 

Organiser la résidence, c’est hiérarchiser un ordre de priorités d’activités à réaliser et, dans notre contexte, pour créer du bonheur, pour soi et pour les autres occupants de notre bulle.

L’histoire nous enseigne que le développement des moyens de communication, et surtout Internet, a perturbé le phénomène social de la présence interpersonnelle. À cela s’ajoute, un individualisme croissant, accompagné de comportements d’isolation envers les autres, et ce, même au sein de notre principal lieu de vie. 

Avec les restrictions sociales, pour coexister avec la COVID-19, ce qui est nouveau est l’addition de rôles sociaux, appartenant à d’autres réalités socioéconomiques, à d’autres institutions et entreprises organisées. Occupations venant briser des routines pour soi et ajouter de nouvelles pertes du temps à consacrer à des contacts significatifs aux autres. Chacune et chacun est bousculé, insécurisé par la perte des référents habituels. Nous pouvons parler d’empilage de rôles et responsabilités sans préparation, sans formation, peu réglementés dans le temps et l’espace. 

La résidence est polluée par tout ce qui n’a pas d’affaire là. Il se développe une pression psychosociale due à l’obligation d’accepter des changements peu ou pas voulus, conduisant à une perte de confort grandissant avec le temps. Il y a une constante improvisation pour composer avec ce manque de savoir du comment faire pour... bien... Être. C’est énergivore. 

Liberté, quiétude, joie, repos sont certains des ingrédients du bonheur personnel. L’imposition de nouveaux rôles à l’intérieur de la résidence nous amène à manquer d’air!

Il faut prendre en main notre réorganisation domiciliaire.

Réal Privé, M.A. c.o.
Conseiller d’orientation
Bureau d’études psychosociales

Publicité