Son rêve américain tourne au cauchemar

Une Haïtienne de 35 ans dit être victime de menaces dans les rues de Springfield, en Ohio

Photo portrait de Clara Loiseau

Clara Loiseau

2024-11-02T04:00:00Z
2024-11-02T12:13:38Z

SPRINGFIELD | Le rêve américain d’une jeune mère haïtienne s’est transformé en cauchemar après que Donald Trump a dressé une partie de la population des États-Unis contre cette communauté.

«On m’a menacée avec une arme à feu, dans la rue, des gens me font des signes que je vais mourir, je prie avant de sortir avec mes enfants», confie une jeune femme de 35 ans en mimant les signes d’égorgement que lui font certains résidents de Springfield, où elle vit depuis deux ans.

Craignant pour sa sécurité et celle de ses enfants, celle qui vient de Port-au-Prince a demandé à taire son identité.

Publicité

«C’est vraiment difficile», dit-elle en éclatant en sanglots.

Une jeune mère de famille haïtienne qui réside à Springfield, en Ohio, que «Le Journal» a rencontrée chez elle, craint pour sa sécurité et sa vie depuis que Donald Trump a ciblé cette communauté lors d’un débat télévisé le 10 septembre. 1er novembre 2024.
Une jeune mère de famille haïtienne qui réside à Springfield, en Ohio, que «Le Journal» a rencontrée chez elle, craint pour sa sécurité et sa vie depuis que Donald Trump a ciblé cette communauté lors d’un débat télévisé le 10 septembre. 1er novembre 2024. Photo Clara Loiseau

Autour de chez elle, la majorité des maisons arborent des drapeaux et des pancartes en soutien à l’ex-président Donald Trump. Et comme elle, de nombreux membres de la communauté haïtienne de Springfield ont confié au Journal et à d’autres médias américains craindre de sortir de chez eux.

«Quand je dis bonjour à mon voisin, je n’ai jamais de réponse. C’est comme si j’étais transparente. Tout ça parce que je suis noire», explique en français celle qui travaillait pour le gouvernement haïtien avant de quitter son pays il y a six ans en s’installant d’abord au Chili.

Pas les bienvenus

Dans cette petite ville située à l’ouest de Columbus, elle voit bien qu’elle et les gens de sa communauté ne sont pas les bienvenus.

«Les gens sont très racistes ici. Mais nous, on veut juste travailler pour avoir une vie meilleure et pour envoyer de l’argent à notre famille qui est encore à Haïti», martèle celle qui travaille pour une entreprise en ligne.

Photo Clara Loiseau
Photo Clara Loiseau

Publicité

Depuis que le milliardaire a accusé, à tort, la communauté de tuer et manger les animaux domestiques d’Américains de Springfield, la mère de deux enfants est directement visée.

«Quand je vais au marché, des gens me regardent en riant et en disant que je dois manger des chats et des chiens», laisse-t-elle tomber.

La crainte d’être victime de discrimination est telle qu’elle n’ose plus aller à l’hôpital lorsqu’elle ou ses enfants sont malades.

«Je n’ose pas. Je préfère appeler ma mère qui est en République dominicaine pour qu’elle me dise comment me soigner», assure-t-elle.

Et même pour les enfants de la communauté, l’intégration est difficile.

«Mon enfant a été victime de violence d’autres enfants, personne ne veut s’asseoir avec lui ou jouer avec lui. Il a peur, mon fils a très peur», poursuit celle qui est légalement aux États-Unis.

Pas une vie

En attendant les résultats de l’élection présidentielle mardi, celle qui a deux enfants se prépare au pire, mais sans savoir ce qu’elle pourrait bien faire avec son mari et ses enfants.

«Ici, pour les Haïtiens, il n’y a pas de vie, il n’y a que de l’existence. On nous voit comme des animaux qui ne sont que là pour travailler. Comme si nous n’étions que des esclaves», dénonce-t-elle.

«On pense à partir, mais partir où? Il faut que nous puissions avoir un statut légal et travailler ailleurs», réfléchit-elle, ajoutant que le Québec lui plairait bien, mais que le froid lui fait peur.

Vous avez un scoop à nous transmettre?

Vous avez des informations à nous communiquer à propos de cette histoire?

Écrivez-nous à l'adresse ou appelez-nous directement au 1 800-63SCOOP.

Publicité