Starmer à Washington en quête de garanties sur l’Ukraine
AFP
Le premier ministre britannique Keir Starmer tente jeudi un exercice de haute voltige diplomatique face à Donald Trump, à qui il veut demander des garanties de sécurité pour une paix durable en Ukraine, le tout sur fond d’intenses tractations diplomatiques en Europe.
«Je veux une paix durable, et je ne crois pas que cela soit possible s’il n’y a pas un mécanisme de dissuasion efficace face à Poutine. Le Royaume-Uni jouera son rôle avec d’autres mais nous avons besoin d’un filet de sécurité américain», a dit mercredi le dirigeant travailliste à des journalistes, dans l’avion l’amenant à Washington.
«Nous voulons tous la paix. La question est de s’assurer qu’il s’agira d’une paix durable», a-t-il insisté.
Dans le même temps, à Istanbul, des pourparlers ont débuté jeudi matin entre Russes et Américains au sujet du travail de leurs missions diplomatiques, en plein rapprochement entre Moscou et Washington.
Les premiers pourparlers russo-américains depuis le début du conflit en Ukraine en février 2022 étaient intervenus quelques jours après un appel entre le président russe Vladimir Poutine et Donald Trump, qui a brisé la politique d’isolement menée par Washington et les Occidentaux depuis trois ans.
Parallèlement, à Bruxelles, le président du Conseil européen, Antonio Costa, a annoncé que le président ukrainien Volodymyr Zelensky, était invité au sommet spécial de l’UE sur la Défense, le 6 mars, pour discuter des «garanties de sécurité» en faveur de l’Ukraine.
Keir Starmer arrive avec un gage de bonne volonté pour son interlocuteur, qui déplore régulièrement les dépenses militaires jugées trop faibles des Européens: il a indiqué mardi que le Royaume-Uni augmenterait son budget de défense de 2,3% à 2,5% du PIB d’ici 2027.
Mais Donald Trump, qui avait récemment qualifié le dirigeant britannique de «gars très sympa», a fait de Vladimir Poutine son interlocuteur privilégié en vue de mettre fin au conflit en Ukraine, déclenché par l’invasion russe du 24 février 2022.
«L’OTAN, on peut oublier ça», a-t-il déclaré mercredi, écartant une perspective d’entrée dans l’alliance réclamée de longue date par l’Ukraine, et qui serait synonyme de riposte automatique des États-Unis en cas de nouvelle agression russe.
Quant aux garanties militaires à long terme, «nous allons demander à l’Europe de le faire», a lancé Donald Trump, concédant simplement que Washington allait «s’assurer que tout se passe bien».
Il a signalé son soutien à l’envoi de troupes européennes de maintien de la paix une fois les hostilités finies, une proposition faite par Londres et Paris.
Zelensky à Washington
Bien conscients que les États-Unis ne déploieront pas de soldats en Ukraine, de peur de déclencher une escalade potentiellement nucléaire avec la Russie, la France et le Royaume-Uni voudraient que Washington apporte une forme de garantie militaire de dernier recours, et un soutien sous forme de renseignements ou d’appui aérien par exemple.
Lundi, le président français était venu à Washington avec un message assez semblable à celui de Keir Starmer.
Il a averti le président américain que Vladimir Poutine ne s’en tiendrait pas à un accord de paix en Ukraine sans un solide système de supervision et de sécurité, soutenu d’une manière ou d’une autre par les États-Unis.
Reparti sans promesse ferme, Emmanuel Macron s’était ensuite entretenu avec Keir Starmer. Ce dernier va de son côté recevoir plusieurs chefs d’État de pays «alliés» ce week-end, dont Volodymyr Zelensky, pour des discussions sur l’Ukraine.
Jeudi, le ministre français des Armées, Sébastien Lecornu, a annoncé que la France allait proposer aux États européens de constituer des «stocks d’armes» sur leur territoire qui pourront être cédés à l’Ukaine si nécessaire pour dissuader Moscou contre une reprise du conflit.
Donald Trump juge de son côté que les États-Unis en ont déjà fait bien assez pour l’Ukraine, et il a critiqué avec virulence le président ukrainien, en le qualifiant de «dictateur».
Cela n’empêchera pas le milliardaire américain, qui a engagé un spectaculaire rapprochement avec le Kremlin, de recevoir Volodymyr Zelensky vendredi.
Les deux dirigeants doivent signer un accord d’accès aux minerais ukrainiens, présentés par Donald Trump comme une compensation des dépenses engagées par les États-Unis pour soutenir Kyïv.