Sur les traces de papa
En ski acrobatique, Miha Fontaine vise un top 6 en Chine


Richard Boutin
ZHANGJIAKOU | Miha Fontaine poursuivra la riche tradition familiale, jeudi matin, alors qu’il vivra son baptême des Jeux olympiques dans l’épreuve mixte de ski acrobatique qui a été ajoutée à l’horaire cette année.
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Le sauteur de 18 ans de Magog marchera ainsi dans les traces de son paternel, Nicolas, qui a participé aux Jeux à quatre reprises et été médaillé d’argent en 1992 à Albertville quand les sauts faisaient leur entrée en démonstration. Il a aussi pris part aux Olympiques de 1994 (Lillehammer), de 1998 (Nagano) et de 2002 (Salt Lake City) avant de prendre sa retraite en 2003.
« Je suis super content et je ne banalise pas ma présence aux Jeux, mais les Olympiques font partie de ma vie depuis longtemps, raconte-t-il. Je regarde mon développement et je savais que ça allait se produire à un moment donné. Ce n’est pas une surprise. »
Nicolas est toutefois surpris que fiston ait pu se qualifier à l’épreuve individuelle dès cette année. « L’objectif était que Miha se qualifie dans l’épreuve mixte, mais il a obtenu sa sélection dans l’épreuve individuelle haut la main en réussissant un pointage parfait lors de la Coupe du monde de Deer Valley qui lui a valu le 6e rang en super finale. Il a suivi chaque étape et il a toujours eu une longueur d’avance. »
À l’âge de 4 ans
Miha a commencé le ski acrobatique à l’âge de 4 ans quand il a participé à ses premières compétitions en bosses. Il a jumelé bosses et sauts jusqu’en 2019. « Je n’ai jamais pensé que je pourrais continuer de faire les deux et mon évolution a été rapide dans le domaine des sauts, explique-t-il. En 2018, j’ai gagné le titre provincial dans les deux disciplines, mais j’ai commencé à voyager plus pour le saut l’année suivante et j’ai laissé de côté les bosses. Le choix s’est fait tout seul quand j’ai participé au mondial par équipe en 2019. »
Des sauteurs différents
Si Miha assure que le choix d’opter pour les bosses a été naturel, Nicolas croyait que son fils allait opter pour les bosses. « L’apprentissage des bosses est plus graduel et Miha était plus craintif quand il était jeune au moment de tenter de nouveaux sauts. Il n’a pas changé. Il est prudent, il analyse la situation et il augmente le degré de difficulté. Il regarde des centaines de vidéos, épie tous les détails et s’inspire des meilleurs. »
« Contrairement à l’image de cascadeurs qui colle à la peau des sauteurs, Miha a prouvé que tu n’as pas besoin d’être téméraire et qu’il n’y a pas un seul chemin pour connaître du succès, de poursuivre le champion du monde de 1997. Moi, je ne pensais qu’à aller le plus vite possible et atterrir mon saut. Miha analyse plus, calcule tout et il est plus en finesse que moi. »
Une vrille de plus
Dans sa préparation finale menant aux Jeux, Fontaine a ajouté une quatrième vrille à son triple périlleux pour ainsi augmenter le degré de difficulté et ses chances de rivaliser avec les meilleurs.
« Depuis ma performance à Deer Valley, je crois à mes chances de me retrouver parmi les finalistes [top 12], a souligné Miha. Je ne vais pas en Chine uniquement dans l’optique d’acquérir de l’expérience et de bien performer en équipe comme je l’envisageais au début. Une qualification en super finale [top 6] serait un bonus. »
Nicolas Fontaine a opté pour la relève

Miha Fontaine fera ses débuts sur la scène olympique sans la présence de son entraîneur de père.
Nicolas aurait bien aimé accompagner son fils en Chine, mais c’était convenu dès le départ qu’il ne ferait pas le voyage. « Ça fait un pincement au cœur, reconnaît le paternel. Je le sais depuis longtemps que je n’y vais pas, mais j’aimerais vraiment être là en 2026 en Italie. »
« J’ai tellement poussé le développement de notre sport et il aurait été tellement facile de suivre la gang en Chine, mais la relève a besoin d’encadrement et je serai à la Nord-Am à Park City au même moment, de poursuivre Fontaine. Ce n’est pas un travail glamour de développer la relève et tous veulent aller en Coupe du monde, mais c’est un travail super important. Dans un sport où l’argent ne coule pas à flots, j’ai usé de mon leadership et de ma notoriété pour faire avancer les choses. »
Miha aurait aimé compter sur la présence de son père, mais il ne se retrouvera pas en terrain inconnu. « J’aurais aimé compter sur sa présence rassurante et ça va faire bizarre de ne pas compter sur un membre de ma famille, souligne le sauteur de 18 ans, mais mes amis de l’équipe canadienne seront là et je connais Jeff Bean [l’entraîneur-chef] depuis des années. Il ne remplace pas mon père, mais ça va être le cas dans le futur. On doit commencer quelque part. »
Athlètes autonomes
Le bon côté de l’histoire est que Nicolas pourra passer du temps avec sa fille Charlie qui prendra part à la Nord-Am au Utah. « Au cours des dernières années, j’ai passé beaucoup de temps avec Miha et je me sens un peu mal, confie Nicolas. »
Nicolas n’est pas inquiet que son absence ait des effets néfastes sur Miha. « Comme entraîneur, j’ai toujours voulu que mes athlètes soient autonomes. Certains entraîneurs veulent se montrer indispensables sinon ça ne fonctionne pas, mais ce n’est pas mon cas. Je l’ai plus guidé à l’époque en lui conseillant de faire le plus de rampes d’eau possible. Je suis très fier du parcours qu’on a fait. Miha a toujours été facile à coacher. »
Quelles sont les prévisions de Nicolas ? « Je serais très heureux s’il se taillait une place en finale. Je serais très surpris s’il se rend en super-finale ou s’il remporte une médaille. »
Un retour attendu pour Lewis Irving
Blessé à un genou avant la première Coupe du monde de la saison, Lewis Irving effectuera son retour à la compétition, jeudi matin, à l’occasion de la première épreuve mixte en sauts dans l’histoire des Jeux.
Pas trop rouillé et nerveux d’effectuer son grand retour sur la grande scène possible ? « Ça fait 12 ans que je compétitionne au plus haut niveau et je sais à quoi m’attendre, a mentionné Irving. La journée d’une épreuve, j’ai une montée d’adrénaline. Je suis à une bonne place et ça va bien aller. Il y a moins de pression qu’en 2018 à Pyeongchang. J’ai finalement l’opportunité de faire ce que j’aime et je n’ai qu’à m’amuser », commente l’athlète de Québec.
Irving a repris le collier le 10 janvier alors que ses coéquipiers disputaient la dernière Coupe du monde de la saison à Deer Valley. « Ça s’est super bien passé lors du camp d’entraînement à Québec et ça se passe très bien aussi ici depuis notre arrivée, a-t-il souligné. Nous avons une bonne équipe médicale qui prend soin de moi et je n’ai aucun problème. Je n’ai aucune crainte. »
Nouveau triple
Irving envisage toujours d’exécuter son nouveau triple périlleux en finale masculine. Il a effectué ce triple avec cinq vrilles pour la première fois il y a moins d’un mois. Il avait développé cette nouvelle arme lors du camp estival à Park City. « Je me sens prêt pour le faire ici alors qu’il me reste encore quelques journées d’entraînement, a-t-il expliqué. J’ai progressé et j’en ai fait trois. Nous sommes plusieurs à effectuer le cinq vrilles, le niveau est très élevé et ça va dépendre qui va atterrir son gros saut. Le podium est très accessible. Nous sommes une vingtaine de sauteurs qui peuvent aspirer à la victoire lors d’une bonne journée. »
Compétition mixte
Irving, âgé de 26 ans, croit que le Canada peut aspirer au podium lors de la compétition mixte. Miha Fontaine et Marion Thénault compléteront la formation canadienne. « Notre but est de monter sur le podium, a-t-il déclaré. On saute tous les trois très bien en ce moment. On vise la perfection dans nos sauts parce qu’il y a souvent des chutes et on n’utilisera pas nos plus grosses manœuvres. »
Le format est différent des épreuves individuelles. Chacun des sauteurs effectue un saut lors des qualifications. Les quatre premières équipes sur sept accèdent à la finale où chaque sauteur effectuera de nouveau un seul saut.