Sylvie-Catherine Beaudoin: de ballerine à actrice, retour sur 40 ans de carrière exceptionnelle

Alicia Bélanger-Bolduc

2026-01-08T11:00:00Z

Forte de plus de 40 ans de métier, l’actrice Sylvie-Catherine Beaudoin a traversé les époques et les rôles. Elle interprète une juge dans la série Indéfendable et enseigne le théâtre à l’université. Guidée par la passion et animée par son feu intérieur, elle a suivi un parcours peu conventionnel qui l’a menée des Grands Ballets Canadiens aux scènes de théâtre et aux plateaux de tournage. La comédienne, qui pose un regard juste sur l’univers artistique qui l’a vue grandir, ne manque assurément pas d’anecdotes à raconter.

• À lire aussi: «Indéfendable»: Un cas librement inspiré de l’affaire Gisèle Pelicot au retour des fêtes

• À lire aussi: «Indéfendable»: Sébastien Delorme surprend ses collègues en dévoilant sa cause préférée

Vous jouez une juge depuis le début d’Indéfendable. Qui est-elle exactement?

C’est difficile d’en parler, puisqu’elle n’existe qu’à travers les jugements. Ce que j’aime dans ce rôle, c’est que j’apprends énormément sur la jurisprudence et la forme juridique. Les textes sont assez techniques; c’est donc un beau défi de me les mettre en bouche et de les rendre plus humains et sentis. Je me dois de les humaniser. Mon personnage est réputé pour être rigoureux, parfois rigide, mais elle a beaucoup d’empathie. J’aimerais être plus souvent sur le plateau, car c’est intéressant et j’y apprends beaucoup. Sinon, je m’ennuierais!

Publicité

Choisissez-vous désormais vos rôles selon ce qu’ils peuvent vous apporter?

On apprend toujours quelque chose de nos personnages. Au départ, ils n’existent que dans la tête de l’auteur, et je dois me les approprier avec mes couleurs, ma pensée et une philosophie propre au personnage. Il voit forcément la vie autrement. La juge Huguette Bertrand n’a pas vraiment de vie personnelle: on ne sait pas d’où elle vient, ce qu’elle vit, si elle a un conjoint. On reste dans sa fonction de juge. J’aimerais relever des défis à l’intérieur même de ce rôle. Elle pourrait vivre des conflits personnels ou de loyauté, devenir un personnage plus trouble, nuancé. Je pense qu’elle pourrait avoir cette place.

Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

Avez-vous constaté une évolution dans l’émission depuis ses débuts?

Au départ, l’auteur et criminaliste Richard Dubé était souvent sur le plateau et nous offrait beaucoup d’encadrement. Il nous donnait des conseils juridiques et sur la façon d’aborder les scènes, et j’aimais beaucoup ça. Malheureusement, Richard est décédé subitement en janvier 2024 et il y a eu de grands changements après son départ. Toute l’équipe a été affectée, ce n’était vraiment pas son temps, surtout à la tête d’un tel projet. Depuis, sa conjointe, Izabel Chevrier, a pris les rênes. On a accueilli de nouveaux personnages, et d’autres ont pris plus de place, comme Nathalie Madore. J’en étais très heureuse: elle le méritait.

Publicité

Avez-vous d’autres projets télé en ce moment?

En ce moment, je ne joue pas, je suis vieille... Dans ce métier, passé un certain âge, on sait ce qui se passe: il y a moins de rôles. On ne mise plus sur des personnages comme moi. C’est dommage, parce qu’on a du vécu qui serait très intéressant à exploiter, mais on est dans le culte de la jeunesse. Pourtant, je suis bien meilleure actrice maintenant que lorsque je travaillais beaucoup. Aujourd’hui, j’enseigne à l’université, et ça me comble aussi.

Parlez-moi de votre rôle auprès des jeunes.

J’enseigne à l’Université du Québec à Trois-Rivières, surtout à des futurs professeurs de théâtre et dans le cadre du certificat en études théâtrales. Je ne forme pas des acteurs, mais on apprend le cheminement de la pratique, et j’adore ça. En ce moment, je donne un cours qui s’appelle Le corps dans l’espace théâtral, un cours de jeu à travers le corps, ce qui rejoint beaucoup mon expertise. J’enseigne depuis 15 ans; je peux donc me diversifier chaque année. J’ai fait de la mise en scène, du travail sur le jeu, des projets multidisciplinaires, et je fais aussi du coaching auprès de jeunes acteurs. J’aime jouer, mais l’enseignement me comble beaucoup aussi.

Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

Publicité

Comment décririez-vous votre carrière après 40 ans de métier?

J’ai commencé comme ballerine aux Grands Ballets Canadiens jusqu’à ce que je me blesse et que je bifurque vers le théâtre. J’ai fait une maîtrise en théâtre et débuté sur scène avec plusieurs petits rôles, puis j’ai obtenu mon premier rôle important au cinéma dans un film de Micheline Lanctôt. Quand j’ai commencé à la télévision, ma carrière s’est envolée. Dès Le retour, j’ai beaucoup travaillé. C’était un rôle exigeant, avec une palette de jeu très large. Je suis née comme actrice avec ce rôle. Ensuite, j’ai joué dans Les poupées russes, un personnage très demandant souffrant de maniaco-dépression. Après, j’ai vécu un creux, j’ai même écrit pour ce magazine pendant un an! Puis je suis revenue avec différents rôles.

Parlez-moi de votre première carrière, celle de ballerine.

C’est un parcours très atypique. Depuis toujours, je voulais danser, mais mes parents refusaient. En 11e année, j’ai quitté l’école et commencé à travailler pour payer mes cours. Je suis allée aux Grands Ballets et j’étais douée. Dès ma troisième année d’entraînement, j’ai obtenu une bourse complète. J’avais une belle relation avec la fondatrice, Mme Ludmilla Chiriaeff, qui trouvait que j’avais du talent, notamment pour l’enseignement. Ma carrière a duré quatre ans. J’ai débuté sur scène à 22 ans et, à 26 ans, une blessure a tout arrêté. J’ai toujours été atypique, mais j’ai travaillé très fort. Mes parents ne sont jamais venus me voir danser... Ils ont commencé à m’encenser quand j’ai obtenu de gros rôles à la télé. La vie aurait été plus facile avec leur appui, mais j’ai réussi malgré tout.

Publicité

Pourquoi avoir choisi le théâtre après votre blessure?

Quand j’ai dû arrêter, le bac en danse ouvrait à l’UQAM. Je me suis dit que c’était une belle opportunité, mais avec mon expérience, presque tous mes cours étaient crédités. J’ai donc suivi des cours de théâtre en même temps. Ça m’a toujours attirée. J’étais curieuse, et l’aspect psychologique du personnage m’intéressait beaucoup. J’ai donc terminé mon bac en danse avec des cours de théâtre, puis j’ai fait une maîtrise en théâtre.

Votre parcours en danse vous a-t-il aidée dans votre carrière d’actrice?

Avec du recul, oui, mais au départ, ça m’a nui. Le point d’énergie est trop haut en ballet: tout se passe dans le haut du corps. Le jeu, c’est l’ancrage, le bas du corps, le bassin. J’étais trop aérienne, trop flottante. Avec le temps, j’ai compris. La danse et le jeu peuvent être complémentaires. Ça m’apporte une belle réflexion sur mon métier, que je transmets maintenant à mes élèves .

Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

Publicité

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes acteurs?

C’est très personnel. On doit y aller selon ce que chacun peut offrir. Mais une chose est vraie pour tous: il faut se préparer au maximum. On doit être prêt au point où on n’a plus à y penser. Si ça reste seulement dans la mémoire et que ce n’est pas descendu dans le corps, ce sera moins naturel. Il faut être tellement prêt qu’on peut s’abandonner complètement. C’est là que la vérité surgit. Ça prend des années, surtout aujourd’hui où les plateaux roulent à un rythme effréné.

À quoi ressemble votre quotidien, maintenant?

Depuis un an, j’habite dans le bois. Je suis déménagée dans le nord après avoir longtemps vécu sur la Rive-Sud. La forêt a vraiment une vibration différente. J’ai eu besoin d’un temps d’adaptation à cette paix et cette sérénité. C’est une autre façon de vivre et d’appréhender la vie. Et sinon, je ne parle pas beaucoup de ma famille, mais elle est très présente. Je suis avec mon conjoint depuis 26 ans; je l’ai rencontré à TVA. J’ai aussi une fille et une petite-fille.

À voir aussi:

Publicité