Tarifs douaniers: les industries américaines aussi plongées dans l'incertitude
AFP
Les industries américaines sont en train d'affronter «le premier choc opérationnel» résultant de la mise en place de nouvelles taxes sur les importations, selon un indice publié lundi montrant des inquiétudes grandissantes vis-à-vis des prix et de la demande.
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Le président américain Donald Trump menace d'imposer dès mardi des tarifs douaniers de 25% sur les produits importés du Canada et du Mexique. Il doit aussi relever le même jour les droits de douane sur les importations chinoises, qu'il a déjà augmentés de 10% début février.
D'autres nouvelles taxes sur les importations américaines sont dans les tuyaux, notamment sur l'acier et l'aluminium.
Face à cette vague de nouvelles barrières douanières, l'économie américaine commence à tousser.
L'activité manufacturière a continué à progresser en février aux États-Unis (50,3%), mais à un rythme moins élevé que le mois précédent (50,9%), selon un indice de la fédération professionnelle ISM, publié lundi.
Les analystes s'attendaient à un moindre ralentissement, d'après le consensus publié par MarketWatch.
Un indice ISM au-dessus de 50% signifie que le secteur est en expansion, ce qui n'était pas arrivé depuis plus de deux ans.
L'horizon s'est pourtant obscurci, les industriels rapportant un surcroît de difficultés et d'inquiétudes.
«La demande a diminué, la production s'est stabilisée et la réduction des effectifs s'est poursuivie alors que les entreprises sondées subissent le premier choc opérationnel de la politique en matière de droits de douane» du nouveau gouvernement Trump, relève le responsable de l'enquête ISM, Timothy Fiore, cité dans le communiqué.
«Les hausses de prix se sont accélérées en raison des droits de douane, ce qui a entraîné des retards dans la passation de nouvelles commandes, des arrêts de livraison de la part des fournisseurs et des répercussions sur les inventaires», poursuit-il.
Volumes en berne
Industriels de la chimie, des transports, des machines-outils, des appareils électriques ou encore de l'agroalimentaire... Tous commencent à mentionner de plus en plus ouvertement, dans le rapport d'ISM, l'impact des droits de douane sur leur activité.
«Les consommateurs suspendent leurs projets d'achats en raison de l'incertitude liée aux droits de douane», a ainsi rapporté une entreprise du secteur des transports, qui inclut l'industrie automobile.
«Nous constatons que les prix ont un impact sur les volumes, avec des consommateurs qui achètent moins et cherchent des options alternatives», a relevé une autre entreprise, issue du secteur regroupant agroalimentaire et tabac.
Le sous-indice des prix a bondi de 7,5 points, «le rythme de progression le plus rapide depuis mi-2022», remarque dans une note Matthew Martin, économiste chez Oxford Economics, estimant que cela donne une idée «de l'impact potentiel des droits de douane sur les prix des biens, alors même que l'essentiel des politiques du président Trump n'a pas encore été mis en œuvre».
«Si les droits de douane promis sont effectivement mis en place, l'activité de l'industrie américaine chutera d'un coup, et on n'aura pas besoin d'attendre jusqu'à la prochaine publication de l'indice ISM pour s'en rendre compte», écrivent les économistes de HFE dans une note.
«S'ils sont repoussés ou annulés, l'activité pourrait toujours ralentir, mais pas aussi fort», anticipent-ils.
Les marchés boursiers américains, après une ouverture dans le vert, se sont retournés après la publication.
Ils ont déjà dû digérer ces dernières semaines plusieurs indices interprétés comme de mauvais augures.
Le baromètre de l'inflation PCE, publié le 28 février, avait donné un peu d'air en montrant que les hausses de prix se sont poursuivies en janvier, mais à un rythme un peu moins élevé. Les observateurs ont toutefois surtout retenu que les dépenses des ménages ont reculé de 0,2% sur un mois, alors que leurs revenus avaient progressé de 0,9%.
«Devant les indicateurs récents», les économistes de HFE disent s'attendre à un impact négatif sur le PIB des États-Unis dès le premier trimestre.