TikTok officiellement interdite aux États-Unis dès le 20 septembre

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2020-09-18T12:04:09Z
2020-09-19T02:41:56Z

WASHINGTON | Les États-Unis ont annoncé, vendredi, l’interdiction, à partir de dimanche, du téléchargement des applications TikTok et WeChat, nouvelle escalade dans le bras de fer avec la Chine sur le sort de ces deux applications. 

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Washington laisse cependant une porte ouverte à TikTok, application très populaire auprès des jeunes et permet de produire de courtes vidéos, avant de lui interdire complètement d’opérer sur son sol.     

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«Le président laisse jusqu’au 12 novembre pour résoudre les problèmes de sécurité nationale posés par TikTok. Les interdictions pourraient être levées le cas échéant», a en effet indiqué le département du Commerce dans un communiqué.

Cette annonce est faite alors que les négociations avec la maison mère chinoise ByteDance pour qu’elle cède ses activités sur le sol américain à un groupe américain piétinent.

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«Le Parti communiste chinois a démontré qu’il avait les moyens et l’intention d’utiliser ces applications pour menacer la sécurité nationale, la politique étrangère et l’économie des États-Unis», justifie le ministère américain dans son communiqué.    

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«En ce qui concerne TikTok, le seul véritable changement à compter de dimanche soir sera qu’on n’aura pas accès aux améliorations de l’application, aux mises à jour ou à la maintenance», a détaillé le ministre du Commerce, Wilbur Ross, sur la chaîne Fox Business.

Très vite, les usagers vont donc devoir composer avec une appli au service dégradé, ce qui pourrait la rendre beaucoup moins attractive.

Pour l’heure, cette application de vidéos courtes est extrêmement populaire chez les adolescents, avec environ 100 millions d’utilisateurs aux États-Unis et jusqu’à un milliard dans le monde.

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Domination technologique

Wilbur Ross a assuré que «le TikTok de base restera intact jusqu’au 12 novembre».

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«S’il n’y a pas d’accord avant le 12 novembre (...), TikTok sera (...) fermé», a-t-il toutefois menacé.

Les États-Unis mettent ainsi à exécution la menace brandie par le président Donald Trump contre ces deux applications chinoises, dans un contexte de grandes tensions entre les deux géants économiques.

Début août, l’hôte de la Maison-Blanche avait déjà imposé un ultimatum à TikTok, qu’il accuse d’espionnage industriel pour le compte de Pékin, sans toutefois avoir rendu publiques des preuves tangibles.

Il a donné à sa maison mère ByteDance jusqu’au 20 septembre, soit dimanche, pour céder ses activités TikTok sur le sol américain à une entreprise «made in US».

Mais à deux jours de l’échéance, les négociations n’ont toujours pas abouti.

Un premier projet impliquant Microsoft et le géant de la distribution Walmart avait été retoqué par la Chine le week-end dernier.

Puis lundi, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, avait officialisé le nom d’un nouveau potentiel partenaire: Oracle, basé en Californie.

Certains médias évoquent une prise de participation minoritaire (jusqu’à 20%, selon CNBC) par Oracle, spécialisé dans les logiciels et services à destination des entreprises. La maison mère chinoise, ByteDance, conserverait une participation majoritaire.

Le géant des supermarchés Walmart a, en outre, fait savoir qu’il pourrait faire partie du nouveau projet.

Un comité de sécurité nationale du gouvernement américain a été chargé d’examiner l’offre d’Oracle, tandis que les législateurs républicains ont mis en garde contre le feu vert à un accord qui laisserait l’entreprise sous contrôle chinois.

Derrière TikTok, c’est la bataille pour la domination technologique qui se joue entre les États-Unis et la Chine.

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Certains experts pointent du doigt la difficulté de trouver un accord qui puisse satisfaire simultanément les intérêts de deux premières puissances mondiales.

Trouver un accord apaisant les préoccupations des deux pays sur la sécurité, les algorithmes et autres technologies clés utilisés par TikTok paraît irréconciliable.

«Bien que les menaces posées par WeChat et TikTok ne soient pas identiques, elles sont similaires. Chacune collecte d’importantes quantités de données auprès des utilisateurs», a souligné vendredi le département du Commerce.

La plateforme WeChat, qui appartient au géant chinois Tencent, est omniprésente dans la vie des Chinois (messagerie, paiements à distance, réservations...).

 

TikTok dénonce la décision américaine      

L’application chinoise TikTok a dénoncé, vendredi, la décision américaine d’interdire à partir de dimanche son téléchargement aux États-Unis, et assure avoir présenté toutes les garanties pour respecter la sécurité des usagers américains.

«Nous ne sommes pas d’accord avec la décision du département du Commerce et sommes déçus qu’il bloque les téléchargements de nouvelles applications à partir de dimanche et interdise l’utilisation de l’application TikTok aux États-Unis à partir du 12 novembre», a indiqué une porte-parole à l’AFP.

«Dans notre proposition à l’administration américaine, nous nous sommes déjà engagés à des niveaux sans précédent de transparence et de responsabilité supplémentaires, bien au-delà de ce que les autres applications sont prêtes à faire», a-t-elle également indiqué, citant la possibilité d’audits effectués par des tiers, «la vérification de la sécurité du code et la surveillance par le gouvernement américain de la sécurité des données aux États-Unis».

 

Trump estime qu’un accord sur TikTok pourrait intervenir «rapidement»   

Un accord sur TikTok pourrait intervenir «rapidement», a estimé vendredi Donald Trump, alors que son administration a annoncé une interdiction, à partir de dimanche, de nouveaux téléchargements de l’application chinoise très populaire aux États-Unis.

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Le président républicain a, en revanche, semé le doute sur l’accord avec la maison mère chinoise, ByteDance, qui est en cours de négociation, laissant entendre qu’outre Oracle, Microsoft pourrait rester «impliqué» dans un potentiel partenariat. «Nous verrons s’ils continuent ou non à être impliqués», «c’est une entreprise formidable», a-t-il commenté, alors que l’offre de Microsoft a été retoquée le week-end dernier par la Chine. 

La Chine dénonce « l’intimidation » des États-Unis 

La Chine a accusé samedi les États-Unis de pratiquer « l’intimidation » en interdisant de télécharger à partir de dimanche les applications TikTok et WeChat, et a menacé de prendre des représailles.

« Si les États-Unis persistent dans leurs actions unilatérales, la Chine prendra les mesures nécessaires pour protéger de façon résolue les droits et les intérêts légitimes des entreprises chinoises », a fait savoir le ministère chinois du Commerce dans un communiqué.

« La Chine appelle les États-Unis à mettre fin à leurs actes répréhensibles et à leurs intimidations et à respecter scrupuleusement les règles internationales justes et transparentes », a ajouté le communiqué.

Washington a fait un pas de plus vendredi vers l’interdiction des deux applications, détenues par les géants chinois ByteDance et Tencent, justifiant ses décisions par des risques pour la sécurité nationale.

Selon le décret signé par la Maison Blanche, WeChat ne sera plus accessible aux États-Unis dès ce dimanche. TikTok sera dans l’incapacité de mettre à jour son application, mais le service restera accessible pour les utilisateurs américains jusqu’au 12 novembre.

Ce délai doit permettre de finaliser la vente des activités américaines de TikTok par ByteDance à une compagnie américaine, seule solution retenue par Washington pour ne pas interdire purement et simplement l’application de mini-vidéos.

Selon l’administration américaine, ces nouvelles mesures sont essentielles pour protéger la sécurité nationale, faisant monter d’un cran l’opposition avec Pékin au sujet des technologies numériques et alors que Donald Trump fait de sa pugnacité envers la Chine un argument de campagne à moins de 50 jours des élections présidentielles américaines.

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