Toronto est-elle plus attrayante que Montréal pour l’usine de Moderna?

Le ministre fédéral de l’Innovation, François-Philippe Champagne (à gauche), et le chef de la direction de Moderna, Stéphane Bancel, lors de l’annonce de l’installation d’une usine de Moderna et d’un centre de recherche au Canada, à Montréal, en août
Le ministre fédéral de l’Innovation, François-Philippe Champagne (à gauche), et le chef de la direction de Moderna, Stéphane Bancel, lors de l’annonce de l’installation d’une usine de Moderna et d’un centre de recherche au Canada, à Montréal, en août Capture d’écran tirée du web

Anne Caroline Desplanques | Journal de Montréal

2021-11-08T21:53:52Z

Un des cofondateurs de Moderna soutient que Toronto a tout ce qu’il faut pour accueillir l’usine ultramoderne que se disputent l’Ontario et le Québec.

Si vous aviez à choisir un endroit au Canada pour développer une entreprise de biotechnologie comme Moderna, où iriez-vous? «Si j’avais à choisir un hub de biotech, ce serait Toronto», répond le cofondateur de Moderna, Derrick Rossi, en entrevue au Journal.

En août dernier, à Montréal, Moderna a annoncé qu’elle installerait une usine et un centre de recherche au Canada, sans préciser où exactement. Une compétition féroce entre les provinces s’est alors engagée pour séduire le fabricant du second vaccin mis en marché contre la COVID-19.

Trois mois plus tard, «Moderna est toujours en train de travailler à identifier un site potentiel», indique sa porte-parole au Canada, Julie Groleau.

Du côté d’Ottawa, depuis l’annonce à Montréal, le ministre de l’Innovation, François-Philippe Champagne, se fait discret. Il suit de près le dossier en s’entretenant régulièrement avec le PDG de Moderna, le Français Stéphane Bancel.

Le cabinet du ministre québécois de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a indiqué qu’il était « toujours en discussions avec l’entreprise », alors que celui de son homologue ontarien n’a pas répondu au Journal.

Écosystème

Le Dr Rossi, originaire de Toronto, souligne que très peu d’endroits réunissent tous les ingrédients nécessaires à un écosystème gagnant pour une entreprise de biotechnologie.

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«Aux États-Unis, ça se passe autour d’institutions universitaires de pointe, dans deux villes qui disposent de capital de risque, d’un bassin de jeunes gens qualifiés et de quartiers agréables où vivre», énumère-t-il.

Pour lui, la grande région de Toronto offre tous ces ingrédients, en plus de grandes entreprises du secteur des sciences de la vie capables de stimuler les nouvelles. 

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On y trouve aussi des fournisseurs essentiels : Moderna a annoncé, en septembre, qu’une entreprise de Mississauga près de la Ville Reine, Resilience, lui fournirait un ingrédient clef pour ses vaccins, l’ARN messager.

Mais Mme Groleau assure que l’emplacement de ce fournisseur « n’est pas lié à l’endroit où Moderna construira ses installations au Canada ». Elle précise que les produits que fournira Resilience « seront distribués à l’extérieur du Canada ».

Moins cher ici

Stéphanie Doyle, de Montréal International, soutient que, loin de faire pâle figure face à Toronto, le grand Montréal attire de nombreux géants des sciences de la vie, dont Merk et Sanofi. La région se démarque de Toronto en offrant notamment les coûts d’exploitation parmi les plus bas en Amérique du Nord.

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«Le Québec est un terreau fertile pour les sociétés comme Moderna autant au niveau recherche et talents qu’au niveau support du gouvernement», ajoute le porte-parole du ministre Fitzgibbon, Mathieu St-Amand, sans préciser quel soutien le gouvernement Legault a offert à l’entreprise pour la convaincre.

Les sciences de la vie et des technologies de la santé  

  • 56 000 emplois au Québec  
  • 80 % de l’écosystème est basé dans le grand Montréal  
  • + 2,7 milliards $ US en financement par capital de risque, à Montréal, entre 2018 et 2020  
  • + 1 G$ en financement pour la recherche universitaire   

Taux d’imposition pour les entreprises :  

  • 26,50 % Québec (Montréal)  
  • 26,50 % Ontario  
  • 27,32 % Massachusetts   

Source : Montréal International

Comment faire naître ce type d’entreprise ici?  

Le Torontois Derrick Rossi, cofondateur de Moderna, est considéré comme un des gourous de la biotechnologie aux États-Unis. À 55 ans, ce fils d’immigrants maltais a lui-même fondé cinq entreprises. 

Pour soutenir la création au Canada d’un hub similaire à celui qui a vu naître Moderna, il conseille maintenant l’Université de Toronto et est proche de l’Institut Brookfield pour l’innovation et l’entrepreneuriat, basé aussi à Toronto, à l’Université Ryerson. Il s’est récemment exprimé à Ottawa, lors d’un sommet organisé par la Coalition pour un avenir meilleur.

Pourquoi le Canada n’a-t-il pas encore accouché d’une entreprise comme Moderna?

Le Canada a d’excellentes institutions académiques, c’est important. Mais c’est une économie bien plus petite et bien plus conservatrice que celle des États-Unis. C’est une question d’attitude. Le Canada est frileux à prendre des risques. C’est culturel.

Quand les biotechs lancent une idée, c’est une aventure de dix ans qui commence et on n’en connaît pas l’issue [...] Donc, ça implique de faire un pari risqué et très cher.

Par où commencer?

Ça commence avec beaucoup d’argent. Il faut des investissements massifs qui soient apolitiques pour assurer que l’investissement soit stable, peu importe qui sera au pouvoir.

Et puis, il ne faut pas disperser l’argent équitablement sur le territoire. C’est une façon de faire très canadienne, mais ce n’est pas la plus sage. Il faut investir là où il y a un écosystème capable de faire émerger et grandir les entreprises.

*Les propos du Dr Rossi ont été édités pour davantage de concision. 

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