Tous les moyens sont bons pour isoler la Russie

Sophie Durocher
Quand la SAQ a annoncé son retrait des produits russes, plusieurs ont trouvé ce geste « dérisoire ».
Je me demande ce que ces personnes vont penser du fait que les grands studios hollywoodiens retirent leurs films du marché russe.
C’est sûr que ce n’est pas parce que The Batman ne sera pas présenté à Moscou que Poutine va arrêter la guerre. Mais tous les moyens sont bons, des plus symboliques au plus forts, pour isoler la Russie et appuyer l’Ukraine.
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LES POUPÉES RUSSES
Je vois passer les nouvelles : « Les forces russes ont brûlé un musée à Ivankiv, une ville au nord-ouest de la capitale Kyïv, qui abritait des dizaines d’œuvres de l’artiste naïve Maria Primatchenko» ou « Frappe russe contre la tour de télévision à Kyiv ». Puis je vois passer les ripostes : « Green Day annule un spectacle prévu en Russie ». « Disney est le premier grand studio hollywoodien à suspendre le lancement de ses films en Russie, en mettant sur pause la sortie de Turning Red de Pixar ».
« Warner Bros. a retiré The Batman du marché russe à la dernière minute. » « Sony met sur pause le lancement de Morbius de Jared Leto ».
Vous me direz que ce ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan. Mais selon The Hollywood Reporter, « la Russie est un des plus importants marchés au monde pour le box-office : Spider-Man: No Way Home y a engrangé 44,5 millions de dollars depuis sa sortie en décembre ».
Maintenant, la question se pose pour les artistes, qui n’ont pas les reins aussi solides que les multinationales.
Si vous avez un spectacle, une exposition, prévue en Russie, vous faites quoi ? Vous allez vous sentir à l’aise de vous pointer devant des Russes pendant que les bombes tombent sur Kyïv ? De nombreux artistes visuels ont exigé que leurs expos dans des musées ou galeries russes soient suspendues « car on ne peut se fermer les yeux devant les événements tragiques actuels ». Même Gérard Depardieu, qui a pourtant la nationalité russe et qui est copain-copain avec Poutine, a appelé à « arrêter les armes et négocier ». Si Gégé prend ses distances avec tonton Vladimir, c’est que l’heure est grave.
Mais tous les artistes ne sont pas en faveur des « sanctions culturelles ». Depuis des siècles, en temps de guerre, quand les leaders politiques se tapent dessus, les artistes continuent à collaborer. Si on met fin à ces échanges culturels, est-ce qu’on suspend un dialogue essentiel ?
Il y a une deuxième raison pour être contre le « boycott culturel » : ceux qui sont punis, ce sont les citoyens ordinaires, ceux qui fréquentent les cinémas, les musées, les galeries. Sanctionnons le régime, ne sanctionnons pas les citoyens.
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QUOI FAIRE ?
Il y a peut-être une troisième raison pour ne pas boycotter culturellement la Russie. L’artiste russe Andrei Molodkin, qui vit maintenant en France, où il fait de l’art conceptuel (des sculptures emplies de pétrole), a confié au magazine Artnet News que le fait d’annuler des expos ferait le bonheur du dictateur : « C’est le rêve de Poutine de voir disparaître toute forme d’art contemporain et la discussion critique ».
Un homme qui bombarde des musées... est-ce qu’on ne devrait pas justement le « bombarder » d’œuvres d’art ?