La colère des employés de l'État traduit une inquiétante écœurantite

C’est impossible d’obtenir 100% de ce qu’on veut dans une négociation

Photo portrait de Mario Dumont

Mario Dumont

2023-11-24T05:00:00Z

Le Québec vit un mouvement de grèves à caractère historique. Il y avait des décennies que nous n’avions pas constaté une telle mobilisation.  

Ce qui frappe surtout, c’est à quel point les employés de l’État sont en colère. Cette grogne s’entend, elle se lit, elle se mesure dans les votes de grève et dans l’affluence aux marches ou sur les lignes de piquetage.

Le cas extrême est la FAE. La Fédération autonome de l’enseignement part en grève générale illimitée. Ils se disent prêts à tenir le coup jusqu’à Noël, et ce, sans fond de grève. Cela signifie que les 66 000 enseignants et enseignantes en débrayage ne recevront pas un sou de compensation durant le conflit. Tout un sacrifice qui s’ajoute à la colère!

Un observateur extérieur qui débarquerait au Québec serait probablement amené à penser que l’employeur est en train de mettre la hache dans les conditions de travail. Qu’il coupe les salaires, qu’il attaque le régime de pension ou qu’il enlève des semaines de vacances. C’est généralement le genre d’offensives patronales qui génère ce niveau d’indignation.

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Bonifier, rien d’autre

Or, dans la réalité, il ne se passe rien de tel. Le gouvernement n’enlève rien du tout aux employés. Toute, toute la discussion porte sur l’amélioration de leurs conditions. Personne au Québec présentement ne menace de toucher aux acquis des travailleurs de l’État, même aux congés ou aux régimes de retraite qui apparaissent un peu hors norme selon les standards d’aujourd’hui.

On peut trouver que les améliorations proposées sont insuffisantes. On peut craindre que les hausses salariales ne couvrent pas complètement l’inflation, menaçant le pouvoir d’achat. C’est légitime de demander plus. Mais il faut reconnaître que les syndiqués se battent pour des améliorations et ne se défendent pas contre une agression, malgré leur langage acrimonieux.

Je fais un parallèle historique. La dernière vague de grèves de cette ampleur dans le secteur public date de 1983. Le gouvernement du PQ venait alors de couper les salaires du secteur public de 20% pour un trimestre. Une colère facile à expliquer.

Photo Agence QMI, Joël Lemay
Photo Agence QMI, Joël Lemay

Comprendre la colère

Alors comment comprendre la colère exprimée ces jours-ci dans les rues? Il faut forcément prendre acte d’une écœurantite assez inquiétante. Il faut entendre l’expression d’une grande fatigue. Les dernières années furent très dures dans les hôpitaux. Le personnel est à bout de souffle et se sent abandonné.

Rien ne va plus dans les écoles. Classes ingérables, violence, manque de support, les enseignants en ont plein le dos. 

On peut jeter les bases de certaines améliorations, mais il est impossible de renverser une telle situation dans une seule négociation. Les gestionnaires sur le terrain, comme les ministres, devront se soucier du bien-être de leurs employés pour des années à venir. Priorité!

Pour le reste, on sent bien que les klaxons ont convaincu beaucoup de syndiqués qu’avec l’appui populaire, ils obtiendront tout ce qu’ils demandent. Les chefs syndicaux devront leur rappeler la base d’une négociation: les compromis.

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