«Toute ma vie, j’ai cru qu’il fallait travailler d’arrache-pied pour convaincre les gens de me choisir»: en cette Saint-Valentin, Sabrina Cournoyer nous parle d’amour et de rédemption personnelle

Sabrina Cournoyer

2026-02-14T05:00:00Z

Je sais que pour ceux et celles qui composent moins bien avec le célibat et la solitude, la Saint-Valentin peut avoir l’effet du jus de lime sur une coupure: ça brûle en titi.

C’est comme une façon de surligner avec un marqueur fluo que personne ne nous attend à la maison avec une boîte en forme de cœur remplie de chocolats, ou qu’aucun pétale de rose n’aura été dispersé en forme de chemin vers le lit sur le plancher. D’ailleurs, voici une note à mon futur amoureux: je ne suis pas fan de ces affaires-là, en passant. J’ai toujours fui les choses quétaines qu’on associe à cette fête, disons-le, commerciale.

Rapidement dans ma vie, j’ai décidé que je resterais insensible aux célébrations de la Saint-Valentin ou, du moins, qu’on ne réussirait pas à me convaincre qu’il manque quelque chose à ma vie si je suis célibataire à l’approche du fatidique 14 février.

Une Saint-Valentin pas comme les autres

La première Saint-Valentin que je me souviens d’avoir célébrée, autrement qu’en mangeant des petits cœurs à la cannelle distribués par ma prof au primaire, c’était celle de 2003. J’avais 16 ans, et je n’avais pas d’amoureux, évidemment. J’allais dans une école réservée aux filles et je n’étais jamais en contact avec des garçons, sauf dans l’autobus. Et j’étais BEAUCOUP trop gênée pour m’adresser à mon kick, t’sais.

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À cette époque-là, j’étais Sabrina la rebelle, celle qui se battait pour prouver qu’aimer n’était pas nécessaire à sa vie. Et lors de cette Saint-Valentin, la Sabrina de 2003 allait réaliser un grand rêve: les Vulgaires Machins (mon groupe québécois préféré à l’époque) allaient se produire en spectacle au Métropolis la même journée que celle de la fête associée à Cupidon. Pour l’anarchiste de l’amour que j’étais, je ne pouvais pas être plus ravie!

Le spectacle des Vulgaires Machins le 14 février 2003.
Le spectacle des Vulgaires Machins le 14 février 2003. Photo fournie par Sabrina Cournoyer

«Aimer le mal »

C’est vêtue de mon chandail à l’effigie de l’album Aimer le mal que je me suis rendue dans la mythique salle maintenant appelée le MTelus (pour les plus jeunes qui me lisent). Sautant en plein cœur d’un mosh pit, les bras allant dans toutes les directions, j’extériorisais mes émotions sur la musique des Vulgaires Machins. Je faisais sortir toutes les colères qui m’habitaient, heureuse, en compagnie de mon amie à mes côtés. 

C’est ainsi que j’ai appris à célébrer l’amitié plutôt que l’amour. Et c’est ainsi aussi, sans m’en rendre compte, que je solidifiais ma croyance que l’amour, ce n’était pas pour moi.

Prendre

Dernièrement, une thérapeute m’a dit: «Sabrina, tu as grandi avec la certitude que dans la vie, rien n’était facile et qu’il fallait toujours passer par le chemin de la douleur et de la souffrance. Mais en réalité, ça n’a pas besoin d’être compliqué. Accepte que ça puisse être doux et simple.»

Je l’ai regardée, ébahie. Elle avait raison. 

Trop longtemps, pour ne pas dire toute ma vie, j’ai cru qu’il fallait travailler d’arrache-pied pour convaincre les gens de me choisir, qu’il fallait gagner l’amour et l’estime des autres en se faisant violence. Trop longtemps, j’ai «aimé le mal», inconsciemment. Et même si cet album des Vulgaires Machins reste un des plus marquants pour moi, à partir de maintenant, je choisis d’aimer le doux et le simple, en commençant par m’aimer moi-même. Et la Saint-Valentin, ça peut justement être une occasion de se célébrer personnellement. Parce que l’Amour, ça commence par celui qu’on s’octroie. Le reste finit toujours par suivre, au bon moment.

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