Trudeau dit non à la hausse des transferts en santé
Le premier ministre du Canada est prêt à en discuter... après la pandémie

Charles Lecavalier
Justin Trudeau a refusé la demande du front commun des provinces dirigé par François Legault : il n’a pas l’intention pour l’instant de hausser les transferts en santé. Le premier ministre du Québec en sort « fort déçu ».
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« Les provinces et les territoires vont se battre jusqu’au bout pour que le gouvernement fédéral fasse sa juste part pour le financement des soins de santé », a lancé M. Legault jeudi soir, au terme d’une ronde de négociation fédérale-provinciale qui s’est soldée par un refus d’Ottawa : pas question d’en discuter d’ici la fin de la pandémie.
La proposition des provinces était pourtant « raisonnable », dit-il : elles demandent une augmentation des transferts en santé de 28 milliards $ par année, pour faire passer la part du gouvernement fédéral dans les dépenses en santé de 22 % à 35 %.
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Mais Justin Trudeau n’a pas l’intention d’ouvrir ce chantier avant la fin de la pandémie, il souhaite avoir « plus de clarté sur les défis auxquels font face notre système de santé et notre économie ».
Et s’il donne plus d’argent aux provinces, il veut des ententes assorties de conditions, comme des règles nationales pour les centres de soins de longue durée, par exemple.
Pour le gouvernement du Québec, ce n’est pas acceptable. Mais d’autres provinces pourraient briser le rang.
« Je me suis assuré que toutes les provinces adhéraient à notre consensus puis ne négocieraient pas des deals séparés de façon bilatérale. En même temps, je connais la petite histoire du Québec », a reconnu François Legault.
Il dit lui-même qu’il faut être « prudent sur le front commun » — les « petites provinces » pourraient flancher — mais il fait confiance au premier ministre de l’Ontario Doug Ford.
« Rendez-vous raté »
Malgré ce « rendez-vous raté », François Legault compte maintenir la pression sur Justin Trudeau, qui dirige un gouvernement minoritaire. Il n’hésitera pas à solliciter les partis d’opposition. Et l’échéance électorale pourrait rendre le Parti libéral du Canada plus généreux.
L’argument des provinces : le budget de la santé augmente plus rapidement que les revenus. Ottawa ne subit pas cette pression financière.
L’équilibre budgétaire
« Malgré son déficit important, le gouvernement fédéral devrait, d’ici une dizaine d’années [...] retrouver l’équilibre budgétaire. Quand on additionne la situation de toutes les provinces et tous les territoires, on devrait, si rien n’est changé, se retrouver avec un déficit annuel structurel de plus de 100 milliards de dollars par année », a affirmé M. Legault.
Et la situation est déjà criante : le Québec espère obtenir 6 milliards $ de plus d’Ottawa annuellement, et compte sur cette somme pour retourner à l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans.
— Avec la collaboration d’Émilie Bergeron, Agence QMI
Ce qu'ils ont dit
« On va continuer de se rencontrer pour parler de comment on peut s’assurer d’un meilleur financement à long terme pour le système de santé avec de la transparence et de la redevabilité envers les Canadiens. »
— Justin Trudeau, premier ministre du Canada
« [Trudeau] ne veut même pas à court terme avoir une deuxième rencontre [...] bien c’est décevant puis c’est un rendez-vous manqué. »
— François Legault, premier ministre du Québec
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